Après le Wwoofing, j’ai testé le backpacking et le couchsurfing
Tudal 17 avril 2018

Temps de lecture : 11 minutes

Dans mon article précédent, je vous parlais de l’organisation de mon voyage en Afrique du Sud en donnant des informations utiles sur le Wwoofing. Mais j’ai appris d’autres choses lors de ce séjour, notamment sur le « backpacking » et le couchsurfing.


Au bout d’un mois chez Enid et Tony, comme convenu avant mon départ pour l’Afrique du Sud, il me faut leur dire au revoir. Tony me dépose au Cap, d’où je prends un bus pour Jeffrey’s Bay, ville de 30 milles habitants située sur la côte de l’Océan indien. Je ne vais pas là-bas pour faire du Wwoofing, mais en tant que « backpacker ».

 

— QU’EST-CE QUE LE « BACKPACKING » ?
Cet anglicisme désigne en réalité un routard, une personne voyageant à pied ou en auto-stop à peu de frais. Du moins à l’origine. Le concept a évolué, pour s’institutionnaliser, quand l’industrie touristique s’est intéressée à ce mode de voyage. Désormais, il s’agit surtout de différencier le touriste qui part avec son sac à dos de celui qui préfère la valise à roulette. Dans un entretien avec Le Nouvel Observateur du 3 août 2017, le socio-anthropologue Jocelyn Lachance situe le début du « backpacking » dans les années 1980, avec la publication des premiers guides de voyage et l’apparition des auberges de jeunesse. Aujourd’hui largement répandu, le backpacking est un mode de voyage offrant de nombreux avantages. La mobilité en est la clé : les auberges de jeunesse sont désormais présentes dans la plupart des pays. En outre, voyager comme un routard permet de rencontrer de nombreuses personnes, surtout si l’on voyage seul et que l’on opte pour les dortoirs, qui sont un excellent endroit pour se retrouver à discuter avec un Danois ou un Japonais. La plupart des auberges proposent par ailleurs un catalogue d’activités qui varie selon l’endroit.

La plage de Kitchen Windows à Jeffrey’s Bay ©Tudal Legrand

Pour ma part, à Jeffrey’s Bay, j’avais la possibilité de prendre des cours de surf, de louer une planche pour surfer en autonomie, de faire une randonnée équestre sur la plage ou encore de visiter un township – faubourg indigène des villes d’Afrique du Sud – en allant à la rencontre de ses habitants. Enfin, les prix sont souvent intéressants car bien en-dessous de ce qui serait demandé dans un hôtel ou pour une chambre d’hôte. Lors de mon séjour, j’ai toujours réussi à trouver où dormir, avec souvent un petit-déjeuner compris, pour un tarif entre 110 et 140 ZAR la nuit ; soit entre 7 et 10 euros. Le backpacking est véritablement un moyen de voyager riche en rencontres, flexible et financièrement intéressant.

Néanmoins, avec le fort développement qu’il a connu, il conduit parfois à des dérives, qui sont généralement le propre du tourisme de masse. Le premier bémol : il est possible de traverser un pays en ayant pour seuls contacts avec la population locale les discussions pratiques avec le personnel des auberges et autres chauffeurs de taxi. Si bien qu’après deux semaines dans un pays, après en avoir visité les principales attractions, on rentre chez soi à peine plus au fait du mode de vie des locaux. Des rencontres certes, mais essentiellement entre touristes si l’on ne va pas à la rencontre de l’habitant. Le second bémol est que cette façon de voyager est devenue une véritable manne pour l’industrie du tourisme. L’image du routard comme un voyageur libre et original peut céder la place au panurgisme de hordes des touristes qui, en définitive, suivent peu ou prou le même itinéraire. C’est ce que souligne le sociologue Erik Cohen, spécialisé dans l’étude des pratiques touristiques. Et pour finir, si les auberges de jeunesse proposent des tarifs plus intéressants que les hôtels, il n’en demeure pas moins que le budget d’un routard augmente assez vite. Notamment parce qu’il doit également acheter sa nourriture. Lorraine de Foucher rapportait pour Le Monde en 2017 qu’un routard dépense en moyenne 3 000 $ pour cinquante jours de voyage.

Au final, ce n’est pas tant le backpacking qui est à blâmer qu’un manque flagrant de curiosité. Tout individu désireux de découvrir un pays, ses paysages et sa population, trouvera aisément les opportunités pour le faire. Le Wwoofing et le backpacking s’associent d’ailleurs très bien, en ce qu’ils permettent d’alterner la vie chez l’habitant et la découverte de lieux divers ; les périodes de Wwoofing allongeant néanmoins la durée du séjour pour un budget identique.

Je reste trois jours et deux nuits à Jeffrey’s Bay. Je surfe, bien entendu, je fais la fête, je me promène le long de la plage, je découvre. Cet intermède est relaxant et c’est plein de bonne volonté que j’entame mon trajet jusqu’à The Rest, la ferme qui sera ma maison pour le prochain mois. Si en arrivant chez Tony et Enid j’ai eu l’impression de me perdre au milieu de nul part, je comprends une fois ma seconde destination atteinte que cette impression doit être relativisée. Me voici désormais dans les montagnes du Sneeuberg.

 

— VOYAGE AU MILIEU DE NUL PART
Nieu-Bethesda
est le village le plus proche de The Rest. Ici, pas de banque ni de commissariat. Pour retirer des espèces ou faire des courses, il faut rouler en direction du sud pendant plus de trois-quarts d’heure jusqu’à Graaff-Reinet. Chaque sortie en ville est donc soigneusement planifiée. Cette « petite maison dans la prairie » est gérée par Paula et Ian. Elle est dans la famille Kingwill – celle de Paula – depuis de nombreuses générations. Ces deux-là y élèvent du bétail selon des méthodes biologiques et éthiques. Leurs deux enfants, Caleb et Kayla, font l’école à la maison. Pour des raisons pratiques autant que par conviction. Deux employés vivent également à la ferme, dans leur propre cottage : Cedric et Elton. Ian les conduit en ville toutes les deux semaines, pour passer le week-end avec leurs familles. La ferme est nichée au pied d’une vieille montagne, érodée par le temps, mais qui offre une protection bienvenue contre les vents du nord-est. A l’exception des arbres de la ferme, il n’y a aux alentours que des hautes herbes et des buissons bas. Ainsi, le regard se perd aussi loin que le permet le relief. Ainsi est le Sneeuberg.

Le ferme The Rest, cachée derrière les arbres ©Tudal Legrand

The Rest est pour moi l’occasion de découvrir le travail à la ferme. Ma journée type commence à 7h. Je suis chargé de nourrir les poules et de collecter les œufs. Pendant le petit-déjeuner, que je prends en compagnie de mes hôtes, je planifie ma journée avec Ian, quand je n’ai pas déjà une tâche en cours. Je passe beaucoup de temps avec Cedric et Elton à m’occuper du bétail ou à entretenir les kilomètres de clôtures qui délimitent les différentes parcelles de la ferme. Cette rencontre est très enrichissante car elle me donne un aperçu de la vie des populations natives d’Afrique du Sud. Je les interroge sur la vie à la ferme et plus largement sur la vie africaine, ils m’interrogent sur ma vie en France. Nous passons de très bons moments ensemble. Je crois que seul le Wwoofing permet de telles rencontres. Le déjeuner est pris en famille, après une rapide bénédiction du repas, et ce, qu’importe la quantité de travail. La journée termine aux environs de 17h. C’est l’heure pour moi de nourrir les huit chiots en cours de sevrage. Sur mon temps libre, je pars souvent en randonnée. Il faut dire qu’avec de tels espaces, il serait dommage de ne pas en profiter. Je vois toutes sortes d’animaux : babouins, élands, aigles de Verreaux, tortues terrestres, rats à trompe, araignées, scorpions, …

 

— RETOUR EN DOUCEUR DANS LA SOCIÉTÉ
Les quatre semaines de mon séjour défilent rapidement et il est déjà temps de me rendre chez mon ultime hôte. Il réside à Nieu-Bethesda, la ville la plus proche de The Rest. Andre, mon hôte, y tient un pub : The Brewery and Two Goats Deli. En plus de brasser de la bière, il torréfie du café, produit du miel et propose des produits locaux tels que le salami de Grand koudou – une très grande antilope – et différentes variétés de vrai cheddar. Le travail, ici, se divise en deux catégories. D’une part, la gestion quotidienne de la propriété et de la petite ferme peuplée de canards, brebis, cochons, poules et autres vaches ; d’autre part, au pub, l’accueil des clients et la vente des produits. J’interviens surtout pour le travail en extérieur, ce qui m’amène à côtoyer Vaai, l’employé d’Andre qui supervise l’intendance. Il me semble, dans ces campagnes d’Afrique du Sud, que le modèle datant d’avant l’Apartheid demeure très répandu :  les blancs sont les propriétaires terriens et ils emploient des noirs. En revanche, ce n’est pas un système conflictuel ; là où je suis allé tout du moins. A mes questions à ce sujet, Cedric et Elton expliquent même volontiers que, selon eux, l’émancipation est un long processus. Force est de constater que les choses sont bien différentes dans les grandes villes. Cela donne à réfléchir sur le regard que l’on porte sur ce pays en Europe.

L’église de Nieu-Bethesda à l’aube ©Tudal Legrand

Le séjour à la Brasserie est tout aussi riche que les précédents. Je n’y reste en revanche que trois semaines car je décide de louer une voiture depuis Graaff-Reinet. De là, je compte rejoindre Le Cap. Durant ce road trip de plus de 1000 kilomètres – je passe en effet par Port Elizabeth et la Garden Route – je rencontre d’autres backpackers. Ce sont surtout des Européens et des Américains. Je garde un excellent souvenir de chaque étape de ce trajet. Mais si je devais en retenir une, ce serait l’Addo Elephant National Park. La visite se fait en voiture car les animaux sont accoutumés à leur passage et cela garantit leur sécurité comme celle des visiteurs. D’ailleurs, je recommande de faire la visite en deux demi-journées. Certes, il faut payer deux fois l’entrée et trouver une chambre pour la nuit. Mais je crois que la dépense est largement compensée par le fait de pouvoir faire la fermeture et l’ouverture du parc. En effet, certains animaux ne sont observables qu’à la tombée de la nuit ou au lever du soleil comme le Chacal à chabraque. Regarder, par la fenêtre baissée, un groupe d’éléphants se désaltérer et se reposer autour d’un point d’eau, alors que le soleil se couche à l’horizon, balaie les éventuelles préoccupations financières.

Pour achever ce voyage, j’ai recours pour la première fois au couchsurfing pour me loger au Cap avant de prendre l’avion du retour. Je rentrerai chez moi après avoir finalement expérimenté trois façons différentes de voyager .

 

— LE COUCHSURFING EN QUELQUES MOTS
Les premiers échanges d’hospitalité ne datent pas d’hier. Le Routard cite l’exemple de l’association pacifiste Servas créée par Bob Lutweiler après la Seconde guerre mondiale. Mais comme pour beaucoup de pratiques sociales de ce type, internet a grandement facilité le développement d’un réseau à l’international. En 2000, l’américain Casey Fenton prépare un voyage de quelques jours en Islande. Plutôt que de réserver une chambre d’hôtel, il envoie un mail à 1500 étudiants de Reykjavík en espérant que certains seront d’accord pour l’héberger. Le succès est au rendez-vous et des dizaines de réponses positives lui parviennent. Quatre ans plus tard, le site CouchSurfing est lancé. La naissance de ce projet ressemble d’ailleurs un peu à celle du Wwoofing que j’évoque dans mon premier article.

Fin de journée au Cap ©Tudal Legrand

C’est donc grâce à ce site que je trouve trois hôtes pour trois nuits au Cap. Sur CouchSurfing, les hôtes et les couchsurfeurs se présentent dans de courtes biographies. Les hôtes donnent leurs disponibilités, ce qui permet aux personnes intéressées de les contacter le cas échéant. Pour éviter toute mauvaise surprise, il faut bien lire les commentaires laissés par les uns et les autres, pour les hôtes comme pour les couchsurfeurs. De plus, les hôtes n’ont pas à s’inquiéter de voir débarquer chez eux n’importe qui n’importe quand puisque les paramètres de confidentialité du site permettent de contrôler les informations rendues publiques. Le site offre également la possibilité d’organiser des événements pour que les utilisateurs d’une même ville se rencontrent.

Cela tombe bien, un apéritif est organisé dans un bar, non loin de chez Grey, chez qui j’ai posé mon sac à dos. Pendant la soirée, parmi la quarantaine de couchsurfeurs présents, je fais la connaissance de Kaka, une blogueuse originaire de Hong-Kong qui recourt beaucoup au couchsurfing pour se loger lors de ses voyages. Elle ne tarit pas d’éloges sur ce concept. D’ailleurs, elle me répond, en souriant, quand je lui demande si elle a déjà eu des ennuis. Apparemment, les hôtes qu’elle a rencontrés sont tous plus gentils les uns que les autres. Le lendemain Grey et moi la retrouvons pour une randonnée jusqu’au sommet de Table Mountain, la montagne qui surplombe Le Cap et son demi-million d’habitants. Je conclus donc mon voyage de trois mois en Afrique du Sud avec de nouvelles rencontres. Le cœur serré mais des souvenirs plein la tête, je monte dans le bus pour l’aéroport. Une bonne partie de mes économies a été engloutie par ce voyage mais je n’éprouve aucun regret. J’y ai gagné en maturité, en indépendance, en ouverture d’esprit, sans parler des nombreuses rencontres que j’ai faites durant mon séjour. L’Afrique du Sud est une destination extraordinaire et abordable que tout globe-trotteur, novice ou expérimenté, devrait avoir sur sa bucket-list.


Le couchsurfing est donc un excellent moyen de se loger gratuitement, de rencontrer des personnes accueillantes. Mais c’est également un bon moyen de ne pas faire ses activités toujours seul lorsque l’on voyage par ses propres moyens. En revanche, comme pour le backpacking et le Wwoofing, il faut suivre les règles élémentaires de prudence. Mais les outils mis en place par les différents sites pour contrôler la fiabilité des annonces rend le processus sécurisé. Ces trois concepts sont autant de façons complémentaires de voyager : les essayer, c’est les adopter ! 

Photo de couverture ©Tudal Legrand
Tudal

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