Un smartphone pour courir ?
Lucille 5 mai 2015

Temps de lecture : 4 minutes

Je check Instagram. Du porridge et des hashtags healthy. Une connaissance de soirée post un selfie plein de sueur sur Facebook : 10 kilomètres de course à pied. Une publicité ciblée pour une célèbre marque de sport fait irruption sur mon compte Twitter à coup de #justdoit. Si tu as la force pour commencer, tu trouveras la rage de finir #Betterforit. OK, chiche ?


 

La mode healthy aura eu raison de moi. Un esprit sain dans un corps sain ? Pourquoi pas. Bon, évidemment pour la bouffe saine on repassera. Le gras c’est ma vie et je suis une grande adepte du je cours pour manger. Puis, comprenez, je vis dans le nord de la France. Le stock de graisse est très utile en hiver.

Je n’ai pas un profil sportif. Pour tout vous dire, après une blessure bête dans mes rares activités physiques j’ai dû me faire opérer du genou. Il y a 8 mois j’étais incapable de marcher, il y a encore 3 mois j’étais dispensée de toute activité. Alors forcément, niveau capital sportif c’est pas trop ça. Mais j’ai envie d’essayer. Un peu comme un mouton, je vois tout le monde autour de moi (et sur mon écran) commencer à s’activer. Et mon côté geek a envie de se la péter en utilisant des hashtags de sportif.

Petit tour dans un grand distributeur sportif. Dans mon panier le brassard pour smartphone accompagne mes affaires de sport. Mais un téléphone pour courir, pour faire quoi ? Très connectée, je dois passer environs 50% de mon temps les yeux rivés mon smartphone. Alors évidemment, j’essaie d’intégrer mon jouet préféré dans mes outils running.

 

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Crédit photo : businessinsider.com

 

— LES SOURCES DE MOTIVATION
Être motivé c’est bien, avoir des sources de motivation c’est mieux. Je commence par un tour sur Pinterest et la catégorie « citation ». Je cherche sport et tombe sur un tas de quote pro-run. « Hier tu avais aussi dit demain » avec une nana photoshopée. Maintenant quand après ma journée de boulot je m’affale dans mon canap’ mon fond d’écran/ma conscience me crie « BOUGE TOI » !

J’ai également fait le tri dans mes abonnés Instagram. Exit les comptes pro fast-food et farniente. Je mise sur les comptes sports et inspirants à coup de milliers d’hashtags. Hashtags que je m’amuse même à utiliser. Et quelle fierté quand une nana qui enchaîne facilement un semi-marathon te retrouve grâce à eux et te félicite pour tes 3,87 km à allure de tortue !

 

 

— LES APPLICATIONS
Véritable business, les plus grandes marques ont misé sur les appli’ running. Une centaine d’applications existent et tout le monde peut trouver son bonheur. Sauf peut-être les utilisateurs de Windows Phone, très mal desservis dans ce domaine.

Temps, distance, minutes par kilomètre, calories brulées, GPS… Tout est pris en compte. Mais surtout, les sessions sont comparables. Et quel bonheur de voir sa progression !

Je peux même ajouter des amis, être encouragée en direct, me comparer, me dire « flûte, untel a couru tout ça ce mois-ci ! Je suis nulle faut que je me bouge là ! ». Du coup j’harcèle mes amis pour qu’ils s’inscrivent. Et quand je vois le niveau de certains de mes contacts je suis si impressionnée que j’ai encore plus envie de me dépasser. Mon esprit de compétition se met en marche !

Les applications, c’est aussi l’occasion de participer à des défis. Avec d’autres débutants rencontrés grâce à des applications, j’ai pour objectif de faire 50 kilomètres ce mois-ci. Même si on ne se connaît pas, on s’encourage d’un bout à l’autre du territoire. C’est beau l’internet.

 

— LA COMMUNAUTÉ
Qui dit application dit de plus en plus souvent lien vers les réseaux sociaux. Je partage mes courses, on me retrouve grâce aux hashtags, on m’encourage et ça m’encourage. De véritables communautés running se sont formées.

Et grâce à mon téléphone, je suis en relation avec MA communauté. Je peux rester en contact avec des amis qui courent loin de moi et partager nos expériences. C’est beau l’internet (bis). Je peux même partager mes courses au bord de mer à mes potes citadins. Mais ça c’est mon petit côté peste.

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Crédit photo : jumper.zone

 

— C’EST PAS UN PEU RIDICULE QUAND MÊME ?
Si je pars courir et que le signal GPS est faible, je suis déçue. Lorsque ma photo n’obtient pas un certain nombre de like, ça m’énerve. Ça m’énerve aussi lorsque je vois mes potes faire des kilomètres et des kilomètres et que je stagne. Et aussi quand je vois que j’ai fait un temps inférieur au précédent.

Mais c’est vrai que c’est un peu ridicule. Chaque performance se partage. J’ai l’impression que certains courent juste pour montrer qu’ils courent (si c’est mon cas ? noooon !). « Vous avez vu, je suis sorti. Pas vous. Je suis fort et courageux. Pas vous ! ». Ah les adeptes du joli sourire sur un selfie alors qu’ils en ont bavé.


Arriverais-je à courir sans cette source de motivation ? Pas sûre. Serais-je tenue par un écran ? Peut-être. Sûrement même. Tellement que maintenant j’ai envie d’investir dans un tracker d’activité ou une montre connectée.

 

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Lucille

1 Comments

  1. Mais enfin poulette, pourquoi ? Pourquoi autocomputer sa propre vie, ses propres expériences ? Le running n’est-il pas déjà un accomplissement auto-satisfaisant ? Tracker en permanence son pouls, sa distance, son allure, son rythme, ses progrès… Tu devrais pouvoir le ressentir, ça, le savoir sans assistance techno-mongolo… La course pour la course, sans l’idée de performance. Courir, pour s’exploser les poumons et cracher le goudron des Lucky et la crasse du BigMac de la veille, libérer la rage et le stress latents, courir trois ou trente kilomètres, peu importe. La motivation, elle est là, intérieure, jamais extérieure. Courir sans le dire, sans le montrer, sans bragger, sans selfie ni GPS. Courir n’importe où, se perdre, perdre du temps aussi, ne plus le compter. Courir, c’est peut-être le dernier espace de liberté absolue, de courage, de victoire contre la paresse, contre l’enfermement, contre l’emprise vorace et gloutonne de la société du canapé. À condition de courir libre.

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