Springspiration : à la découverte du Land Art
Cléo 20 avril 2015

Temps de lecture : 4 minutes

Le soleil brille de manière quasi indécente, les bourgeons éclosent tous en même temps et, ça y est, on entend les oiseaux siffler le printemps. Pour fêter l’événement, retour sur un mouvement artistique anti mondialisation et 100 % nature : le « Land Art ».


 

— SORTIR L’ART DES MUSÉES
À contre-courant de l’ère de la surconsommation, le « Land Art » est une tendance de l’art contemporain qui utilise à la fois le cadre et les matériaux de la nature pour créer. Les œuvres sont réalisées en extérieur, elles sont exposées aux éléments et soumises à l’érosion naturelle : ainsi, certaines ont disparu et il n’en reste que des photographies ou vidéos. Les artistes travaillent au cœur de la nature, et cherchent à s’éloigner des espaces clos et leurs contraintes (d’accès, d’espace, de réalisation…). Le Land art cherche à lier l’art et la vie par le retour à la terre, et se pose en opposition avec le consumérisme excessif de notre époque. Un autre objectif ? Cesser de produire des œuvres destinées à être uniquement admirées dans des musées. L’œuvre n’est plus marchande, mais accessible à tous.

À l’origine, les artistes créent leurs œuvres à l’aide d’éléments bruts, trouvés directement sur le terrain. Feuilles, branchages, fruits, pierres, neige…tout dépend du lieu et de la météo. Certains apportent des composants supplémentaires comme du tissu ou du béton, pour mélanger les matières et les genres afin de créer des œuvres hybrides. Les techniques sont très diverses : regrouper différents morceaux pour former une harmonie, dessiner dans un immense espace, construire des édifices, ou encore jouer avec l’eau et la lumière. Le tout est de créer une œuvre éphémère que la nature modifiera et achèvera. Pour fixer ces œuvres dans le temps, on utilise la photographie, la vidéo ou les croquis.  Les œuvres les plus imposantes sont des altérations durables du paysage, réalisées avec des équipements de construction : on les appelle les « Earthworks », littéralement « terrassements ».  

 

Land Art 2

 

— UNE ORIGINE ANTI CONSUMÉRISME
Ce mouvement doit son nom à Walter De Maria et apparaît à la fin des années soixante, pendant les Trente Glorieuses. À l’époque, la consommation de masse s’instaure dans un contexte de mondialisation avec la multiplication des échanges internationaux et la suprématie américaine. La période des sixties est celle de toutes les révolutions : sexuelle, morale, artistique (Nouvelle Vague, Pop Art…), scientifique et technologique (première greffe du cœur, premier homme dans l’espace). On se souvient évidemment de  mai 68 et des mouvements contestataires politiques, sociaux et culturels, en France comme aux États-Unis, qui remettent en cause les valeurs traditionnelles. De fait, le mouvement hippie débute et l’exposition  universelle de 1967 à Montréal replace les préoccupations écologiques au cœur du débat, en préconisant un retour à la terre. Un contexte propice au mouvement du Land Art, dont les premières œuvres furent réalisées dans les déserts de l’Ouest américain.

 

— ARTISTES COUP DE ♥

Christo 

Ce pseudonyme cache un couple d’artistes contemporains précurseur du mouvement, dans les années soixante-dix. Il est célèbre pour sa technique « d’empaquetage » : le duo emballe de tissu des bâtiments, parcs, monuments, paysages… Des travaux colossaux qui nécessitent des années de préparation pour une installation qui ne durera que quelques semaines. Leurs œuvres cherchent à modifier les perceptions en donnant une nouvelle identité à un lieu, et à libérer l’art en le sortant des musées.

Ses oeuvres :

 

Jim Denevan 

Passionné de surf, l’Américain Jim Denevan sillonne les lieux désertiques afin de trouver des endroits pour travailler. Il utilise des outils naturels pour créer des dessins dans le sable, la glace ou encore le sol. Ses œuvres sont composées d’immenses formes géométriques : spirales, cercles, triangles, croix… Elles sont très éphémères puisqu’elles disparaissent avec la marée, la fonte des glaces ou le vent. Il prend donc des photos successives jusqu’à la disparition complète de sa création.

Ses oeuvres :

Nils Udo 

Cet artiste allemand a étudié les arts graphiques pour devenir peintre, un art qu’il a finalement abandonné, car trop artificiel à son goût. Fasciné par la nature depuis l’enfance, il entreprend un retour artistique…à la terre. Sa technique ? La promenade ! Nils Udo se perd dans la nature et « l’arrange » par une installation qu’il photographie ensuite.  Particulièrement poétiques, ses œuvres sont empreintes de douceur pour montrer ce que la nature a de plus beau, de presque divin.

Ses oeuvres :

 

 

Andy Goldsworthy 

Natif d’Angleterre, il travaille surtout en plein air avec des éléments trouvés sur place. Il utilise principalement ses propres mains et dents, ou des outils improvisés. Son intention n’est pas « d’apposer sa marque » sur le paysage, mais de travailler instinctivement avec lui, pour manifester notre harmonie avec la nature. Ses thèmes de prédilection sont le temps et la vie. Pour cela, il travaille beaucoup autour du nid et de l’œuf (la vie), ainsi que du serpent et de la rivière (le temps).

Ses oeuvres :

 


Loin du délire hippie altermondialiste, le Land Art est un souffle de liberté et de fraîcheur dans l’élitiste sphère de l’art contemporain. C’est un art popu qui le vaut bien : il est vrai qu’on est plus facilement touché par la beauté de la nature, que par  les tableaux « conceptuels » du Centre Pompidou ou du Tate Modern. Et parce qu’ accessible n’est pas synonyme d’inintéressant, ce mouvement mérite son statut d’art, poétique, qui laisse rêveur devant les photos de nénuphars en fleurs.

 

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Cléo

The (radio)girl next door et fan numéro 1 de Friends.

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