Slam d’expat’
louise 19 décembre 2017

Temps de lecture : 4 minutes

Je suis partie fin août au Québec après avoir été acceptée en journalisme. Si un de mes plus chouettes projets se réalisait, m’expatrier n’a pas été non plus de tout repos. Loin des problèmes techniques et autres bagatelles de ce genre, partir signifie aussi bousculer ses habitudes, recommencer une nouvelle vie. Car s’expatrier c’est aussi à la fois se retrouver et se découvrir.


Mon humeur vagabonde

Me pousse à aller au bout du monde.

Un besoin de tout plaquer et prendre l’air

Partir oui mais où et pour quoi faire ?

Foutre le camp et ranger toutes mes affaires

N’emporter que le strict nécessaire

Et me retrouver pour la première fois sans vacarme

Dans un avion avec mes carnets comme porte-larmes

Mon sac à dos et une valise verte pomme

Avec l’ivresse du départ à laquelle je me cramponne.

 

Face à la douane et ses couloirs sans fin,

Je réussis à m’tracer un chemin

Le permis d’études en poche

Je cours après un bus où je me raccroche

Aux paysages sans fin qui défilent

Sous mes yeux explosés de lassitude.

Je perds le nord à tenter de créer des souvenirs indélébiles

De ce nouveau départ où je sombre dans une nouvelle solitude.

Humeur vagabonde. ©Loup

Je clame un slam d’expatrié solitaire

Qui prend ses tripes et ses claques

Accueillie par des personnes solaires

Dont leur chaleur s’accorde étrangement à son bric-à-brac

Pour découvrir un nouveau pays et un nouveau départ

Et laisser derrière elle les mauvaises ombres dont on se sépare.

 

Sous ce nouveau soleil au doux accent

C’est la découverte d’un mode de vie

Où confiance trouve sa rime avec facilité.

Et j’ai mon compte en banque ouvert, mon inscription à l’université

Tout sans une pointe de difficulté.

Même décrocher un job n’est plus un enfer

Mais c’est uniquement pour servir les cafés et laver le parterre

Et oui il faut pas rêver

Le Canada c’est pas non plus le paradis.

 

Je me réveille en même temps que le soleil

Rejoindre des machines à cafés et des clients encore endormis.

Assise dans ce bus qui m’emmène au boulot,

Je balance sur mes joues quelques gouttes salées

Du manque de ma famille et de mes ami-e-s

Car c’est aussi le lot des expatriés.

Je veux sombrer dans le sommeil

Mais la patronne râle et je retrouve mon culot

Je pose ma démission et je vais prendre l’air,

Récupérer ma liberté ailleurs sans savoir encore quoi en faire.

Liberté solitaire. © Loup

C’est un petit slam que j’ai envie de déclamer

A ces départs sans queue ni tête

Et je me sens étrangement bête

Avec mes tripes et mes claques pleines de larmes

A pleurer parfois cette solitude qui me désarme

Me rappelant que j’ai fait le choix de m’expatrier.

 

L’automne s’installe avec ses couleurs et ses chocolats chauds

Je me retrouve avec ma belle promo

Embarquée dans un nouveau voyage

A comprendre les USA pour un énième reportage

Et boire du café et des bières

En rêvant avec cynisme  à nos futurs salaires de misère,

D’un métier que le clown américain s’amuse à clasher

Mais dont les tweets au fond nous font bien marrer.

Alors on trinque dans ce bar où nos histoires commencent à peine

A s’écrire dans nos fous rires et notre jeunesse olympienne.

 

Je dévore les poutines et cumule les bières

Je m’empiffre de mots et d’expressions du Québec,

Je savoure l’air frais qui s’installe et qui me cloue le bec,

Je me construis de nouveaux repères,

Je nourris à coup de crayon mes carnets à dessins somnambules

Et j’aiguise mon profil avec plus de douceur et moins amère

Sous ces nouveaux regards bienveillants qui me sortent de ma bulle.

 

Dessins somnambules. ©Loup

Déjà trois mois que le temps file

Entre mes doigts éberlués qui dessinent

Cet hiver qui se profile

Et que je commence à aimer loin de mes racines.

Le froid canadien me donne envie de m’enfouir

Et peut-être encore de partir

Toujours cette envie de rester nomade

Et continuer ces promenades

A écouter et comprendre le monde

Guidée par mes humeurs vagabondes.

 

Mais la tempête de neige lave les peurs

De solitude et d’amertume

Que l’on exhume

Face à ces rencontres surprises qui nous sortent de nos torpeurs.

Et je me surprend à m’adoucir

En guettant le creux de ta cigarette

Et plonger avec timidité dans le bleu qui crépite derrière tes lunettes

Et sous mes nombreuses écharpes, ne plus m’empêcher de te sourire.

 

Liberté solaire. ©Loup

Slam plein d’impertinence

De refuser les chemins bien tracés sans en faire un drame

Et battre les sentiers perdus avec peut-être une pointe d’arrogance

Pour me retrouver au milieu de ces rencontres qui te bouleversent l’âme

Te la réchauffent et te sortent de ta solitude d’expatriée

Toi qui étais partie dans l’espoir de soulager ta liberté.


Slam pour une nouvelle liberté

D’une drôle d’expatriée

Partie avec ses tripes et ses claques

Pour se permettre  de réinventer

Ses vies en vrac.

louise

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