Singapour et ses mille et une facettes
alice 26 avril 2018

Temps de lecture : 10 minutes

Singapour fascine, attire, apparaît parfois comme le nouvel Eldorado des Occidentaux qui veulent tenter une expérience inédite. Laisse-moi te dresser le portrait que je me fais de cette ville-jardin aux quatre langues officielles et à la croisée de nombreuses cultures et traditions.


Je reviens d’un mois passé à Singapour. J’ai eu la chance d’y retrouver des proches et donc de sortir aisément des circuits touristiques. Beaucoup de choses m’ont étonnée ou ont été des découvertes. J’ai trouvé que c’était un joli mélange de tradition et d’ultra-modernité que je voudrais partager avec toi, à travers la description de certains lieux.

 

—RE-SITUONS BRIÈVEMENT
Singapour fait partie de la Fédération des États de Malaisie lorsque son indépendance est proclamée en août 1965. La cité-état est composée de 63 îles, dont la principale, Pulau Ujong, est rattachée à la Malaisie par deux ponts. Si l’on remonte quelques siècles en arrière, on découvre qu’elle a été un repère de pirates. Cette anecdote a tout l’air d’un présage, l’île ayant servi de lieu de tournage pour certaines scènes de la série de films Pirates des Caraïbes.

La cité était coutumière des fluctuations politiques mais semble avoir trouvé une certaine stabilité depuis 1965. En effet, malgré sa récente indépendance sur l’échelle incommensurable de l’histoire, Singapour a su se hisser très vite sur les premières marches de nombreux podiums. Son PIB est l’un des plus élevés au monde et est environ 25 fois supérieur à celui de la France. En 2015, elle prend la tête du classement PISA (relatif au niveau de performance éducative et d’enseignement). Enfin, sa densité de population est la deuxième mondiale, et la première asiatique. J’avais ce dernier point en tête en m’y rendant, néanmoins, je n’ai pas du tout subi cette densité, du moins pas plus que dans les métropoles européennes. Je dirais même que la foule rend Paris bien plus épuisante que Singapour. L’épreuve du métro bondé est tout à fait surmontable et je n’ai jamais mis du temps à trouver une place dans quelque espace de restauration que ce soit.

 

—LES POINTS FORTS À NUANCER
Les lieux suivants constituent les incontournables de Singapour unanimement décrits dans les guides, ou des endroits pour lesquels j’avais des attentes personnelles. Sans les avoir détestés, je trouve simplement qu’ils ne sont pas absolument représentatifs de Singapour.

  • MARINA BAY ou la pointe de la modernité : il s’agit du quartier qui sert de vitrine à la ville à l’international. Il est dominé par un immense complexe hôtelier, dont le rooftop-pool n’est plus à présenter. On y trouve aussi un centre commercial infini, composé exclusivement de boutiques de luxe. Aux alentours, on peut voir le musée d’Art et Sciences, le fameux théâtre de l’Esplanade et d’innombrables buildings. C’est un quartier magnifique par sa modernité et qui gagne encore en splendeur de nuit. Cependant, il est difficile de profiter pleinement du lieu avec une boisson ou un snack sans envisager de vendre un rein préalablement. Je comprends sa réputation et son usage comme vitrine, toutefois je pense qu’il ne représente qu’une infime partie – la partie occidentalisée – de ce qu’est Singapour.
Vue depuis Marina Bay

 

  • CHINA TOWN ou le quartier dont il faut dépasser les premières rues : dès la sortie du métro on tombe sur des rues très commerçantes et faussement authentiques. Tout est là pour nous rappeler le thème, la couleur rouge, les guirlandes de lampions, des baguettes en veux-tu en voilà : en somme, des lieux attrape-touristes qui, personnellement, me font fuir. Néanmoins, passé ces quelques rues qui ne distinguent pas ce China Town de celui d’une autre ville, on arrive dans des ruelles plus discrètes, moins commerçantes mais d’autant plus pittoresques à mon goût. Les maisons y ont toujours la même architecture. Il s’agit d’anciennes Shophouses, c’est-à-dire avec un commerce accessible depuis la rue et l’habitation familiale au-dessus. Je conseille donc de s’écarter vite des premières rues marchandes et de privilégier celles plus calmes et typiques.
Rue de China Town et exemple de shophouses

 

  • LES PLAGES ou la désillusion des baignades à tout-va : j’ai vite intégré que le stéréotype des plages paradisiaques pouvait être oublié. Seuls les palmiers restituent avec peine l’aspect exotique tant attendu. Les gens investissent énormément la côte, y font du sport, du yoga, de la médiation. Ils s’y retrouvent entre amis, en famille, pour manger, jouer, voire camper. C’est un lieu très agréable, où se baigner reste pourtant rare. Il y a bien sûr des gens qui s’y risquent, je l’ai moi-même fait et ce n’est pas du tout regardé de travers, mais ça reste isolé. Je pense déjà que cette désertification est due à l’impression généralisée d’une mer polluée. Personnellement, elle ne m’a pas semblé moins propre que la Manche ou l’Atlantique. Alors peut-être est-ce l’horizon tacheté de paquebots stagnants qui n’encourage pas la baignade ?

—LES BONNES SURPRISES

  • MACRITCHIE RESERVOIR ou la rencontre avec des singes sauvages : Singapour n’est pas surnommée “ville jardin” pour rien. Je découvrais pour la première fois la plupart des arbres et des plantes que je voyais et dans une incroyable abondance. N’allez pas vous imaginer une jungle entre deux buildings mais un lieu faisant partie intégrante de la nature. Si tu es amateur de randonnées ou en tout cas de parcs plus sauvages (pas tirés à quatre épingles comme ceux que l’on a l’habitude de voir en France), je conseille les balades de la réserve MacRitchie, au cœur de l’île. On se retrouve en plein milieu de végétations folles où les feuillages sont plus originaux les uns que les autres. Ça peut aussi être l’occasion de croiser de nouveaux copains, comme des petits singes sauvages, ou des fourmis en plein labeur qui nous coupent le chemin. Dans cette réserve se trouve aussi Tree Top Walk, un vaste chemin suspendu au-dessus des arbres, permettant de marcher quelques kilomètres en surplombant la forêt. J’aurais aimé pouvoir en dire plus, que c’était une sensation fabuleuse ou que les gens qui ont le vertige devraient s’abstenir. Pour ça, il aurait fallu que je ne m’y pointe pas un lundi, seul jour de fermeture de ces ponts aériens.

Début de randonnée dans MacRitchie Reservoir

 

  • UNE GRANDE DIVERSITÉ CULTURELLE ou un sacré exemple de tolérance : bien sûr, tout n’est pas aussi simple. En en parlant avec les locaux, on se rend compte des animosités qui existent entre les différentes ethnies. Néanmoins, on est bien loin de nos débats européens sur l’identité nationale et l’accueil de l’immigration. Ce pays compte en effet 4 langues officielles : anglais, malais, tamoul et chinois. C’est amusant de voir les indications traduites dans 4 versions, dans les rames de métro par exemple. Différentes religions cohabitent aussi paisiblement ce qui donne l’opportunité de visiter de magnifiques édifices religieux. Le Sri Mariamman Temple est par exemple un temple hindou, dont la devanture vaut le détour. Le Buddha Tooth Relic Temple est une construction majestueuse. Enfin, la Masjid Sultan est une mosquée étincelante, surplombée de coupoles dorées qui nous expédient dans les contes des Mille et Unes Nuits. On retrouve donc cette diversité à plusieurs égards, et pour mon plus grand bonheur, en matière culinaire aussi.
Élément mural du Buddha Tooth Relic Temple
Salle de prière du Buddha Tooth Relic Temple
Vue de Masjid Sultan depuis Baghdad Street

 

—LES INSOLITES ET AUTRES TRUCS TYPIQUES

  • LE DURIAN ou le fruit interdit dans les transports en commun et certains lieux publics : Singapour c’est aussi l’occasion de goûter ce fruit typique d’Asie du Sud. Il n’y a qu’à lire la partie Odeur et saveur de sa page Wikipédia pour se rendre compte que l’on s’attaque à du lourd. C’est d’ailleurs un fruit que l’on mange avec des gants, pour ne pas avoir son odeur toute la journée au bout des doigts. On trouve différentes variétés, allant de la plus douce à la plus forte en bouche. Pour en avoir parlé avec de nombreux locaux, ce fruit incarne vraiment une rupture d’opinion. Soit on aime, soit on déteste. Pour ma part, j’ai été plus décontenancée par la texture moelleuse-crémeuse que par le goût. J’avais tellement envie de le faire goûter à mes proches en rentrant en Europe. Comme il est interdit de voyager avec, je n’ai pu ramener qu’une espèce de pâte de durian. Depuis que le tube a été ouvert, le frigo empeste, pour le plus grand plaisir de mes colocs. Je conseille quand même quiconque d’y goûter. Ça n’a pas été une extase gustative mais j’ai trouvé que c’était plus agréable en bouche que ce que l’odeur ne laissait croire.

     

Partie comestible de différentes sortes de durian, à déguster avec des gants

 

  • HAW PAR VILLA ou l’antre de l’enfer : il faut faire quelques kilomètres en transport en commun pour trouver ce lieu hors du commun, justement. Difficile à décrire par les mots, il s’agit d’un parc de sculptures, représentant des scènes de la mythologie chinoise. C’est le genre de lieux qui met un peu mal à l’aise avec toutes ces statues, ces paires d’yeux braqués sur nous. Les scènes représentées ont leur part de responsabilité dans l’effet de malaise, et m’ont laissée perplexe plus d’une fois. Néanmoins, je recommande vivement ce lieu, unique en son genre !
Une scène parmi tant d’autres, au cours de ma balade dans ce parc

 

  • MUSTAFA CENTRE ou la caverne d’Ali Baba : des centres commerciaux, il y en a partout à Singapour. À certaines stations de métro, tu peux en trouver un à chaque sortie, qui ressemble à ce que l’on connait en Europe. Celui-ci se trouve dans le quartier de Little India et est particulièrement hors du commun. Il est ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7, ce qui donne le ton. L’originalité se trouve dans la variété des produits proposés. On y trouve littéralement tout ce qui est possible et imaginable en quantité invraisemblable. C’est aussi un bon endroit pour acheter des produits typiques, à condition d’accepter de se perdre à travers les deux bâtiments et les nombreux étages qui composent ce centre. A deux reprises je m’y suis rendue dans le seul but de m’y balader. Je n’aurais jamais pensé dire cela d’un centre commercial, mais cette abondance de produits m’a véritablement hypnotisée.
  • LES HAWKERS ou les paradis des papilles : il s’agit de “centres de bouffe”, où se succèdent de nombreux foodshops. Autour de ces shops se trouvent des tables pour manger. L’idée est d’acheter son fried rice ici, sa soupe de nouilles là, ses légumes, sa boisson à différents endroits selon tes goûts et envies. Ensuite, on s’installe et on déguste le buffet. On trouve des hawkers partout en ville. Certains sont plus spécialisés (spécialités chinoises, malaisiennes…) selon les quartiers dans lesquels ils se trouvent. Pour les bonnes adresses, je dirais que j’ai bu le meilleur Lait-Mangue, fraîchement concocté devant mes yeux au Golden Mile Food Center ; j’ai mangé du très bon fried rice au curry au Tekka Center ; et le Geylang Serai market est parfait pour les spécialités malaisiennes.

     

Un exemple de hawker

 

Singapour, c’est aussi plein de petits dépaysements quotidiens. On y abuse du taxi tant les Uber et les Grab sont abordables. On laisse inévitablement ses chaussures à l’entrée d’une habitation. On boit du café très latté et très sucré car le café noir est une denrée rare. On mange de mangues, des fruits dragons et des noix de coco comme on mangerait des pommes et des poires chez nous. Enfin, il est bon de sortir avec de quoi se couvrir légèrement… pour les intérieurs ! Et oui, en un mois là-bas, la température n’est jamais descendue sous les 30 degrés, nuits comprises. Par contre, les moyens de transport et tout autre lieu intérieur sont très climatisés et j’ai regretté plus d’une fois de ne rien avoir avec moi pour me couvrir.


Alors évidement, cette description de Singapour n’est pas exhaustive. Il y aurait plein d’autres lieux et d’anecdotes à raconter. Je vous encourage à vous y rendre si l’occasion se présente. Allez manger dans les hawkers, comparer les différents quartiers qui ont chacun leurs spécificités. Ah, et ne vous encombrez pas de pulls, pantalons et chaussures fermées. Rien de tout cela ne m’a été utile pendant un mois !

alice

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