Le Revenu de Base, vers un tournant pour notre société ? – partie 2
ALCHIMY 25 janvier 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Suite de notre premier volet sur le revenu de base où nous avions défini son concept et ses méthodes de réalisations. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à ses répercussions économiques et sociales.


 

Notre société vit une réelle crise. A la fois sociale et économique. Une économie en panne, un chômage dont la courbe s’envole au lieu de s’inverser, le déclassement et la précarité pour beaucoup de français, la hantise de celle-ci pour ceux qui en sont proche, une protection sociale et des services publics menacés, les signaux d’un avenir radieux ne sont concrètement pas au vert. La jeunesse ne croit plus en l’avenir et encore moins en la politique. Le revenu de base apparaît comme le remède en puissance au virus qui nous touche.

En effet, de par son chômage généralisé, notre société ne fournit plus assez de revenus aux personnes qui y vivent. Cela veut dire qu’il n’y a plus assez de consommation et que ce manque de demande engendre un cercle vicieux. Chômage = Baisse de la consommation = Baisse du revenu des entreprises = chômage, etc… Tout cela nous donne une société pessimiste, qui se replie sur la radicalité, la violence et la défiance de l’autre. Des changements sociétaux semblent s’imposer et d’urgence.

 

— UNE RÉPONSE HUMAINE À DES PROBLÉMATIQUES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
Au milieu des années 90, le futurologue Jeremy Rifkin, dans son ouvrage intitulé La fin du travail (1997), imaginait l’avenir dans lequel seule une fine tranche de la population adulte suffirait au bon fonctionnement des industries traditionnelles. Du fait du progrès technique, les usines, les bureaux et les exploitations agricoles sans travailleurs ou presque deviendraient la norme. Ce n’était pas dénué de sens. En effet, le philosophe français Jean-Claude Michéa dans son œuvre «L’enseignement de l’ignorance » affirmait :

En septembre 1995 – sous l’égide de la fondation Gorbatchev – cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan , constituant à leurs propres yeux l’élite du monde, durent se réunir à l’Hôtel Fairmont de San Francisco pour confronter leurs vues sur le destin de la nouvelle civilisation. (….) L’assemblée commença par reconnaître – comme une évidence qui ne mérite pas d’être discutée – que dans le siècle à venir, deux-dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale.

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Le DRH d’Air France Xavier Broseta et Pierre Plissonnier, DRH du long-courrier, pris à parti par des manifestants le 5 octobre 2015. – SOLAL/SIPA (source : 20 minutes)

 

— LE CHÔMAGE COMME UNE SOLUTION ?
Cette idée, est une réponse sociale au chômage de masse et à la pauvreté, qu’engendre le progrès technique. L’idée serait de ne plus voir le chômage comme un problème mais une solution, une porte de sortie. D’ordinaire, face à ce problème moderne, la tendance est à la fatalité. Et ce n’est pas sans raisons. L’entreprise va mal ? On licencie. L’entreprise va bien ? On investit dans l’automation et on licencie.

L’homme est, inévitablement, remplacé par des robots dans le processus de production. Il est vrai qu’un robot ne se plaint pas, ne prend pas de congés, n’est jamais malade et peut travailler 24h/24. La tendance n’est donc pas à l’embauche, mais plutôt à l’automatisation. En cours de sciences économiques et sociales, les élèves de terminale appellent cela la substitution du facteur capital au facteur travail. Marx, malgré ses nombreuses critiques à ce sujet, voyait tout de même le progrès technique comme libérateur pour l’homme du travail par le temps libre que cela lui procure.

 

« N’écoutez pas ce qu’on vous dit, sachez bien que le travail est une malédiction, mais le pire est bien de ne pas en avoir. » Jean d’Ormesson

 

Le chômage engendrerait 45 000 suicides par an, selon une étude Suisse menée dans 60 pays du monde. Le cas des cinq salariés d’Air France, accusés d’avoir malmené, au milieu d’une foule de manifestants, deux cadres de la compagnie lors du Comité central d’entreprise du 5 octobre, prouve à quel point les salariés peuvent tenir à leur travail. Pas forcément parce qu’il est épanouissant, mais plutôt pour le revenu qu’il assure et le pain qu’il permet de mettre dans son assiette.

 

— LE REVENU DE BASE, GAGE D’ÉMANCIPATION SOCIALE
Dans ce cas, le revenu de base constitue à la fois un filet de sécurité pour les salariés et en même temps une occasion pour les entreprises de pouvoir réduire le coût du travail sans se faire déchirer la chemise. Le revenu de base permettrait d’inverser le rapport de force et éradiquerait le chantage à l’emploi. La tendance, que décrit Le Monde dans cet article est le retour chez ses parents par manque d’autres possibilités.

Ce revenu représente une émancipation de l’individu avec l’extraordinaire liberté de choix qu’il lui offre. Il incite à de plus longues études pour celui qui en a l’envie et, par la même occasion, un niveau de vie décent aux moins qualifiés d’entre nous. Il permettrait à tout individu de refuser un travail dangereux ou dégradant. Rappelons que chaque année le travail tue environ 500 personnes, 552 sur l’année 2012. Il engendre environ 600 000 accidents. La vie ou la santé ne devraient pas avoir d’équivalence financière. Aussi, avec le revenu universel, nous pourrions supprimer tous les emplois polluants ou néfastes pour l’environnement. Travailler deviendrait un choix.

 


Le revenu de base constitue une progression de société. Du moins, à la condition qu’il permette de refuser le travail, c’est-à-dire que son montant soit calculé de telle façon qu’il permette de vivre dignement. Ce serait alors un tournant historique de société qui révolutionnerait notre approche du travail et en particulier l’idée que l’on se fait de la motivation au travail. C’est ce que nous allons aborder prochainement dans notre troisième volet.

Rédigé par Baptiste Poisson

 

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Article réalisé grâce à la plateforme LE CLUB d’ALCHIMY.

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