RÉPONDONS! au harcèlement
Lucille 16 septembre 2015

Temps de lecture : 8 minutes

Le harcèlement de rue, j’en suis régulièrement victime. Et j’en ai marre de me faire clouer le bec par la peur. Il y a quelques mois, en cherchant des solutions, je suis tombée sur le groupe public Facebook Répondons!. Le coup de cœur !


 

J’ai rencontré Léo, la fondatrice du groupe Répondons! Dès la description, Répondons! nous promet d’être formidable : « Ce groupe a pour vocation de nous fournir les mots dont on peut manquer pour répondre à des insultes, comportements sexistes, racistes, validistes, homophobes, transphobes, grossophobes, putophobes, spécistes, harcèlement de rue, abus, regards insistants, etc. L’idée est d’avoir sous la main quelques phrases/actes qui nous permettent de ne pas ressortir frustré-e-s d’une mauvaise expérience à cause du choc qu’elle peut provoquer, nous laissant parfois sans voix. ». « Le but est donc de s’apporter du soutien avant tout, de se sentir moins isolé-e, de s’épauler, de rire beaucoup beaucoup beaucoup, de se réconforter, de se sentir légitime dans sa colère ou son ras-le-bol, et de comprendre qu’il s’agit d’un phénomène social et pas d’expériences individuelles isolées. » Vaste programme !

 

© Répondons!

 

 

Également relayée dans un Tumblr du même nom, cette entraide apporte de réels outils pour contrer le harcèlement de rue, mais également tous types d’oppressions (racistes, validistes, homophobes, transphobes, grossophobes, putophobes, spécistes…)

 

— ET MAD’MOISELLE T’ES CHARMANTE, ÇA TE DIRAIT UNE GLACE À LA MENTHE ?
Dans les faits, le harcèlement de rue touche tout le monde. Du regard malsain dans la rue aux interpellations, injures et agressions. Des « techniques de drague » les plus douteuses aux violences.

Sur le très complet site StopHarcelementDeRue.org, ce mal est défini de la façon suivante : Le harcèlement de rue, ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle.
On peut ajouter à cette description les propos racistes.

 

© Répondons!

 

En 2013, MadmoiZelle.com a sondé ce thème. Avec plus de 5 000 participations, ce sondage permet de voir de manière plus précise l’omniprésence du harcèlement de rue (je vous invite à aller voir les résultats ici). Seul 5% de l’échantillon n’a jamais été victime d’harcèlement de rue. Soit 95% de victimes, rien que ça. Et cela modifie considérablement les comportements : si près de 94% des sondé-e-s sortent seul-e-s la journée, seul-e-s 29,5% le font la nuit et seul-e-s 4,1% n’a jamais peur dans les rues obscures. Aberrant n’est-ce-pas ?

Seulement voilà, l’oppressé-e n’est pas (ou peu) habitué-e à répondre. Certains le font par choix, iels pensent que la meilleure réponse est de les ignorer. Mais pour d’autres, la réponse reste en travers de la gorge. Le harcèlement a trop souvent comme retour un silence, une fuite puis la honte de n’avoir rien fait.

 

— RÉPONDRE ?
Après avoir répondu à un gars dans un quartier « chic » de Paris, devant une école de commerce en pleine pause clope, Léo se fait tabasser.

« Quand le type s’est barré, deux mecs ont couru vers moi et m’ont dit « han mais on a tout vu ! Ca va ? On appelle une ambulance ? ». J’me suis dit « ok, là c’est vraiment la merde, faut faire quelque chose, et surtout, faut UNIR les genTEs face à ce genre d’évènement »».

Pendant un an, elle ne répond plus. Elle qui avait toujours répondu ! L’avait-elle cherché en répondant ? Puis Léo se rend compte que « à partir du moment où on sort dans la rue, où on EXISTE, on peut être, on est violenté-e si on est pas un dominant ».

L’idée d’une communauté de soutien où l’on peut s’échanger des astuces sur ces situations de harcèlement est de plus en plus forte. « Allez, essaie, et si mal géré, on te le dira, et quelqu’un-e de plus habile modérera le groupe à ta place ». Il y a près d’un an, Léo crée le groupe FaceBook Répondons!, public, « avec une charte qui explique bien qu’il n’y a aucune injonction à la réponse sur le groupe, et que celleux qui préfèrent ne pas répondre en ont le droit ».

 

© Répondons!

 

— RÉPONDONS!
Aujourd’hui Répondons! compte plus de 2000 membres. Iels « viennent soit chercher du soutien après une mauvaise expérience (des photos de chatons, de poussins, des blagues ou des câlins), soit demander ce qu’iels auraient pu répondre dans telle situation, soit nous apporter une idée de réaction/phrase/action à faire ou dire dans telle situation récurrente pour nous tous-tes, soit nous raconter ce qu’iels ont répondu dans tel cas ».

Répondons! se transforme peu à peu en un concentré de témoignages sexistes, racistes, transphobes… Une bibliothèque immense de réelles expériences, vécues, concrètes. Une manifestation de « la réalité et la violence de chacune des oppressions imaginables ».

 

© Répondons! (source : transtastic.com)

 

« C’est comme ça que les membres du groupe peuvent à leur tour faire attention à leurs propres comportements, réactions ou propos sur d’autres sujets et oppressions. On réalise aussi un certain travail de déconstruction féministe, afin que les propos de personne ne puissent heurter les autres ».

Répondons! donne ainsi l’opportunité aux oppresseur-e-s d’enfin comprendre que non, leur blague n’est pas drôle et que non, ce n’est pas nous qui n’avons pas d’humour mais eux qui sont oppressants. De comprendre que leurs paroles/gestes blessent et sont malsains.

 

© Répondons!

 

Grâce au remarquable travail de Léo et de plusieurs modératrices/modérateurs, Répondons! fonctionne très bien. Iels participent à la gestion du groupe en mêlant bienveillance et patience dans l’objectif que tout le monde se sente à sa place.

 

— LES RÉP’S
J’ai demandé aux Rép’s ce qu’iels pensaient de Répondons! et en quoi ce groupe les aidait dans leur quotidien. Je n’ai recueilli que des témoignages très positifs. Je vous présente ici un panel de témoignages, non-exhaustifs, du bien fondé de cette communauté :

« On évolue ensemble, toustes ensemble. J’dis pas qu’on change le monde… Mais on y participe quand même des masses, faut le reconnaître. Je me sens tellement invincible avec vou-e-s ! »

 

© Répondons!

 

« Parce que Répondons! à mes yeux, c’est pas juste un groupe où l’on va décharger sa colère, son sentiment de culpabilité… C’est LE groupe par excellence où l’agressé-e aura toujours raison. »

 

« Vos conseils (même à d’autres personnes) sont bien souvent bons à prendre, et toujours dans le respect, et ça c’est beau quand même! »

 

« Des anecdotes comme celles-ci j’en ai des centaines, mais c’est la première fois que je partage et que j’ai conscience que d’autres ne vont pas trouver ça normal. Ça doit faire partie du processus de déconstruction j’imagine… Ne plus avoir honte d’être une victime, accepter même d’en être une, de fait. Que des choses anodines du quotidien ne devraient pas l’être. (…) Ces commentaires sont devenus une sorte de drogue : « il y a des gens sains, qui pensent, fondamentalement, que quelque chose cloche dans cette situation ».»

 

© Répondons!

 

« Ce qui est spécial avec ce groupe, c’est qu’on y trouve autant de force, de courage et de soutien, que l’on y est atterré-e-s par ce que vivent certaines personnes au quotidien. Il fait beaucoup de bien, mais reste rude à lire par moments. »

 

« Au-delà même des réponses apportées, je trouve très enrichissant l’ensemble des témoignages postés… qui contribuent à rendre tangible pour les non-concerné·e·s les oppressions systémiques subies par les concerné·e·s. »

 

« J’ai aussi mieux compris pourquoi les relou.e.s m’irritent, j’ai compris que je n’étais pas une femme aigrie mais simplement je mène le même combat que les genTEs ici. Ça m’a permis de me sentir entourée face à l’incompréhension de certain.e.s proches ! »

 

« Perso, ça me permet de me dire que j’étais (et ne suis) pas seule, que c’est vraiment un phénomène social répandu, hélas. Et des fois, on en prend tellement qu’on en vient à douter, à se dire que c’est nous, qu’on s’imagine le truc. Un grand soulagement. »

 

« Je suis assez discrète et j’ai peur d’attiser la violence sur moi si je réponds, je m’améliore petit à petit grâce à ce groupe. J’adore ce groupe il me fait énormément de bien, il m’a permis de une : de me déconstruire et de me rendre compte de plein de choses, et de deux : maintenant j’ai des outils pour répondre grâce à tous les témoignages et aux conseils. On se serre les coudes et j’en ai des frissons tellement je trouve ce groupe positif et tellement je l’apprécie. Vous allez peut être trouver ça ridicule mais si je devais comparer ce groupe je dirais qu’il me fait penser à une thérapie où tout le monde se motiverait les uns, les autres. Bah je dois avouer que parfois en lisant certains post je suis parfois super émue aussi. »

 

 

© Répondons!

 

« Et puis ça permet aussi de rire, de dédramatiser pour se remettre de ce dont est victime, tout en mettant les bons mots dessus et en reconnaissant la gravité des situations (je sens que c’est un peu contradictoire, mais je n’arrive à trouver de meilleure formulation). »

 

« Les rapports de dominations s’éteignent un peu pour laisser place à de l’humour (le vrai, celui qui ne stigmatise personne). Et on retrouve confiance en soi. On se rend compte qu’on n’est pas seul-e. On se rend compte qu’on est une majorité oppressée. Et ça nous donne encore plus de force. On est ce qui fait peur aux agresseurs et ce qui redonne courage aux victimes. Tous-tes. On se serre les coudes, et quand l’un-e d’entre nous a un coup de mou, y’aura toujours des personnes pour l’accueillir s’iel en a besoin. »

 

« Avec mon mec on a commencé à revoir tout notre vocabulaire d’insultes grâce à ce site. »

C’est dans l’idée de donner des mots et beaucoup de soutien que Léo a créé le groupe Répondons! A côté, elle milite également IRL, auprès du collectif des Cents Culottes (allez jeter un œil sur leur page FaceBook), « en jouant dans une conférence gesticulée sur le consentement et la culture du viol, qu’on a monté avec deux copines (« Vous désirez ? »), et dans laquelle on fait un parallèle entre le consentement et le thé. On fait également des ateliers après les représentations sur ces thèmes-là. »

Lucille

9 Comments

  1. Excellent. Se sentir légitime pour répliquer, avoir les mots en stock, c’est bien. c’est comme pratiquer le self-défense: on ne s’en sert pas davantage, mais on se sent capable de le faire et rien que ça, change le regard que nous portons sur les agresseurs potentiels, tout comme celui qu’ils portent sur nous. Ca rééquilibre les forces.

  2. Humm, ça fait longtemps que je lis les posts de ce groupe sur facebook et autant je lis plein de choses intéressantes autant je vois des abus plutôt gerbants de temps à autre. On se fait agresser gratuitement via les commentaires parce qu’on ose penser autrement que certaines. Comme si elles étaient les seules féministes au monde. Ou les seules à s’être fait agresser. Il y a parfois une certaine complaisance des modératrices envers des personnes agressives et c’est dommage.

    1. Je suis tout à fait d’accord avec le commentaire de Mona. Le comportement des modos est très autoritaire, pas dans le sens pour le bien du groupe, plus à titre dominatoire.

      De plus je ne suis pas spécialement d’accord sur le vocabulaire à bannir, on ne peut pas dire « idiot » « hystérique » « lynchage » « con » car ça a apparemment toujours une origine qui choque les yeux des victimes. Il y a limite un lexique à apprendre par coeur, et dès qu’on fait le moindre faux pas, c’est la porte.

      Bref, sympa pour lire les posts et les conseils avisés, mais participer est risqué.

  3. Je plussoie totalement ! J ai été bannie du groupe cette nuit apparemment sans avoir insulté ou agressé personne. J’ai juste dit ce que je pensais et ça n’a pas plus. Capacitisme, derailing, etc. …les admins vont très loin..trop loin. Bref.

    Ça ne m étonne qu a moitié donc bon, je ne vais pas pleurer la dessus. J’avais deja vu la chose se faire auparavant au sein de ce groupe. Réactions très virulentes et injustes, complaisance des admins face aux commentaires ou réactions hystériques de la part de celles/ceux qui savent mieux que tout le monde ce qu’on doit penser.

    Il est certain que des centaines de lectrices désapprouvent en silence cette censure ambiante…Répondons n’est pas le premier groupe et ne sera pas le dernier sur le Web. Gageons qu’il n’y aura pas autant de débordement ailleurs :)

    1. Curieusement j’ai eu la même impression depuis un moment, puis j’ai osé l’ouvrir en étant extrêmement diplomate en me demandant de comprendre ma faon de penser, on m’a dit de fermer ma gueule de manière assez virulente.
      Tout ça parce que certaines personnes quittaient le groupe car pas en accord avec les règles, et des gens se ramenaient systématiquement pour descendre ces pauvres gens qui ne pouvaient plus se défendre… Moi personnellement ça m’a choquée!
      Bref je l’ai ouvert pour ça, et j’ai été virée (bon je zappe des détails car j’avoue avoir bloqué les modos qui commençaient à m’insulter lorsque je leur faisais remarquer qu’ils/elles devenaient vulgaires et trop autoritaires).

      1. Je me sens moins seule ! De même, je viens de me faire bannir pour des raisons qui m’échappent encore…
        Je suis vraiment outrée et déçue car les témoignages de ce groupe m’ont donnés plusieurs bonnes idées de réparties.
        La liberté d’expression n’est pas leur fort.
        Mon seul tort est d’avoir commenté un post, de manière très respectueuse (et en plus, étant dans le même cas de l’auteure , j’allais dans son sens). J’ai amené l’hypothèse que dans certaines situations, les questions concernant les origines des gens peuvent être tout à fait bienveillantes, et pas agressives.
        Les modos m’ont immédiatement demandé de supprimer mon commentaire. J’ai refusé, je l’avais écrit pour l’auteure, pas les modos. Les réactions ont été disproportionnées, malpolies, et malveillantes. Les modos ont donc choisi la facilité et m’ont tout simplement bannie.

  4. Groupe intéressant à suivre mais il est déconseillé de participer (vous ferez probablement une erreur qui sera relevée, et on vous parlera extrêmement mal, menaces).

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