Pourquoi Touche Pas à Mon Poste «  c’était mieux avant » ?
Cléo 23 mars 2015

Temps de lecture : 5 minutes

On croirait entendre les p’tits vieux du café du coin « c’était mieux avant, hein ! ». Oui, Touche Pas à Mon Poste, ce cher TPMP tendre au coeur de milliers de téléspectateurs, était tellement plus rafraichissant il y a quelques années. 


 

Touche Pas à Mon Poste, c’est une émission de télé basée sur un pitch très simple : parler des médias, de la télé principalement, avec recul et humour. Un animateur, Cyril Hanouna, et une bande de chroniqueurs analysent, critiquent, débattent des produits télévisuels que nous offre la TNT, et nous divertissent à la fois. Apparue sur France 4 en 2010, à l’époque en tant qu’hebdomadaire enregistrée, l’émission a bifurqué sur la nouvelle chaîne D8 en 2012, muant en une quotidienne plus longue, diffusée en direct. L’émission fait doucement son trou : son contenu intéresse, les débats sont riches, sa légèreté est rafraichissante dans un PAF bourré de talks élitistes et guindés, son humour fait mouche à tous les coups. Alors qu’est-il arrivé à cette petite bombe télévisuelle ?

 

— UN CONCEPT ORIGINAL, OU « AVANT, IL Y AVAIT DU FOND »
L’idée est simple mais excellente : parler des médias. Cela permet de désacraliser le 4ème pouvoir et surtout la télé, d’y apporter un œil critique, et d’en découvrir les coulisses. Les débats animés étaient soigneusement préparés et argumentés. Le plus : l’humour, qui rythmait l’émission et la rendait ludique. Les happenings, parfois ratés, avaient souvent un intérêt et dans le cas contraire, ne tombaient jamais dans le too much.

Qu’en est-il aujourd’hui ? On est passé de 70 % médias / 30 % divertissement, au ratio inverse. TPMP évoque peu les médias. Quand c’est le cas, les sujets tournent en rond car on ne parle que des mêmes programmes. « Parce que la télé ne se renouvelle pas » va-t-on me répliquer. Sans doute, ou alors, on peut se passer d’un énième argumentaire sur la Nouvelle Star et Master Chef, et se pencher sur les petites chaînes, fouiller les grilles, faire découvrir ce à côté de quoi passe peut-être le téléspectateur. Comme avant quoi. Aujourd’hui, la plupart des images sont des vidéos gags tirées d’internet : et le reste ? Les médias se résument-ils vraiment à un chat qui effraie un bébé sur Youtube ? Et pourtant, Alchimy adore les vidéos de chats…

Le peu de débats restant n’en est d’ailleurs plus, puisque la parole est systématiquement coupée par une vanne. Dès qu’un chroniqueur entame une analyse, avance un argument, il est désamorcé dans les 20 secondes et l’on entend son avis une fois sur trois. Rageant, frustrant et irrespectueux pour la personne qui parle comme pour nous qui l’écoutons.

 

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— PLUS DE DE PLACE POUR LES DÉBATS, PAS DAVANTAGE POUR LES INVITÉS
Les chroniqueurs ne sont pas les seuls à manquer de place : que dire des invités ? Si TPMP a toujours eu du mal à tenir son timing pour les accueillir à l’heure, aujourd’hui on ne prend même plus la peine de leur accorder du temps. Ils sont annoncés « dans un instant » pendant une heure et demi, puis arrivent pour les 20 à 25 dernières minutes d’émission. Deux questions sont posées avant de passer à un « jeu », raté une fois sur deux. Leur promo est hurlée au générique de fin, merci bonsoir ! Les plus mal lotis ? Les rares intervenants étrangers qui ne disposent même pas d’une traduction correcte, et quand bien même, l’animateur s’amuse lourdement de leur langue, oubliant au passage que ce qui est drôle deux minutes ne l’est pas vingt.

Les invités féminines auront parfois plus de « chance », elles rentreront plus tôt… pour se dandiner devant la caméra ou embrasser un chroniqueur, et après un « show sexy » avec Enora Malagré, cette dernière se plaindra de l’utilisation de la femme par le petit écran…

Il y a encore deux ans, les invités avaient le temps de s’exprimer sur eux, mais aussi de donner leur avis sur la télé, de faire de l’humour, de jouer le jeu des happenings. Plus l’émission gagne en notoriété, plus elle gagne en invités prestigieux, mais on les entend peu. Et en même temps, les petites têtes des médias sont délaissées au profit de grands artistes en promo, déjà vus sur toutes les chaînes. « À l’époque », les animateurs, journalistes, experts étaient peu connus du grand public, ou leurs noms tout au plus : les rencontrer enfin était audacieux, pertinent et original.

 

— TROP DE CONNERIE TUE LA CONNERIE
Tout tourner en dérision fatigue. TPMP semble courir en permanence après la bonne vanne, le bon mot, jusqu’à l’écœurement. La moitié de l’émission est maintenant prise par de mauvais happenings et des jeux idiots. Des moments de solitude voire des gros bides ponctuent le talk : c’est le problème de cette course au sketch. Elle ne possède plus une once de spontanéité.

Ce qui faisait le cachet de TPMP (bien souvent critiqué d’ailleurs), n’est plus : si la bande de chroniqueurs se lâche allégrement pour juger cruellement certaines émissions – et ils ont le droit, c’est leur boulot – ils deviennent doux comme des agneaux, quand ils sont face aux porteurs des programmes décriés. TPMP est devenue sa propre caricature : too too too too much. Une foire braillante, lisse, qui recycle davantage des vidéos sketchs chopées sur Youtube que d’extraits médias à commenter. Les chroniques de Bertrand Chameroy et Camille Combal sont celles qui parlent peut être le plus médias, et qui arrivent encore à nous faire réfléchir sur les programmes et le journalisme d’aujourd’hui.

 

 

Prise de boulard ? Peut-être. Concept déformé ? Oui. TPMP a compris ce qui marchait : le fun, la critique (parfois injustement) acerbe, la bande de potes… et l’a poussé à l’extrême. Même l’agent de sécurité est devenu une bête de foire… Touche Pas à Mon Poste a oublié les analyses, les arguments, la part que la télé nous laissait enfin pour entrer dans son univers et la décrypter. Auto-critiquer ce que nous ingurgitons chaque jour devant nos écrans : un élan nécessaire, indispensable que TPMP nous a insufflé, afin d’arrêter d’être hypnotisés par nos pixels HD.

 


Aujourd’hui, on ne regarde plus l’émission pour les mêmes raisons qu’avant, tout simplement. Les fans (et ils sont très nombreux) de l’émission sont attachés à cette bande de potes. TPMP, téléréalité de la bande Hanouna ? Le point positif, et pas des moindres : Touche Pas à Mon Poste est une émission JOYEUSE. Elle garde toujours le sourire et donne la patate. Entre les horreurs des infos et l’abrutissement de certains programmes, TPMP permet de souffler et de rire un bon coup, pour pas grand chose et bruyamment. Prenez-le tel qu’il est devenu : un divertissement convivial, 100 % bonne humeur et réconfort, qui fédère 1,5 million de fidèles tous les soirs devant le poste.

SIGLE NOIR MINI WEB

Cléo

The (radio)girl next door et fan numéro 1 de Friends.

3 Comments

  1. Très bon article ! Je dois avouer qu’en regardant l’émission je ne m’étais pas fait cette réflexion mais… Je suis tout à fait d’accord ! J’adore cette émission mais parfois je ressens le besoin de faire une pause, car comme tu le dis « trop de connerie, tue la connerie »…
    En ce qui concerne les invités je suis un peu moins d’accord avec toi. Je pense que quand on leur dit « ce soir tu vas chez Hanouna », ils savent à quoi s’attendre, ils savent qu’ils vont faire leur promo vite fait et puis basta ! De toute façon, c’est un peu pareil sur tous les plateaux TV.

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