Meegeren, le peintre qui trompa les Nazis
Bastien 7 juin 2018

Temps de lecture : 4 minutes

Dans notre visite des plus gros canulars de l’Histoire, après avoir vu que le Moyen-Âge avait inventé un pays imaginaire, revenons au XXe siècle lui aussi riche en mascarades et découvrons celle qui bouleversa le monde de l’art à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Art, faussaire, nazis, … Non ! On ne parlera pas d’Indiana Jones ! 


L’histoire de Han Van Meegeren (1889-1947) est celle d’un artiste frustré. Fasciné par la peinture depuis l’enfance, son père l’en éloigne de force et l’inscrit en école d’architecture. Il se détournera très vite de cette voie et commencera sa carrière d’artiste peintre. Après un certain succès, la critique deviendra très sévère avec lui puisqu’il ne s’inscrit pas dans le style attendu à l’époque aux Pays-Bas, le style de l’école de La Haye dans la veine de Van Gogh. 

Vous savez à quel point un artiste frustré peut être dangereux… Je fais bien évidement référence à Adolf Hitler ! Mais contrairement au futur Führer, Han Van Meegeren ne va pas fonder un parti antisémite et organiser un coup d’État pour se venger d’un monde de l’art qui ne veut pas de lui. Non, Han est beaucoup plus malin. Il va commencer à copier les artistes de l’âge d’or des Pays-Bas (XVIIe siècle) comme Vermeer et finira par introduire ses copies sur le marché de l’art et tromper les plus grands experts pendant plus d’une décennie. 

 

—LA RECETTE D’UN TABLEAU DE MAITRE
Dans sa création de faux, Han a deux avantages. Dans les années 30, les techniques d’authentification n’étaient pas celles que l’on connait aujourd’hui et il possède également un talent d’imitation des grands maitres sans aucun pareil. 

Pour le reste, il va mettre au point une recette parfaite. Dans un premier temps il achetait du bois d’époque. Après avoir peint sa toile, il la vernissait et la plaçait dans un four à 100-120°C. Après la cuisson il entourait la toile autour d’un bâton pour créer des craquelures. Puis il emplissait ces dernières d’encre noire pour les rendre visibles et imiter de la poussière qui se serait accumulée depuis le XVIIe siècle. 

Le résultat est bluffant.  

 

Femme lisant – Johannes Vermeer – 1662-1665

 

Femme lisant de la musique – Han Van Meegeren – 1930-1940

 

—TROMPER LES NAZIS
Sa méthode connait un succès fou. Ses faux trompent les plus grands experts de l’art du XVIIe et sont accrochés dans les musées. L’Occupation allemande augmente encore ses ventes : en effet, les riches Néerlandais achetaient ces faux afin que ce qu’ils pensaient être leur patrimoine national ne tombe pas entre les mains des nazis lors de saisies. Mais c’était sans compter sur Hermann Göring, le chef de la Luftwaffe, l’aviation allemande. Celui-ci était jaloux d’Hitler qui possédait un Vermeer et voulait lui-même en posséder un. Il échangea alors 200 tableaux saisis dans les musées hollandais contre Le Christ et la parabole de la femme adultère, un « Vermeer » de Meegeren. 

Le « Vermeer » vendu à Hermann Göring, haut dignitaire nazi.

Après la guerre, Han Van Meegeren fait l’objet d’un procès pour collaboration avec l’ennemi pour avoir vendu des pièces maitresses de la peinture de son pays. Ce crime pouvant entrainer la peine capitale, il préfère faire éclater le scandale au grand jour. Il affirme que le tableau qu’il a fourni à Hermann Göring est un faux fabriqué par ses soins. Pour prouver ses dires, il va peindre dans sa cellule un nouveau tableau accompagné de six témoins dans le style « Vermeer » avec ses propres techniques : Jésus parmi les Docteurs. 

Han van Meegeren lors de son procès

Dès lors, il fut considéré par le public non plus comme un ignoble collabo mais comme un escroc futé ayant trompé à la fois les experts d’art et les nazis. 

Il fut tout de même condamné pour faux et tromperie à la peine minimale d’un an de prison. Il n’accomplira jamais sa peine puisqu’il finira ses jours le 30 Décembre 1947, quelques mois après le procès. 

 

—LES TALENTS DU FAUSSAIRE
Dans le cas particulier de Vermeer, les raisons qui expliquent pourquoi les faux de Meegeren ont eu tant de succès sont multiples. 

Premièrement, Vermeer est un peintre dont les œuvres qui nous sont parvenues sont peu nombreuses. Il existe aujourd’hui moins d’une quarantaine d’œuvres attribuées à Vermeer. Han Van Meegeren a choisi soit d’effectuer des toiles dans les thèmes récurrents du maitre, soit de se placer dans une « période de jeunesse » de l’artiste. Ainsi il s’éloigne des modèles bien connus de Vermeer, pour créer de toute pièce une nouvelle période inconnue de la peinture de Vermeer centrée sur la vie du Christ. Il a peint une période cohérente qui pouvait théoriquement s’inscrire dans la vie et l’œuvre de Johannes Vermeer. Enfin, l’impossibilité pour les experts d’analyser chimiquement les éléments de la peinture utilisée par Meegeren ne leur donnait aucun indice pour soupçonner des faux. 

Van Meegeren peignant « Jésus parmi les Docteurs » pour prouver ses talents de faussaire

Han Van Meegeren est un des faussaires les plus connus et reconnus aujourd’hui. Des débats d’authenticité de certains de ses tableaux ont agité le monde des experts jusque dans les années 60. Malgré les progrès apportés par la science, on estime jusqu’à 30% la proportion de faux circulant actuellement dans les salles de vente même les plus prestigieuses. D’autres faussaires seront surement démasqués dans les prochaines années (sans le leur souhaiter…), des artistes d’une autre mesure qui expriment leurs talents dans l’ombre et profitent d’un marché de l’art critiquable par de nombreux aspects. 

Bastien

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