ÔDE AU BAUHAUS
alice 29 mars 2018

Temps de lecture : 5 minutes

Il est des courants artistiques et leurs représentants que l’on ne présente plus : le romantisme et Alfred de Musset, le réalisme et Gustave Courbet, le cubisme et Pablo Picasso. Ici, je te parle d’un courant bien moins connu dans notre pays, dont les influences sont pourtant omniprésentes dans notre quotidien : le Bauhaus. Ce nom t’est peut-être inconnu, pourtant tu en as déjà rencontré des représentations, non ?


— UNE PETITE RÉTROSPECTIVE
Le Bauhaus est un courant établi en 1919 par l’architecte Walter Gropius en Allemagne, dans la ville de Weimar. L’essence de ce courant et le principal dessein de Gropius étaient l’abolition de la distinction entre l’art pour l’art et l’artisanat pour l’utilité. On retrouve cette volonté dans les fondations du mouvement : premièrement dans les noms “construction” (Bau) et “maison” (Haus), deuxièmement à travers la fusion des deux académies d’art de Weimar (l’école des arts décoratifs et les Beaux-arts) qui donne naissance à celle du Bauhaus. En 1925, l’école déménage à Dessau pour des raisons politiques, dans un tout nouveau campus pensé et dessiné par Gropius.

 

Bâtiment principal du campus de Dessau © Robert Nate

 

Bauhaus Archives, Berlin © Nicholas Coates

 

Pour mener à bien cette révolution, Gropius s’entoure de grands noms tels que Paul Klee, Wassily Kandinsky, Oskar Schlemmer… Chacun des artistes se retrouve maître d’une discipline, selon ses singularités artistiques. C’est ainsi que Klee se retrouve théoricien de la forme, et Kandinsky celui de la couleur. Les bases sont posées, on a affaire à la crème de la crème ! Ce serait comme aller en cours de fantasy avec George R. R. Martin ou de composition musicale avec Stromae tu vois ! S’entourer de grands noms était important pour l’école, et les artistes eux-mêmes se réjouissaient de ces enseignements d’un genre nouveau, dans un cadre avant-gardiste. Cela participe également beaucoup à la renommée de l’école. 

 

De gauche à droite : Wassily Kandinsky, Nina Kandinsky, Georg Muche, Paul Klee, Walter Gropius
Fairy Tales, Paul Klee (1920)
In the Desert, Paul Klee (1924)
Composition VIII, Wassily Kandinsky (1923)

 

Black and violet, Wassily Kandinsky (1923)

 

— QU’EST-CE QUI REND CE MOUVEMENT SI MODERNE ?
Comme brièvement évoqué plus tôt, le Bauhaus se veut être une pensée où les postures de l’artiste et de l’artisan se confondent. Finie l’idée d’un artiste guidé par un génie créatif tandis que l’artisan ne serait qu’un bon ouvrierComme le formule Gropius dans le Manifeste du Bauhaus, “L’artiste n’est qu’un artisan inspiré” (“Der Künstler ist eine Steigerung des Handwerkers”). La maîtrise de la technique et de la manipulation des matériaux devient fondamentale. A partir du moment où cela est établi, on se demande presque pourquoi une distinction avait été faite. C’est un des points qui m’a le plus séduite. Je trouve cela plein de bon sens finalement car toute création issue d’un cerveau humain, qui a demandé un travail de réflexion, relève d’un processus artistique, que l’on sorte des beaux-arts ou d’une école de menuiserie.

La rupture avec l’enseignement artistique se reflète aussi dans la manière d’enseigner. Les rapports maître-élève sont repensés, la hiérarchie est délaissée au profit d’une horizontalité. Schlemmer sera d’ailleurs à l’origine de nombreuses initiatives visant à faire se rencontrer maîtres et élèves de différents ateliers. Il organise des fêtes, des carnavals. L’école est un véritable lieu de vie, de rencontre, d’échange : un terrain propice à l’émulsion créative. Voilà, ça donne quand même envie cette histoire, je trouve. On est dans un esprit startup avant l’heure. J’ose à peine imaginer combien ça devait être bénéfique pour la création. Par ailleurs, à Dessau, dans le deuxième nid du Bauhaus, Gropius a même conçu les “maisons de maîtres” destinées à accueillir 6 maîtres et leur famille. Cela participe de l’impression d’une “grande famille” que donne ce groupe d’étudiants-professeurs. Il était d’ailleurs coutumier que le dimanche soit consacré à une grande balade, pour tous ceux qui le désiraient. Il s’agit d’une anecdote révélatrice de l’esprit du Bauhaus selon moi.

Photo de carnaval à l’académie

 

Maison de maître du campus de Dessau

 

Enfin, le matériau est revalorisé pour ce qu’il a de potentiellement créateurGropius voulait que les étudiants soient capable de concevoir, peu importe le matériau qu’ils avaient entre les mains. C’est motivé par cette volonté que les “excursions déchetterie” voient le jour. Elles avaient pour but de faire travailler les étudiants avec les chutes brutes de matériaux qu’ils y trouvaient. Aucun domaine créatif n’est laissé pour compte dans cette école. On y trouve des ateliers classiques tels que la peinture, la sculpture ou la poterie. Cependant, des ateliers d’impression, de photographie ou de tissage sont aussi dispensés. 

 

— UN MOUVEMENT PRÉCURSEUR DU DESIGN
C’est un mouvement à la croisée de différentes influences. Celle constructiviste remet au centre des compositions les formes de base : le cercle, le carré et le triangle. Celle fonctionnaliste fait de la fonction de l’objet en cours de conception le point central de ladite conception. Quand on regarde un objet, sa fonction doit nous être évidente. Il y a une forte volonté de créer des choses usuelles, destinées à servir son possesseur. L’époque, au sortir de la révolution industrielle, donne ses heures de gloire aux matériaux tels que l’acier, le verre, le béton. De par ces différents éléments, étudiants et professeurs de l’école ont doucement inventé le design moderne. Aussi, à l’aide de formes basiques et épurées, les objets du quotidien sont repensés.

Chaise Wassily, Marcel Brauer (1925-26)

 

 

Wangefeld 23, Wilhem Wagenfeld (1924)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On y retrouve les lignes épurées, l’évidence dans la fonction de l’objet, la manipulation rationnelle des matériaux. Et finalement, ces nouvelles tendances pour l’époque restent les bases de notre design contemporain. Bien que “vieilles” de près de 100 ans, ces créations restent toujours modernes.


Voilà une introduction à un mouvement dont je suis tombée amoureuse en vivant en Allemagne. Il y aurait encore énormément de choses à dire, de dimensions à explorer. Enfin, l’an prochain rimera avec le centenaire du manifeste, de la création de l’école et de la pensée. Je me réjouis par avance de voir ce qui sera organisé, ici en Allemagne bien sûr, mais partout ailleurs aussi.

alice

1 Comments

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *