Eve, Pandore, la première femme est souvent une belle gourdasse
Line 24 avril 2018

Temps de lecture : 6 minutes

Magnifique, sensuelle ou innocente, la première femme dans les mythes et récits a premièrement belle allure, mais fait vite tout foirer par sa stupidité. Un petit aperçu de ces histoires permet de comprendre comment, depuis sa création, la femme a vraiment mauvaise réputation.


— MYTHOLOGIE GRECQUE : PANDORE, LA PUNITION DE ZEUS.
Tout commence avec Prométhée « celui qui réfléchit avant », un titan qui s’est allié aux Dieux de l’Olympe. Dans certaines versions, c’est lui qui est à l’origine de la création des Hommes. Dans tous les cas, il est très proche des humains et les aide constamment en allant jusqu’à duper et voler les dieux.
Zeus, le dieu des dieux, lui donne une mission à accomplir : offrir un don à chaque espèce vivante sur Terre afin qu’elle puisse survivre. Son frère Épiméthée, « celui qui réfléchit après coup » supplie Prométhée de le laisser s’occuper des Hommes. C’est parti, on donne la rapidité à celui-ci, des ailes à l’autre, une force immense pour ceux-ci, la capacité de se cacher, etc. Une fois tous les dons accordés, Prométhée vient voir le travail de son frère : les hommes sont nus, sans armes, fragiles… Ils n’ont rien qui leur permettrait de survivre face aux autres créatures. Prométhée ne peut se résoudre à les laisser ainsi, il va alors jouer un tour à Zeus et voler le feu sacré aux Dieux. Les Hommes, en acquérant le feu, deviennent alors l’une des créatures les plus puissantes du règne vivant.

Lorsque Zeus découvre la supercherie, clairement il est un tantinet énervé. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que Prométhée abuse de sa confiance pour protéger les pauvres petits Humains. Il décide de se venger de lui mais également de cette race qu’il aime tant protéger. Une décision radicale qui va changer toute la vie sur Terre : créer la femme.

Chaque divinité de l’Olympe donne un don à cette femme pour qu’elle soit la plus parfaite possible : Aphrodite lui offre la beauté et la grâce, Héphaïstos moule son corps et son visage en argile dans les proportions parfaites, Apollon lui fît don de talents musicaux etc. Mais il était très important qu’elle reste humaine et donc imparfaite. Hermès lui offrit donc l’art du mensonge, de la perfidie et surtout, élément essentiel de la vengeance : la curiosité. On l’appellera dorénavant, Pandore « celle qui est le don de tous les Dieux ».

Pandore est offerte à Épiméthée, le frère un peu stupide de Prométhée. Ce dernier lui a fait promettre de n’accepter aucun cadeau des Dieux. Mais devant tant de beauté, Épiméthée ne résista pas. Pandore fût accompagnée d’une boîte (une jarre, en vérité) qui ne devait sous aucun prétexte être ouverte par ordre de Zeus ! Mais un jour où son mari s’absente, Pandore est piquée par sa curiosité et ne peut s’empêcher de soulever le couvercle pour apercevoir ce qu’elle contenait. Malheur.
Dans cette boîte se trouvaient tous les maux de la Terre : la maladie, la mort, la tristesse, la vieillesse, le malheur… À peine a-t-elle ouvert la boîte que tous ces maux se répandirent sur Terre, transformant l’existence qui était jusqu’alors simple et heureuse en contraintes et douleurs. Selon certaines versions, la boîte finit totalement vide. Selon d’autres, Pandore a tellement peur qu’elle referme dès que possible la boîte laissant au fond de celle-ci la seule chose pouvant sauver les Hommes : l’espérance.

Pandora – John William Waterhouse

 

— LA GENÈSE : EVE, CHARMÉE PAR L’IDÉE DE LA VÉRITÉ.
Dieu demande à Adam de s’occuper du jardin d’Eden, il est libre de tout mais il ne doit surtout pas manger le fruit défendu sur l’arbre de la connaissance. No problem, par contre, Adam s’ennuie un peu ferme. Après les animaux, qui ne l’ont pas comblé, Dieu crée la femme à partir de la côte d’Adam, ce n’est plus une création venue de nul part mais bien une part de lui-même. Ils vivent dès lors heureux dans un monde trop pipou.
Jusqu’à l’arrivée du serpent. Ce dernier va voir Eve et commence à l’embobiner comme quoi Dieu c’est juste un salopiot de menteur, si elle mange ce fruit elle aura la même connaissance que Dieu. Il lui en faut pas plus pour aller croquer un bout et convaincre son chéri de faire de même.
Dès lors, ils se rendent compte de leur bêtise, se sentent honteux de leur acte et du fait d’être nu : ils partent se cacher. Dieu, furieux, les condamne à ne plus vivre simplement comme avant mais dans la douleur en travaillant et enfantant dans la souffrance et ils furent éjectés du jardin d’Eden.
Il est intéressant de noter que dans le Coran, le serpent ne trompe pas seulement Eve mais bien Adam et Eve ensemble.

Lady Lilith – Dante Gabriel Rossetti

— RÉCITS MÉSOPOTAMIENS : LILITH, LA RÉELLE PREMIÈRE FEMME ?
Un débat se fait entendre comme quoi Eve ne serait pas la première femme, mais une certaine Lilith qui aurait également été la première compagne d’Adam. Alors, cet être caché va-t-il redorer l’image des premières femmes ? Oui et non. Un gros non d’abord car elle est aussi connue pour être la première femme démone, rien que ça. Donc elle est très facilement présentée comme un personnage horrible, dévoreuse d’enfants également, dangereuse pour les femmes enceintes et tous les humains en général, mais également tentatrice aux passions dévorantes. Mais tout cela vient, encore une fois, d’un châtiment de Dieu.
Lilith est super badass dans le sens où elle a été créée avec de la terre comme Adam et au même moment. Elle n’est donc pas une création venant d’une partie de l’Homme mais bien une création à part entière. Cependant, elle aurait été créée à partir de terre impure, ce qui explique sa part d’ombre. Comme avec Eve, Adam et Lilith étaient heureux dans le jardin d’Eden, profitant de leur liberté et des beaux jours. Mais Adam n’a pas trop aimé que Lilith lui soit égale et non soumise et il le fait savoir, genre « hey, elle est où ma bière, femme? ». Lilith, clairement, ça ne lui va pas du tout et elle l’envoie bien bouler. Dieu lui laisse une chance « Adam il est trop tristounet que tu ne lui obéisses pas au doigt et à l’œil le pauvre, tu veux pas retourner avec lui ? » c’est un non catégorique. Du coup, elle se fait virer de manière magistrale du jardin d’Eden et en punition, elle verra mourir tous ses enfants à la naissance. En même temps quelle idée de vouloir du libre-arbitre ! Par désespoir, elle tente de se suicider. Les anges lui donnent alors le pouvoir de tuer les enfants naissant de tous les humains jusqu’à la circoncision pour les garçons et le 20ème jour pour les filles. Certains récits disent également que c’est elle qui serait revenue en serpent pour tenter Eve. Pour cette rébellion, Lilith est le symbole de certains mouvements féministes.


En résumé, la première femme est souvent celle qui transforme, involontairement, le monde paradisiaque en une existence de douleur et de terreur. Donc dès le début, la gente féminine était décrite pour être mal perçue par les hommes et pour avoir une culpabilité monstrueuse sur les épaules. Wow, autant vous dire qu’on est parti de loin ! 

Line

1 Comments

  1. Bonjour,
    « Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.
    Dans l’enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d’une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d’un danger inconnu. L’enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C’est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l’homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l’adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.
    Il l’adorait, il l’admirait, un immense désir de se rapprocher d’elle le tourmentait, il lui semblait que près d’elle sa vie s’intensifiait, qu’aimé d’elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.
    C’est ainsi que l’homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d’amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
    La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d’une intelligence lucide, d’un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l’observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes…. Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l’esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu’elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.
    Lui l’écoutait, il l’admirait, il l’adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l’adolescent. C’est pour cela que l’homme porte gravé au plus profond de son cœur l’empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l’esprit.
    Cordialement.

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