Lutter pour les droits des autres : pourquoi ?
amandine 19 avril 2018

Temps de lecture : 3 minutes

Cheminots, fonctionnaires, étudiants, salariés d’Air France et de Carrefour… En ce moment, la contestation sociale est forte et certains appellent à une grande alliance solidaire. Mais qu’est-ce qui nous pousse à lutter pour les autres alors que l’époque est au nombrilisme ?


— LES HOMMES FÉMINISTES

Le phénomène n’est pas nouveau. Dès le 19ème siècle, ce sont des hommes que l’on trouve à la tête de plusieurs associations féministes : Léon Richer, par exemple, connu pour être « le père du féminisme français ». En effet, dans un contexte où  les femmes demeurent des mineures juridiques et sont privées du droit de vote, les hommes, détenant des capitaux indispensables au combat politique et dont sont privées les femmes, se révèlent des participants incontournables dans la lutte pour leurs droits. En outre, les hommes apportent de la respectabilité et du crédit aux revendications féministes.

Cependant, le fait qu’un homme s’engage pour les droits des femmes alors qu’il est le « dominant », le responsable principal de l’inégalité femme-homme, peut-être perçu comme paradoxal voire malhonnête. Ces hommes militants féministes expliquent leur engagement justement par leur prise de conscience d’être une partie du problème et par leur volonté de servir d’exemples à leurs congénères masculins.

 

— ON EST TOUS LE CHEMINOT DE QUELQU’UN D’AUTRE

Cependant, on ne s’engage pas forcément pour les droits des personnes que le groupe d’individus auquel on appartient oppresse, comme le montre le mouvement social des cheminots. On peut aussi s’engager auprès d’individus contre un groupe de personnes détenant le pouvoir, employé-e-s contre le patronat ou citoyen-ne-s contre le gouvernement, par exemple.

Ainsi l’homme politique Olivier Besancenot déclarait, dans une séquence télévisée très commentée : « Ne tombez pas dans le poison de la division. On est tous le cheminot de quelqu’un d’autre« . Il appelait ainsi les usagers à se ranger du côté des cheminots malgré les désagréments que causent les grèves. Dans ce cas précis, on fait appel, non seulement à une forme de compassion mais aussi à l’égoïsme des gens. En effet, en étant solidaire aujourd’hui, on s’assure la solidarité des autres en retour si on se retrouve dans une situation similaire dans le futur.

 

— LA LUTTE PAR PROCURATION

Enfin, on peut s’engager pour les autres quand ceux-ci nous renvoient à notre propre expérience. C’est le cas en ce moment des nombreux blocages d’universités. En effet, pourquoi des étudiant-e-s votent le blocage de leur établissement pour protester contre la réforme d’accès à la fac, alors qu’ils sont déjà à la fac ? Pourquoi ne pas laisser les lycéens et lycéennes se débrouiller puisque, après tout, cette réforme les concerne en premier lieu ? La réponse se trouve peut-être dans le souvenir – pas si lointain – que ces élèves aujourd’hui à l’université étaient aussi, il y a quelques années, des lycéen-ne-s qui n’avaient pas les mêmes capacités à s’engager. En effet le lycée c’est des syndicats quasi-inexistants, une obligation d’assiduité permanente et puis, on vit toujours chez papa-maman. On pourrait appeler ça « la lutte par procuration » : puisque les concerné-e-s auront du mal à se défendre, nous allons le faire à leur place.


Les luttes sociales se basent bien souvent sur la solidarité mais ne sont pas toujours dénuées d’égoïsme. Que ce soit par peur de nous retrouver seul-e-s et sans défense avec nos revendications ou parce que nous avons une expérience similaire qui nous fait nous sentir concerné-e-s, on s’engage pour les autres aussi, parfois, pour soi-même.

Sources :
Les hommes dans les mouvements féministes français (1870-2010) Sociologie d’un engagement improbable – Alban JACQUEMART
Olivier Besancenot – On n’est pas couché 3 mars 2018 #ONPC
amandine

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