Louis Garrel réussit là où on l’attendait
John Goodman 7 octobre 2015

Temps de lecture : 3 minutes

Nos vies ne sont pas banales. Chaque histoire d’amour ou d’amitié peut être romanesque. Quand notre vie amoureuse est passionnelle alors on dit que personne ne peut la comprendre alors que finalement elles se ressemblent sur beaucoup de points. Mais l’importance que l’on attache à notre histoire d’amour ou d’amitié la rend épique. Les courts métrages et le long « les deux amis » de Louis Garrel transforment nos histoires assez communes en aventures humaines mélancoliques à la façon des plus grands cinéastes.

 


 

— « C’est où que tu l’as vu pour la dernière fois ? »
Clément (Vincent Macaigne) est tombé éperdument amoureux de Mona (Golshifteh Farahani), jeune femme mystérieuse cachant sa peine de prison. Une histoire d’amour compliquée. Il se fait épauler par son ami Abel (Louis Garrel) mais qui finalement tombera aussi amoureux d’elle.

Le film nous offre une balade mélancolique dans les rues de Paris où l’on se pose des questions sur l’amour, l’amitié et la vie en générale. C’est un aboutissement de plusieurs courts métrages comme la « règle de trois » de Louis Garrel avec le même trio d’acteurs où Vincent Macaigne interprète déjà un benêt tombé fou amoureux d’une fille qui finalement ne voudra plus de lui alors que Louis Garrel veut vivre une histoire de passion avec Golshifteh Farahania, se refusant à parler d’enfants et de poussettes. Louis Garrel aide alors Vincent à surmonter sa séparation tout en se posant des questions sur les envies d’enfant de sa compagne.

Le trio marche à merveille, le cinéma doit inventer pour le spectateur les émotions mais lorsqu’elle sont vraies, sincères et authentiques entre les acteurs alors l’histoire n’est que plus réalistes et crédible. On pourrait en vouloir à l’ego de Louis Garrel de se donner ce rôle à interpréter mais personne ne peut le remplacer tant ce trio d’acteurs est parfait.

 

— « Attend, tu vois je me demande si elle a pas dormi chez moi »
Notre société contemporaine pose toutes ces questions sur le réel amour, s’il faut chercher une fille pas compliquée plutôt banale pour ne pas avoir de souci d’organisation dans une vie sans encombre et bien formatée. Ou alors rencontrer un amour ou l’on ne contrôle plus rien, où nous nous laissons aller à la dérive de nos sentiments mettant en péril notre amitié. Mona n’est pas ennuyante, elle est libre de tout ce qu’elle veut faire mais la prison où elle doit se rendre tous les soirs, peut représenter cette société qui comme le boulet au pied l’empêche de faire des choix sortant de l’ordinaire comme s’il y avait une norme sociale à respecter pour ne pas être exclu d’un système.

C’est un conte sur nos vies, parfois trop nostalgique, mélancolique mais parfois très drôle et très fin. La mise en scène du film ne nous tend pas de perche, les scènes drôles sont intelligemment filmées. Les plans nous laissent le choix de rire ou pas de la situation pouvant être triste ou drôle selon l’empathie du spectateur. Comme cette scène où les deux acteurs se retrouvent dans la chambre d’hôtel de Mona, réclamant une accolade avant d’aller dormir, les deux se sentent idiot et se regardent l’air bête quand elle demande « Par lequel je commence ? » le plan fixe reste sur les deux acteurs se demandant comment réagir.

 

— « Ou va retourner à l’église, il faut espérer que le curé soit coopératif »
C’est un premier long pour Louis Garrel mais le trio n’est pas nouveau. Vincent Macaigne acteur, réalisateur et metteur en scène au théâtre a déjà fait ses preuves, (Nommé au César du meilleur espoir dans « la fille du 14 juillet »/nommé au César du meilleur court métrage, « ce qui restera de nous », et il a reçu des distinctions moins connues comme le lutin du meilleur acteur pour « un monde sans femme »). Dans « Deux Amis » il est dans son registre. Il excelle au cinéma pour interpréter les sentiments les plus humains, dans des films merveilleux peu connus mais traitant des mêmes thèmes, l’amour, l’amitié, la solitude, des sentiments existentiels en somme comme « un monde sans femmes » ou « Tonnerre » ou encore « un été brûlant ». Louis Garrel signe son premier long-métrage et pas le dernier avec ce très bon trio mélodramatique.

 

 


Louis Garrel est sur les pas de son père pour notre plus grand plaisir. Vivement son second film pourvu qu’il garde les mêmes acteurs.

 

John Goodman

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