L’or noir : une histoire de transparence
baptiste 29 avril 2015

Temps de lecture : 3 minutes

Il y a moins de deux ans, on nous disait que le pétrole était rare et cher et maintenant voilà qu’il devient abondant et bon marché. Passant de 130 à 50 dollars le baril, le cours de l’or noir est une nouvelle fois au cœur des enjeux géopolitiques. 


 

Alors que l’humanité aurait pompé près de la moitié du brut exploitable sur terre et que le prix du pétrole semblait stabilisé à un niveau situé entre 100 et 120 dollars, on connaît depuis la fin 2014 une chute spectaculaire. Et cette chute est très spécifique comme nous l’explique Giacomo Luciani, professeur à Science Po Paris. Elle ne correspond pas à une augmentation de l’offre ou à une baisse de la demande durant ces six derniers mois. Elle résulte de phénomènes qui se sont cumulés au cours des années précédentes et que le marché n’a pas reconnus. Pas reconnus, car le marché manque cruellement de transparence.  On ne sait jamais le volume de pétrole réellement produit, ni combien on en exporte, cela pour des raisons volontaires ou faute de sources fiables.

En effet, pour un prix supérieur à 100 dollars, beaucoup de ressources deviennent exploitables et rentables. Et c’est grâce notamment à cela que les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole (12,5 millions de barils par jour). L’exploitation du pétrole de schiste a permis par exemple aux USA d’ajouter trois millions de barils par jour à leur production en l’espace de trois ans. Tout cela motivé par l’optique d’atteindre dans dix ans l’indépendance énergétique. L’offre, donc, ne cesse d’augmenter depuis 2010.

De plus, alors qu’on a souvent pensé que les actions de Daesh visant le pétrole irakien allaient menacer la fourniture de pétrole et donc diminuer l’offre, on remarque qu’en réalité l’incidence est minime. Même si les islamistes prenaient le pouvoir en Irak, qu’en feraient-ils ? Comme nous le dit Giacomo Luciani  : « le pétrole, c’est fait pour être vendu. On ne peut pas le boire ».

 

http://alchimy.info/?p=9014

 

— LE FISCAL BREAKEVEN AU COEUR DES STRATEGIES
Un terme un peu barbare, mais qui permet de comprendre tous les enjeux de cette baisse des prix. En effet, pour mesurer la dépendance au pétrole des grands producteurs, on calcule le niveau minimal que doit atteindre le prix du baril pour permettre l’équilibre budgétaire. Alors que pour le Koweit ou l’Arabie Saoudite, il se situe respectivement à 50 et 60 dollars le baril. Le Venezuela voit, lui, son niveau atteindre les 160 dollars le baril. On voit donc tout de suite, les gagnants et les perdants de cette chute des prix.

Alors que l’Arabie Saoudite, ancien premier producteur mondial, servait auparavant de variable d’ajustement et diminuait sa production pour pouvoir stabiliser les prix, on constate qu’aujourd’hui les Saoudiens favorisent l’écroulement des prix. La concurrence faisant rage, ils ont bien compris que la situation leur est favorable. Même avec un baril à 50 dollars, elle gagne de l’argent quand tous les autres souffrent. La Russie ne fera rien en Arctique avec un pétrole à 50 dollars. Même en Sibérie orientale, cela devient difficile de mettre en route de nouveaux gisements.  Le Venezuela est, lui, à la limite du dépôt de bilan.

 

— UNE BAISSE DURABLE ET UN DEFIS POUR LA PLANETE

http://prixdubaril.com/news-petrole.html
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Si l’on regarde dans le passé et qu’on se fonde sur des travaux de spécialistes, on remarque des cycles qui durent quinze ans. Les cours ont été élevés entre 1970 et 1985, bas de 1985 à 2000, puis de nouveau élevés de 2000 à 2014. Il est donc possible que nous entrions dans un cycle en baisse jusqu’en 2030.  Et cela est un véritable problème pour l’avenir de notre planète. Si les énergies fossiles restent bon marché, il sera très difficile pour les énergies alternatives d’émerger. Il est évident qu’elles sont nettement moins compétitives en termes de coût, et qu’elles ne pourront pas faire face seules à la forte demande insatisfaite dans les pays émergents, comme l’Inde à la croissance démographique exponentielle.

 


L’or noir est donc toujours au coeur des enjeux géopolitiques, et cela, au plus grand malheur de notre planète et de l’humanité. Et pour reprendre Pierre Mac Orlan, je terminerai en disant que « Le pétrole me parait très nettement être l’odeur la plus parfaite du désespoir humain, si le désespoir humain a une odeur. »

 

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