L’écocide de la civilisation occidentale inéluctable ?
BASTIEN BONO 26 mai 2015

Temps de lecture : 6 minutes

Depuis la nuit des temps, les civilisations connaissent toutes le même cycle de vie : naissance, apogée, déclin et disparition. Nombreux sont ceux qui considèrent la civilisation occidentale sur le déclin, et la forme de sa disparition devient de plus en plus évidente : il s’agira d’un suicide écologique, autrement dit, un écocide.


 

Une civilisation est l’ensemble des caractéristiques portées par une population au sein d’une société : culture, langue, religion, technologie, système politique… Toutes les civilisations, romaine, inca, égyptienne, mongole… ont connu un cycle de vie similaire : naissance, croissance, apogée, déclin et disparition. Catastrophe naturelle, guerre, changement sociétal … Les raisons de l’extinction des civilisations sont nombreuses et parfois multiples. Un des facteurs d’extinction des civilisations devrait cependant nous intéresser plus que les autres : l’écocide.

 

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L’écocide désigne la destruction d’un environnement par l’activité humaine des sociétés qui l’occupent. Un des exemples les plus frappants d’écocide localisé est celui de la mer d’Aral, située en Asie centrale entre Kazakhstan et Ouzbékistan. Au début des années 60, l’URSS, qui contrôlait la région, décide d’utiliser l’eau de la mer d’Aral pour la culture intensive du coton. 50 ans plus tard, la mer est devenue un petit lac peu profond, ayant perdu 75% de sa surface et 90% de son volume.

Les conséquences pour l’écosystème de cette région ont été fatales : 30 espèces animales ont disparu, laissant seulement une espèce de raie qui a mutée pour survivre au taux de salinité extrêmement haut ; le taux de cancer dans la population a explosé, comme les anémies qui concernent 80% des femmes enceintes ; enfin les tonnes de pesticides et produits chimiques déversés dans la mer par l’industrie et l’agriculture fermentent aujourd’hui à l’air libre, polluant l’air et les sols, ce qui accélère la désertification d’une région déjà privée d’eau.

 

 

La mer en 1989 (à gauche) et en 2008 (à droite)

 

— L’ÉCOCIDE, UN PHÉNOMÈNE VIEUX COMME LE MONDE
L’Histoire révèle de nombreux exemples de civilisations victimes d’écocide
. Par exemple la civilisation Maya, contrairement aux croyances communes, s’est éteinte bien avant l’arrivée des conquistadors au XVIème siècle. En effet, l’empire Maya fut l’une des civilisations précolombiennes les plus avancées : connaissances remarquables en astronomie, agronomie et médecine, construction de bâtiments gigantesques (les fameux temples Mayas),… Grâce à un système de cultures flottantes, les Mayas ont pu créer des surplus de nourriture et croître rapidement, atteignant ainsi l’apogée de leur civilisation.

Cependant, cette technique de rendement agricole intensif demandait énormément de bois et une irrigation abondante. Rapidement, toutes les forêts furent déboisées, troublant le cycle de l’eau, provoquant la stérilisation des sols et asséchant les cours d’eau. Ainsi, cette brillante civilisation implosa, les famines créant tensions sociales et guerres au sein de l’Empire Maya. On comprend mieux pourquoi les Européens n’eurent aucun mal à faire tomber les vestiges d’un royaume déchu 600 ans plus tard avec quelques navires.

 

 

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Autre exemple, l’Empire Khmer, qui couvrait à son apogée toute la péninsule indochinoise. Cette civilisation, qui bâtit entre autre le plus vaste ensemble religieux du monde, les temples d’Angkor dans l’actuel Cambodge, maîtrisait comme les Mayas des techniques agricoles intensives basées sur le bois et l’eau qui lui ont permise de croître rapidement et solidement. Cela permettait entre autres aux Khmers de s’affranchir des contraintes climatiques liées à l’alternance entre saison sèche et saison des pluies, et ainsi de cultiver toute l’année. Comme pour les Mayas, la déforestation, associée aux invasions chab, mongole et thaï, ainsi qu’au changement social dû à la conversion au bouddhisme précipita la chute de la civilisation khmère qui tomba dans l’oubli.

 

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Les temples d’Angkor

 

Dans son livre Effondrement, le biologiste Jared Diamond a théorisé l’écocide commis par les habitants de l’Île de Pâques, qui a créé la notion de « syndrome de l’Île de Pâques » pour désigner la chute des civilisations par écocide. Les habitants de cette petite île perdue dans le Pacifique auraient selon lui érigé les fameux Moaï : statues monumentales représentant leurs dieux afin de mettre fin à une longue sécheresse. Cependant, pour dresser ces titans de roche pesant jusqu’à 270 tonnes, cette civilisation eut besoin d’énormément de bois, encore une fois, pour construire des échafaudages. Une fois l’île entièrement déboisée, le mécanisme fut le même pour les mayas et les khmers. À l’arrivée des Espagnols en 1 722, il ne restait plus que 4 000 habitants, soit 20 fois moins qu’à l’apogée de ce peuple.

 

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Les Moaï de l’Île de Paques

 

— LE CYCLE DE VIE DE LA CIVILISATION
On observe ainsi un mécanisme similaire dans bien des extinctions de civilisation : découverte technologique, agriculture intensive, surplus alimentaire, croissance de la population et de son ou ses États, surexploitation des ressources naturelles, accroissement des tensions socio-culturelles, implosion.

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Le cycle de vie de la civilisation

Si on considère notre civilisation occidentale, basée sur les 3 piliers de la chrétienté, de la propriété privée héritée des Romains, de la philosophie et de la démocratie héritée de la Grèce antique, on peut considérer qu’elle s’est – au cours du XIXème et du XXème siècle – répandue de l’Europe au reste du monde. D’abord par la colonisation, la guerre et la domination technologique, puis par l’économie, la diplomatie et la culture.

Cette civilisation occidentale a failli disparaître pour des raisons autres qu’écologiques au début du XXème siècle, avec la grande crise économique de 1929 et les deux guerres mondiales qui ont vu l’utilisation d’armes plus meurtrières que jamais. Elle est cependant repartie sur une relative stabilité depuis 1945, malgré la Guerre Froide, grâce à la coopération politique et économique à l’intérieur de la civilisation occidentale (ONU, OMC, UE, G8…), qu’elle a réussi à étendre à l’ex-bloc communiste et aux non-alignés, faisant accepter (et parfois adopter) par la quasi-totalité de la planète le modèle démocratique capitaliste.

 

 

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Alors, où est le problème ? Je ne fais aucune considération d’ordre politique ici : ce modèle occidental prône la croissance, et notre société a admis à travers ses leaders d’opinion, politiques, médias, que cette croissance est bénéfique pour notre société. Cependant, et je développerai ce point dans un prochain article, il est admis aujourd’hui que nous consommons les ressources de notre planète plus vite qu’elles ne se régénèrent naturellement. Nous consommions ainsi en 2012 1,5 fois la capacité de renouvellement des ressources de la planète. Ce chiffre monterait par ailleurs à 32 fois si toute la planète consommait autant que le Qatar, et à 27 fois par rapport à la consommation en ressources de la France !

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L’écophagie (surconsommation des ressources offertes par un écosystème) est une étape avancée du processus d’écocide. On le sait déjà tous, mais la civilisation occidentale doit modifier ses comportements si elle ne veut pas subir le même sort que les Mayas ou les Khmers.

Pour compléter ma réflexion, je vous propose de regarder cette courte vidéo qui a récemment beaucoup tournée sur internet. On adhère ou on n’adhère pas au côté très politique de ce discours, mais je trouve néanmoins que sont ici bien démontrés les nombreux paradoxes de l’Occident, ainsi que la nécessité de changement.

 

 

 


L’Histoire est censée nous révéler les erreurs commises par nos prédécesseurs afin que nous adoptions les bons comportements pour ne pas les reproduire. Au lieu de faire culpabiliser la société sur son impact vis-à-vis de l’environnement en martelant que la situation est grave, tentons d’appréhender notre situation au vu du passé.

 

SIGLE NOIR MINI WEB

BASTIEN BONO

Ornithologue spécialiste des condors bantous à bande bleue.

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