Le Revenu de Base, enfin la liberté ? – partie 1
ALCHIMY 20 janvier 2016

Temps de lecture : 6 minutes

Le spectre du chômage ne nous lâche pas et pire, s’intensifie. L’Insee chiffrait récemment son taux à  10.2% (le plus élevé depuis 1997). 9 millions de français vivraient désormais avec moins de 964€ par mois et feraient donc partis de la catégorie des « pauvres ». Ne serait-il pas temps de changer notre approche du travail et du revenu ?


 

Dans cette optique, le revenu de base est une idée qui fait son chemin. Il est présenté comme le moyen de lutter contre la pauvreté et l’exclusion. Un sondage Ifop révélait même, en mai dernier, que 60% des Français y étaient favorables. Attardons-nous sur ce qui pourrait être, à l’avenir, le du de la république envers ses citoyens, sans distinction et surtout sans condition. En résumé : une somme perçue par chaque citoyen pour la simple et bonne raison d’être citoyen.

 

— LE REVENU DE BASE : UNE UTOPIE ?
Le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) le définit comme « un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement ».

Le revenu de base est bel et bien une utopie. C’est un néologisme grec, forgé par Thomas More en 1516 pour désigner la société idéale qu’il imagine dans son œuvre (en latin) Utopia. Il est traduit en français par « utopie ». C’est une représentation d’une réalité sans défaut qui est décrite, comme un régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes), sans injustice, une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie.
 

Le Revenu Minimum Garanti, une manière de partager les fruits de notre démocratie de façon plus morale et humaine. Martin Luther King

 

— QU’EN PENSE LA POLITIQUE ?
En politique, l’utopie, caractérise quelque chose de fictif, d’irréalisable et, souvent, digne de la démagogie. Seulement, depuis Utopia, cet idéal a fait son chemin et n’a jamais été aussi proche de la réalité. L’idée dépasse les courants de pensée et les frontières idéologiques. Keynésiens, libéraux, Marxistes, écologistes, philosophes, psychanalystes, entrepreneurs ou artistes, l’idée ne manque pas de supporters de renom : les prix Nobel d’économie Milton Friedman, James Tobin et Paul Samuelson, Martin Luther-KingAndré Gorz grand penseur de l’écologie politique, Gotz Werner en Allemagne ou encore Thomas Paine.

De plus, le psychologue humaniste américain Erich Fromm y voit, lui, une sécurité matérielle nécessaire pour permettre à chaque individu de s’épanouir pleinement et d’être libre de ses choix. Le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) avait même interpellé certains candidats aux dernières élections régionales sur le sujet.

Le point commun entre toutes ces théories est que ce revenu doit être universel, inconditionnel et cumulable à tout autre revenu. Le sociologue et économiste français Bernard Friot, lui, va plus loin avec une version marxiste du revenu de base qu’il appelle « Salaire à vie ». Ce salaire à vie fonctionnerait sur le modèle actuel de la rémunération des fonctionnaires. Il explique cette théorie dans son livre L’enjeu du salaire (2012).

 

— COMMENT FINANCER UN TEL REVENU ?
Le financement d’un revenu de base fait souvent peur aux personnes qui découvrent l’idée. Il y a donc un vrai travail de pédagogie à faire afin que chacun puisse être conscient que ce revenu peut être financé. Il est vrai que le discours officiel ne prête pas à rêver. Les Etats sont endettés et, du fait de l’Union Européenne, ne disposent que de très peu d’outils de financement.

Pourtant, il existe de multiples possibilités. Dans cet article, le MFRB expose 8 approches différentes de financements. Il existe aussi la méthode du financement par le TVA, c’est une méthode libérale, égalitaire mais peu équitable. La TVA étant connue comme l’impôt le plus injuste. Elle est disséquée dans cette vidéo, de manière très simple. La version Marxiste de Bernard Friot est expliquée en 36 minutes dans cette vidéo pour ceux qui n’auraient pas le temps de s’attarder sur son livre :

 

 

Quoi qu’il en soit, peu importe les bords idéologiques, tous sont unanimes sur les fondations nécessaires pour qu’un tel chantier soit possible. D’une part, il faut une simplification de notre système de redistribution qui est devenu, au fil des années, un véritable casse-tête. Les travaux de l’économiste Marc de Basquiat atteste que cette seule idée de bon sens, suffirait à financer un revenu de base aux alentours de 500€ par adulte et 250€ par enfant le tout sans augmenter les prélèvements obligatoires.

Cependant ce n’est qu’une base de départ. Il est vrai que cette mesure ne saurait avoir de sens si elle n’était pas, au minimum, égal au seuil de pauvreté du pays dans lequel elle est instaurée. D’après l’Insee, son montant s’élèverait à 1 002 euros par mois, ce qui correspond à un revenu disponible de 2 104 euros pour une famille composée d’un couple avec deux enfants de moins de quatorze ans. Sachant que réaliser cette simplification de notre système de redistribution signifierait que, sauf cas particulier (handicap, par exemple), ces 500€ par mois constitueraient le seul revenu que l’Etat verserait aux Français (exit le RSA par exemple). Il faudrait donc trouver le financement supplémentaire pour que ce revenu soit un progrès et non une mesure d’austérité qui baisserait le niveau de vie des plus pauvres.

Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée. V. Hugo

Dans cette optique, une réforme fiscale profonde permettrait de rendre l’impôt plus juste (qui prend plus aux riches et moins aux classes moyennes) et plus efficace contre la fraude ou ce que l’on appelle l’optimisation fiscale. Ces réformes permettraient de tirer toujours un peu plus ce Revenu de Base vers le haut.

Enfin, le manque nécessaire à un revenu minimum permettant de vivre dignement pourrait être financé par la création monétaire. Il est vrai que cet outil est détenu par la Banque Centrale Européenne (BCE), qu’elle est indépendante et qu’elle préfère traiter avec les banques. Nul ne doute que si la BCE décidait de distribuer la monnaie autrement, un revenu de base d’au moins 1 000€ pourrait sans problème être financé. Et le MFRB (http://revenudebase.info ) l’atteste :

« Un tel système permettrait que la monnaie en circulation soit plus permanente, que son volume soit beaucoup plus stable et maîtrisable par la Banque Centrale. En outre, la monnaie étant directement distribuée aux individus qui ont le choix entre la consommer ou l’investir – notamment dans une entreprise personnelle -, elle alimenterait directement l’économie réelle. »

 

— VERS UNE SORTIE DE L’EURO ?
Seulement, cet organisme ne rend de compte qu’à lui-même et semble très têtu, surtout quand il s’agit de faire les mauvais choix. Dans le cas où ces messieurs dames de Francfort ne voudraient pas se convertir à une autre idéologie que celle qui est la leur depuis leur création en 1998, il existe des solutions. Tout d’abord il y a la solution radicale : une sortie de l’Euro. Sinon, Marc de Basquiat imagine un euro qui serait non plus une monnaie unique mais plutôt une monnaie commune. Il serait complété, dans le cas de la France, par une monnaie complémentaire nationale, émise par la Banque de France, qui ne puisse être dépensée qu’en France et qui ne soit pas convertible en euro. Chaque Français aurait un compte en banque sur lequel chaque mois un revenu de base serait versé sous la forme de cette monnaie. Ce revenu de base assurerait un certain niveau de consommation des Français dans l’économie locale.

 


Il serait donc possible de supprimer la misère. Ce changement radical de société aurait des répercutions évidentes sur nos modes de vie et sur notre approche de la vie surtout concernant le travail. Dans notre second volet, nous verrons les répercussions économiques et sociales qu’engendrent le revenu de base.

Rédigé par Baptiste Poisson

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Article réalisé grâce à la plateforme LE CLUB d’ALCHIMY.

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5 Comments

  1. Article presque parfait, à ceci près qu’il y a une inexactitude là : « Sachant que réaliser cette simplification de notre système de redistribution signifierait que, sauf cas particulier (handicap, par exemple), ces 500€ par mois constitueraient le seul revenu que l’Etat verserait aux Français (exit le RSA ou les indemnités chômage par exemple). »
    Les indemnités chômage ne sont pas concernées car elles relèvent d’une assurance. Elles ne sont pas « versées par l’État » comme le sont le RSA ou la Prime pour l’activité.

  2. Ah ! bien . L’Absurdité du système? suivez-moi alors : je résume au mieux, à vous d’approfondir si pas convaincus.
    -Je me stresse à préparer mon dossier de retraite , seul,63 ans, récupérer des trimestres afin de toucher le minimum contributif.
    Bref 165 trimestres je passe je touche net mes 1040€. loyer -400€ APL +46€ mutuelle -60€ taxe habit.- 30€. reste 596€ !
    -Un ami même loyer et même situation 65 ans n’a travaillé en France que 2 ans, touche l’ASPA 800€(pas considérée comme ressource!) l’APL 350€,aide mutuelle soins, pas d’impôts il lui reste donc, tenez-vous bien: 750€ !!! transport gratuit etc etc
    -vous avez compris que l’Egalité pour les énarques tabulateurs est égale à l’absurdité + l’injustice? merci à VOUS!

    1. Effectivement, la situation que vous décrivez illustre parfaitement les incohérences de la bureaucratie pour calculer les revenus sociaux. Situation qui ne pourrait plus exister avec un revenu universel et inconditionnel. Merci d’apporter cet exemple concret.

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