Freud, Baudelaire, Steve Jobs… Quand génie et drogue s’entremêlent.
Line 14 janvier 2016

Temps de lecture : 7 minutes

Cocaïne, LSD, opium et autres stupéfiants ont accompagné de nombreux génies ayant révolutionné leur domaine de prédilection. N’y voyez bien sûr aucun lien entre intelligence et drogue ni aucune incitation à la consommation ; mais plutôt une simple anecdote sur le besoin qu’ils ont eu de consommer à un moment donné de leur vie. Certains effectivement pour aider à développer leurs idées, mais surtout pour tenir émotionnellement dans leur quotidien. 


 

— FREUD, LA COKE LE SOULAGEAIT ET LUI « DELIAIT LA LANGUE ».
Ne croyez pas que c’est grâce aux délires de cette substance qu’est née la psychanalyse ! Freud en consomme avant ses recherches et sa fonction dans le domaine psychanalytique. En réalité, il achète son premier gramme à 28 ans en tant que médecin chercheur afin de lui trouver des fonctions thérapeutiques notamment pour se désintoxiquer de la morphine. Il écrira d’ailleurs un essai sur cette substance « Über Coca » où il vante ses bienfaits. Il se rend rapidement compte que la cocaïne soulageait ses dépressions et même certains problèmes physiques ! Il ne connaissait malheureusement pas encore l’ampleur toxique de cette drogue. Il commença donc à en administrer à ses patients pour diverses raisons mais également à ses amis et familles… Qu’ils soient malades ou non ! Cela amena malheureusement la mort d’un de ses patients dont il aurait prescrit une trop grosse dose. « Délieur de langue » « une plus grande capacité de travail ainsi qu’une réduction de la faim et de la fatigue » « anti-dépresseur », voici des termes que Freud aurait pu utiliser sur son utilisation de la cocaïne.

 

©UPPA/Photoshot/PHOTOSHOT/MAXPPP - Checked ; Austria ; - Sigmund Freud (Czech-born) psychiatrist and psychologist; founder of psychoanalysis Ref: B196_095071_4541 Date: Compulsory Credit: UPPA/Photoshot ************************* for FRANCE ONLY *************************

 

Il arrête sa consommation à 40 ans (avant donc ses célèbres ouvrages) surement au moment où il commence son auto-analyse. Il fut ensuite très discret sur ce produit et sa consommation si bien qu’on ne sait de quelle manière ni pourquoi il a décidé d’arrêter la cocaïne. On peut tout de même remarquer qu’il n’était pas cocaïnomane et qu’il n’a jamais pris de grosse dose.

 

— BAUDELAIRE SE LANGUIT ENTRE SON SPLEEN ET SES PRODUITS.
Écrivain maudit oui, car dès le début, sa vie n’est pas des plus faciles. Problèmes familiaux et financiers, lorsque la dépendance à la drogue s’ajoute à cela, Charles Baudelaire rentre alors dans un cercle vicieux infernal. Il demandera toute sa vie de l’argent à sa mère pour régler ses problèmes quotidiens, juridiques mais également afin de pouvoir acheter sa drogue. Haschich, opium, absinthe, laudanum (opium dilué dans de l’alcool)… Il n’hésite pas à tenter plusieurs substances différentes, même si elles étaient d’abord considérées comme thérapeutiques. Ce penchant pour la drogue aurait-il un lien avec sa personnalité mélancolique, son « spleen » ? Sûrement. Mais il considérait tout de même l’opium comme une drogue qui augmente ses capacités artistiques : « L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes, allonge l’illimité, approfondit le temps, creuse la volupté, et de plaisirs noirs et mornes remplit l’âme au-delà de sa capacité.»

 

baudelaire

 

Son ouvrage « Les Paradis artificiels » traite sur la relation du haschich et de l’opium avec les artistes sans en cacher leurs plaisirs exaltants ainsi que les tortures qu’elles infligent. Non, pour Baudelaire, les drogues ne devraient pas servir à l’artiste, car le véritable poète n’en a pas besoin. Il n’hésite pas à critiquer violemment ces drogues : « Le vin exalte la volonté ; le haschisch l’annihile. Le vin est support physique ; le haschisch est une arme pour le suicide. Le vin rend bon et sociable ; le haschisch est isolant. L’un est laborieux pour ainsi dire, l’autre essentiellement paresseux. (…) Enfin le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d’en boire. Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires ; il est fait pour les misérables oisifs. Le vin est utile, il produit des résultats fructifiants. Le haschisch est inutile et dangereux. » En se droguant, Baudelaire n’a cessé de se conforter dans son spleen : découragement, ennui existentiel, angoisse… Ces sentiments qui ont tant marqué sa vie et ses œuvres.

 

— STEVE JOBS, LE LSD REMPLIT SA PAGE BLANCHE.
Après sa mort le 5 octobre 2011, le FBI ressort des dossiers sur sa vie privée et sa personnalité. Il en ressort qu’il n’était pas forcément un individu très correct en qui avoir confiance et qu’il portait une grande importance aux substances hallucinogènes notamment le LSD. Il leur a d’ailleurs déclaré en avoir consommé entre 1972 et 1974 une quinzaine de fois. Il faut savoir qu’à cette époque, le LSD était plus puissant qu’aujourd’hui, surtout qu’il dit l’avoir consommé sous forme de gélatine, ce qui peut supposer qu’il prenait du Clearlight : un composé très répandu à San Francisco dans les années 70 et très puissant. Le LSD « haute qualité » avec un dosage de 250 microgrammes pour des doses de 50-100g. Dès 15 ans il fume ses premiers joints régulièrement, puis durant ses études, il s’intéresse de près à l’Inde et à sa culture spirituelle. Il entame des séances de méditation accompagnées de LSD pour une meilleure ouverture au monde. « Je suis né à une époque magique. Notre conscience était éveillée par le zen et par le LSD. Prendre du LSD était une expérience profonde, ce fut l’un des moments les plus importants de ma vie« .

 

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On ne sait pas réellement s’il a arrêté d’en consommer en commençant sa fondation Apple ou plus tard, mais on peut être sûr que cette drogue lui tenait particulièrement à cœur et lui a permis de lui ouvrir de nouveaux horizons au niveau de la créativité et de la spiritualité et peut-être même d’avoir créé ces fameux ordinateurs à angles ronds. Même si, selon son ami Daniel Kottke (l’un des premiers employés Apple Inc. et étudiant au même campus que Steve Jobs) « il n’avait pas besoin de drogues psychédéliques pour cela ».

 

— JEAN-PAUL SARTRE ÉTAIT POURSUIVIT PAR DES CRABES.
Ce n’est pas un secret, Sartre ne se privait pas concernant la drogue et l’alcool ; Annie Cohen-Solal a d’ailleurs recensé la consommation de Sartre : «Deux paquets de cigarettes […] et de nombreuses pipes bourrées de tabac brun ; plus d’un litre d’alcool (vin, bière, alcool blanc, whisky, etc.), deux cents milligrammes d’amphétamines ; quinze grammes d’aspirine ; plusieurs grammes de barbiturique, sans compter les cafés, thés et autres graisses de son alimentation quotidienne.» Mais il gardera sûrement une expérience bien plus marquante de la mescaline.

 

(FILES) A picture taken on February 15, 1971 shows French writer Jean-Paul Sartre gesturing at a press conference in Paris. Jean-Paul Sartre provided a lengthy explanation of his rejection of the 1964 Nobel prize in literature in a statement read to the Swedish press just hours after the prize was announced. AFP PHOTO

 

Il commença à prendre ce puissant hallucinogène avec l’accord de son médecin dans le but de toujours mieux explorer son inconscient. Dès lors, il eu d’horribles hallucinations durant presque un an : combat avec des poulpes, maison aux dents acérées voulant le manger, des visages monstrueux, mais surtout par ces créatures qu’il détestait tant, des crabes. Il a fallu qu’il aille voir Lacan, célèbre psychologue, pour trouver l’explication de ces invasions. Ces crustacés représentaient en fait la peur de Sartre de devoir toujours garder son sérieux en tant que professeur. Lorsqu’il ne prêta plus attention à ces animaux, ils disparurent. Il comprit alors que la folie pouvait également l’atteindre, il se souviendra toute sa vie de l’angoisse profonde qu’il a ressenti durant cette période.

 

— STEPHEN KING, UNION ENTRE HORREUR ET DÉFONCE.
Sa réussite l’a fait sombrer dans une période noire et difficile où il consomma une quantité monstre d’alcool, de médicaments et de drogues notamment la cocaïne le tout en cachette. Mais c’est aussi à cette période qu’il écrivit certains best-sellers comme Christine ou Ça. Il avouera même avoir beaucoup écrit sous l’emprise de la drogue et parfois, ne pas se souvenir le lendemain d’avoir écrit certains passages ! Cependant cette période est difficile pour lui et sa famille qui reste pourtant très soudée. Sa femme, en lui affichant ouvertement toute sa consommation, lui pose alors un ultimatum : soit il arrête, soit il s’en va. Il décide donc de partir en cure de désintoxication en 1987-1988, il ne consommera plus aucune drogue ensuite. Il a cependant eu une période à vide avec une véritable difficulté à retrouver son inspiration et sa créativité : il ne sortira aucun livre durant un an. Il reprendra heureusement petit à petit sa plume pour nous ressortir de nouveaux ouvrages horrifiques !

 

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La liste pourrait encore être longue entre Rimbaud, Delacroix, Thomas Edison, Hemingway… et même le personnage de Sherlock Holmes qui ne cesse de prendre de la coke ! Mais, sauf exception, ces substances leur ont souvent amené des problèmes dans leur quotidien, renforçant leurs problèmes psychologiques. Leurs œuvres auraient-elles pu exister sans ces drogues ? L’artiste doit-il rester dans un sentiment d’angoisse et de tristesse pour créer ? En tout cas, selon le chercheur Jarosz, « il est peu probable que des drogues comme la cocaïne rendent quelqu’un créatif. Les psychostimulants forts concentrent en effet le mental sur les paramètres les plus évidents d’une situation, or c’est une attention étendue qui mène à la créativité ». 

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