La ferme africaine version Wwoofing : un voyage abordable et enrichissant
Tudal 20 mars 2018

Temps de lecture : 6 minutes

Très répandu à l’étranger, jusqu’à être un passage quasi obligé dans certains pays, le Wwoofing souffre encore d’une visibilité limitée en France. Pourtant, ses apports sont multiples et tout à fait d’actualité dans le contexte que nous connaissons de réchauffement climatique et d’essoufflement de notre modèle économique et social.


Un semestre sans cours à la fac, un désir viscéral de voir le monde, le récit enthousiaste d’une amie et me voilà, quinze jours plus tard, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, billet en main avec un paquetage pour un peu plus d’une semaine. Seul. L’impulsivité de ma démarche me grise, je me sens comme un pionnier en partance pour une région non cartographiée. Pourtant il n’en est rien. Je pars pour un trimestre – délai maximum pour les visas touristiques – et trois hôtes m’attendent déjà à raison d’un par mois. Je ne connais aucun d’entre eux pour l’instant, mais tous ont accepté de m’héberger en pension complète. En échange de quoi je leur rendrai service pour leurs tâches quotidiennes. Aucune transaction financière n’intervient, rien qu’un simple échange de services : de l’aide contre l’hospitalité. Ainsi fonctionne le Wwoofing. L’intérêt ? Partir trois mois, là où mes économies m’auraient permis de partir deux semaines. Mais également de partager la vie quotidienne des locaux.

— LE WWOOFING EN QUELQUES MOTS

Ce terme, à l’orthographe si particulière, nous vient de la contraction de « Working weekends on organic farms »* (Wwoof), explique Virginie de Rocquigny pour Le Routard. Au tout début des années 1970, une londonienne, en mal de nature, propose à des fermes de leur prêter main forte les week-ends. Son initiative séduit parmi les citadins et c’est ainsi que naît le wwoofing en 1971.

Différents sites proposent de mettre en relation les volontaires et les hôtes. Personnellement je me suis tourné vers workaway.info mais de très nombreux sites existent**. Une cotisation est demandée. Les tarifs ont augmenté depuis 2016, il faut désormais s’acquitter de 32 euros pour un an d’adhésion. Plus de 170 pays sont disponibles, ce qui laisse un vaste choix de destinations. Le site repose principalement sur les retours, ou feedbacks, des usagers, ce qui laisse assez peu de place aux personnes qui ne sont pas fiables.

— L’HEURE DE LA DÉCOUVERTE

Quatre films et une escale à Doha plus tard, je foule pour la première fois le sol africain. C’est le 1er avril 2016. Je hèle un taxi pour rejoindre la gare routière dans le centre du Cap ; de là, un bus doit m’emmener jusqu’à Piketberg. Ce premier contact avec l’autochtone s’avère quelque peu déroutant : lorsque je tends l’argent, des rands, au chauffeur de taxi, celui-ci tente de me faire abandonner ma monnaie. J’apprendrai plus tard qu’un pourboire était attendu, mais sa façon insistante de réclamer m’a mis sur mes gardes, si bien qu’il n’a eu que le strict montant de la course. Le car s’avère être le moyen le plus sûr et le plus économique pour voyager sur place et je recommande vraiment son usage. Là où le train est cher et peu flexible, les compagnies de car proposent des arrêts nombreux, y compris dans de petites localités. Les tarifs sont abordables : compter entre 25 et 40 euros pour un trajet entre le Cap et Johannesburg, soit 1400 km. Evidemment, cela demande plus de temps que l’avion mais c’est un excellent moyen de ne pas exploser son budget pour des déplacements, tout en profitant du paysage.

Pour la première partie de mon séjour, je pose mon sac à dos chez un couple de retraités : Enid et Anthony. Elle était enseignante, lui ingénieur. Aujourd’hui, ils possèdent un grand domaine, Januariesfontein, qu’ils veulent aménager pour la venue de campeurs. Lors de mon arrivée, des volontaires sont déjà à la tâche. Je fais ainsi la connaissance d’un couple d’allemands qui, après avoir vendu la plupart de ses biens, s’est mis à parcourir le monde. Pour cela, ils recourent presque exclusivement au Wwoofing. Il y a également une française et une britannique. L’atmosphère n’est pas sans me rappeler celle de ma famille – nous sommes 5 enfants. Surtout au moment des repas ! Après une nuit à la belle étoile sur la terrasse, je suis réveillé à l’aube par une famille de francolins criards ; un oiseau au plumage gris et blanc de la famille des faisans. Je découvre alors pour la première fois le paysage environnant. S’étale sous mes yeux émerveillés une vallée parsemée d’arbrisseaux et de hautes herbes, baignant dans la tiède lumière de l’aube africaine. Un peu plus tard, Tony me dresse la liste de ses projets pour le domaine. Sa longueur ferait pâlir même le plus enthousiaste des volontaires. Rien ne m’est imposé en revanche, tant que je remplis mes journées. A Januariesfontein, on travaille cinq jours par semaine. Les week-ends sont laissés libres. Ce rythme est fixé par le site grâce auquel je suis entré en contact avec des hôtes, et il me convient parfaitement : je travaille et j’apprends la semaine, tandis que le week-end je peux explorer la région.

Lors de mon séjour chez Enid et Tony mes activités sont variées. L’allemand Ryk et moi remettons à neuf la carrosserie du tracteur, je déplace des rochers pour créer un passage pour le quad, j’extrais du miel, j’effectue des travaux de rénovation sur une maisonnette avec Helen la britannique, j’installe de nouvelles étagères dans la cuisine d’Enid. Autant de travaux pour lesquels je n’avais aucune compétence avant d’arriver, à part peu-être pour les étagères. J’ai appris en faisant, parfois avec l’aide d’autres volontaires et de Tony. Pas besoin donc d’être un fin bricoleur, tant que l’on est prêt à retrousser ses manches. Le wwoofing c’est aussi partager des expériences et des connaissances.

— PREMIER BILAN

Mon arrivée en Afrique du Sud, et ce premier séjour chez l’habitant, sont sans doute les moments plus enrichissants de mon voyage. En effet, j’apprends qu’il est préférable de se renseigner sur les pratiques attendues, notamment dans les relations avec les personnes vivant du tourisme. Il est quand même malvenu de passer pour pingre juste après avoir posé le pied à l’aéroport ! Nous autres français souffrons déjà d’une piètre réputation à l’étranger sans qu’il soit besoin de la confirmer. En outre, partir sans appareil photo dans un pays aussi magnifique est véritablement idiot. Au bout d’une semaine, devant l’évidente nécessité d’en avoir un, je passe commande sur internet. En revanche, les tutoriels dont je me suis aidé pour faire mon sac s’avèrent être de bon conseil puisque je ne manque de rien, sans pour autant être inutilement encombré.


C’est le cœur déjà conquis par l’Afrique du Sud que je me dirige vers ma prochaine destination. Des paysages splendides, des personnes chaleureuses, une culture qui oscille entre Occident et Afrique ; comment ne pas en tomber amoureux ? Mais une pause détente est prévue sur le chemin, que j’espère riche en good vibes***

*Travailler les week-ends dans des fermes biologiques
** Pour le wwoofing en France : https://www.wwoof.fr/
A l’international : http://wwoofinternational.org/ et http://wwoof.net/ (liste non exhaustive)
*** Bonne atmosphère
Tudal

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