Doit-on tout publier ?
Arzhel 22 septembre 2015

Temps de lecture : 4 minutes

Septembre 2015. Un petit peu moins d’un français sur deux est présent sur Facebook. Ca fait beaucoup, vraiment beaucoup. Pour donner un ordre d’idée, en 2011, selon statistiques-mondiales.com, il y avait 482 voitures pour 1000 habitants, soit un taux de pénétration sur le marché français similaire à celui de Facebook en 2015. Facebook (et tous les autres réseaux sociaux) sont utilisés par les français. Mais qu’en font-ils ?


 

— L’ÉVOLUTION D’UN INTERNAUTE
Selon Benjamin Bayart, l’internaute passe par différentes étapes d’évolution :
  1. Acheteur/Kikoolol
  2. Lecteur
  3. Râleur
  4. Commentateur
  5. Auteur
  6. Animateur
Pour résumé, l’utilisation est d’abord pratique ou à but de divertissement. Ensuite l’internaute trouve un intérêt informatif à l’internet, puis il montre son désaccord en participant aux débats. La phase de commentateur peut être assez longue. L’étape suivante est celle que nous connaissons nous, auteurs d’Alchimy : la phase d’auteur. On s’exprime directement sur des sujets qui nous intéressent (au risque de se faire troller par les personnes au stade 3). Les fondateurs d’Alchimy sont eux au stade 6 puisqu’ils ont lancé le projet.
Lorsqu’on s’inscrit sur un réseau social, on retombe sur ces mêmes étapes. Cependant les étapes d’expression sont à mon sens plus rapides à arriver. En effet, de nombreux appels à l’action sont disséminés partout sur les réseaux sociaux et vous demandent de vous exprimer, de dire quelque chose sur votre vie, sur ce que vous êtes en train de faire, où vous êtes en train de le faire etc.

Et souvent, nous le faisons, vous le faites. « Partage un moment marquant de ta vie », «  »monsieur X » et toi êtes amis depuis 3 ans. Re-partagez vous meilleurs moments ! ».

 

 

— PREMIÈRE POSTURE
Cool, j’avais oublié ce moment, ça me remet dans le même état d’esprit qu’il y a 7 ans, ça va faire plaisir à l’ami avec qui j’ai partagé le moment. En plus ça va mettre toutes les personnes que je côtoyais à l’époque dans l’ambiance « 7-years-ago ». On va peut être reconnecter si on s’était perdus de vue. Se rappeler pourquoi on s’était ajoutés en ami, tout ça.

Évidemment cette posture n’est possible que si la personne qui apparaît sur les photos sélectionnées par Facebook ne vous a pas escroquée une somme faramineuse depuis, ou encore n’est pas décédée. Dans les deux cas la vue des clichés (visible que par vous dans un premier temps) ne peux que vous irriter ou vous attrister. Well done Facebook, je n’avais pas prévu de pleurer aujourd’hui.

Si Facebook vous envoie des heureux souvenirs vous pouvez effectivement les partager…

 

— …MAIS QUI CA INTÉRESSE VRAIMENT ?
Vous étiez 3 dans cette soirée camping avec une bouteille de vodka bas prix. Repartager ce souvenir un peu honteux vous fera perdre toute streetcred auprès de vos fréquentations actuelles, votre famille, ou pire (si vous avez fait la bêtise d’ajouter votre boss et que vous publiez ce souvenir à tous vos amis) détruira votre carrière d’un clic.

Le titre de cette partie est un peu brutal mais vous voyez l’idée. Vos deux potes de beuverie de 2008 seront sûrement très heureux de voir ces photos mal cadrées (vous aviez bu n’oubliez pas). Mais ce seront probablement les seuls qui vont trouver ça chouette. Si on extrapole un peu, votre groupe de potes de 2008 trouvera ces photos souvenirs fun aussi sans doutes et vous gratifiera d’un petit pouce levé. Mais ce sont les seuls. En admettons que vos amis de 2008 constituent moins de 10% de vos contacts Facebook actuels, pourquoi publier ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Mais demandez à votre boss si vous en pull à capuche Oxbow qui fait la grimace après votre troisième cul sec de Vodka (de marque Vodka) augmente votre crédibilité dans l’entreprise.

D’autres questions se posent également pour les photos postées de personnes qui ne l’ont pas demandé.

Parmi ceux-ci :

  • Les conservateurs de toute partie de leur vie privé (bon courage en 2015 c’est assez difficile)
  • Les personnes qui ne vous ont même pas vu prendre la photo
  • Ceux qui n’en ont pas conscience parce qu’ils ne sont là que physiquement (leur esprit est ailleurs, loin)
  • Les personnes qui n’ont pas la faculté (comme la catégorie précédente) de comprendre que vous les prenez en photo et qu’ils vont être sur votre Facebook. (Ex: les bébés/enfants)

Je m’arrête un peu sur cette dernière catégorie avant de vous laisser. Autant vous quitter sur un débat long et périlleux.

 


Les billets de blog et analyses concernant la publication de photos d’enfant sont nombreux sur le web. En effet la question se pose. Si le futur adulte souhaite contrôler sa vie privé et doit se retourner sur 18 ans de clichés publiés sans son consentement, ça risque d’être long. Et cette question en a soulevé plein d’autres en rapport ou pas, avec nos usages d’Internet.

À quel âge une personne est responsable du contenu qu’elle publie sur le web ? À qui doit-on partager les enfants de nos enfants ? Doit-on ouvrir un compte sur les réseaux sociaux comme on peut ouvrir un compte bancaire pour son enfant ? Doit-il avoir une possibilité de modification sur les contenus sur lesquels il est présent ?

 
Arzhel

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