À la découverte de la Nanarophilie !
Bastien 12 avril 2018

Temps de lecture : 5 minutes

Le cinéma comprend de nombreuses niches, de recoins réputés inaccessibles pour les néophytes. Mais un de ces recoins semble sortir de l’ombre et touche de plus en plus de curieux, c’est la Nanarophilie ! Allons explorer ce phénomène avec quelques exemples !


Vous avez sans doute déjà vu des films nuls, qui par leur fadeur et le dégout qu’ils inspirent, rappellent un certain légume dont ils se sont vu attribuer le nom : le « navet ». Ces films ne procurent aucune émotion si ce n’est de l’ennui. Mais avez-vous déjà vu un film si nul qu’il en devient drôle ? Ceux-là, ce sont les « nanars » et je propose de vous en faire découvrir trois aujourd’hui pour aborder cet univers cinématographique où le manque de moyens n’explique pas tout.

Pour votre santé mentale, je vous conseille de regarder ces chefs-d’œuvre à plusieurs, sinon ne comptez plus les longues heures à fixer intensément le vide en essayant de comprendre le sens de la vie, ou pire le sens des films qui vont suivre.

 

— LE CLANDESTIN, GREYDON CLARK, 1988, ÉTATS-UNIS.
Commençons par le moins pire… La force comique de ce film repose simplement sur le fait qu’il est une machine à clichés d’1h30. Prenez une bande d’hommes d’affaires de Wall Street véreux et grisonnants, un dragueur et son acolyte, deux bimbos alternant bikinis et décolletés plongeants, un biologiste trop gentil et un alcoolique. Seule la capitaine de bord sauve quelque peu cette galerie de personnages jusqu’au moment où elle utilise son sextant comme microscope…

Ajoutez à cela un chat mutant mangeur d’homme échappé d’un laboratoire, envoyez tout ce beau monde en croisière sur un yacht privé et laissez infuser, scènes gores mémorables à la clef.

 

Jaquette française du DVD « Le clandestin » très très effrayante ..!

Si vous trouvez les chats trop mimi, vous risquez d’être déçu ! Ce monstre, aussi cheap qu’il puisse paraître, est finalement assez effrayant tellement la marionnette est glauque. La légende raconte qu’à l’origine, le monstre devait être un rat mutant, ce qui expliquerait beaucoup de choses sur son aspect.

 

 

—DEVIL STORY : IL ÉTAIT UNE FOIS LE DIABLE, BERNARD LAUNOIS, 1985, FRANCE.
Un monstre nazi, une belle blonde en ciré jaune et nuisette, un cheval fantôme, un bateau pirate, une momie, … Vous avez bien lu, ce n’est pas un Kamoulox mais bien les personnages d’un même film. Ce long-métrage n’a d’ailleurs pas été tourné n’importe où, mais bien en Normandie ! Cocorico ! Ce chef-d’œuvre mériterait sa place aux côtés des plus grands monuments de cette région comme la tapisserie de Bayeux (mais pas le Mont Saint-Michel, puisqu’il est breton).

 

Affiche de « Devil Story : Il était une fois le diable » digne des classiques de l’horreur américains !

 

Les dialogues quasi inexistants et inaudibles ne participent pas à la compréhension du film mais sont devenus cultes chez les nanarophiles français. Un exemple magnifique : « La liste serait longue si on voulait raconter toutes les étranges catastrophes qu’il y a chaque année avant, pendant et après l’équinoxe !« 

Le scénariste et réalisateur Bernard Launois, l’assistante monteuse Chris. B. Launois, l’assistant réalisateur et stagiaire montage Pascal Launois ainsi que le photographe Philippe Launois, malgré un budget qui semble inexistant, tentent de nous raconter une histoire d’horreur mêlant tous les styles de l’épouvante…

Pourquoi autant de plans sur ce chat noir ? Pourquoi ce chasseur passe toute la nuit à tirer sur un cheval qui semble invisible sans se soucier du monstre nazi qui pourchasse la jeune blonde dans le bocage normand ? D’où sort ce bateau pirate et cette momie ? Tant de mystères que je vous invite à essayer d’élucider pendant les plus longues 1h15 de votre vie. Si des éléments de réponse vous viennent pendant la  réflexion métaphysique qui suit le visionnage de ce film, dites-le-nous en commentaire, c’est très important. Surtout pour l’auteur de cet article.

Il est hélas disponible sur youtube : « Devil Story : Il était une fois le Diable »

 

—THE ROOM, TOMMY WIDEAU, 2003, ETATS-UNIS.
Et finalement, le beau (non), le fameux, le cultissime The Room du mystérieux Tommy Wiseau, producteur, réalisateur, scénariste et acteur principal du film !

L’affiche de « The Room » avec Tommy Wiseau : son nom apparaît 6 fois sur l’affiche !

 

L’histoire est simple : Johnny, un jeune banquier (Tommy Wiseau) souhaite se marier avec sa copine Lisa. Celle-ci se lasse de lui et le trompe avec (vous le comprendrez très vite) le meilleur ami de Johnny, Mark. Évoluent autour d’eux d’autres personnages plus ou moins importants : la mère de Lisa, Denny le « fils spirituel » de Johnny, un couple d’amis qui semble adorer s’accoupler un peu partout, …

Le film commence par une alternance de scènes de fesses pendant 20 longues minutes. Suivent des scènes de dialogue entre les différents protagonistes, dans l’appartement ou sur le toit de celui-ci. Avec un scénario aussi simple, Tommy Wiseau aurait pu faire reposer son film sur l’écriture des dialogues. Mais l’écriture est uniquement un radotage qui frôlerait presque le comique de répétition (vous comprendrez très bien au bout de la septième fois que Mark est le meilleur ami de Johnny).

Ce film avait un budget assez conséquent de 6 millions de dollars, ce qui est totalement impensable pour un film indépendant. Personne ne sait comment Wiseau a réuni autant d’argent pour son film. Et lorsqu’on voit le résultat on se demande pourquoi il n’a pas investi dans des cours de cinéma. Un exemple de dépense incompréhensible : Wiseau voulait absolument un décor avec fond vert pour les scènes du toit, alors qu’il possède une maison en plein San Francisco avec un toit plat et vue sur la ville…

 

 

Tommy Wiseau participe entièrement à la légende du film. Personne ne connait son âge, d’où il vient ni comment il est devenu si riche… Par exemple, il a laissé l’affiche du film sur un panneau publicitaire à San Francisco de 2003 à 2008. Mais comment a-t-il eu assez d’argent pour laisser sa publicité aussi longtemps ? Personne ne le sait. Des personnes décédées et que Wiseau ne connaissait apparemment pas sont au générique du film… Il a su utiliser tous ces mystères et la nanarophilie à son avantage. Aujourd’hui, son film est diffusé partout dans le monde, et il gagne encore plus d’argent ! The Room est sans doute le seul nanar a avoir été rentable.

Bref, The Room est LE nanar par excellence. Tout est culte, des dialogues à l’histoire du projet racontée dans le livre et son adaptation au cinéma : « The disaster Artist »

 

Le livre « The disaster Artist » qui raconte les nombreux rebondissements qui parcourent l’histoire de la réalisation du film.

 


Lancez-vous donc dans l’aventure du nanar, mais bien accompagné : le weekend prochain organisez votre propre soirée nanars ! La théorie des nanars est magnifiquement traitée par Le Fossoyeur de Films sur YouTube (ici). Et si vous voulez avoir des avis et des résumés plus complets et découvrir d’autres nanars, rendez-vous sur nanarland.fr !

Bastien

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