Carnet de voyage d’un SVE
HELENE 12 janvier 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Le 1er septembre 2014, c’est vers un nouvel horizon que je me suis dirigée. Non pas celui tout tracé de la reprise de l’école mais celui de l’engagement social avec le SVE. Et pas n’importe où, dans la ville toujours décrite selon le triptyque ravageur : weed, putes et vélos, j’ai nommé la doucereuse Amsterdam.


 

— SVE : SOLO VÉNITIEN EXALTÉ ?  SOLUTION DE VENTE EXTERNALISÉE ?
Loupé. L’acronyme SVE fait référence au Service Volontaire Européen. C’est un programme mis en place par l’Union Européenne afin de favoriser la mobilité des jeunes. Cette fameuse génération Y perdue, pendue à son smartphone et qui a érigé le Paraître en religion. Si nos défauts partent d’un fond de vérité qu’il est impossible de nier, les rencontres que j’ai pu faire à l’échelle du continent ont sérieusement donné un coup de pied au cul aux préjugés que je pouvais moi-même avoir. Là n’est (encore) pas le sujet.

Le SVE offre la possibilité de partir pour une durée minimale de 2 mois et maximale de 12 mois tout en étant logé, nourri, blanchi et convoyé vers son lieu de mission. Cependant le coût du transport ne doit pas excéder une certaine somme pour pouvoir être remboursé intégralement. Tout dépend de la distance départ/arrivée. Plus de détails ici.

 

© Salomé Crozier
© Salomé Crozier

 

— PARTIR OUI, MAIS POURQUOI LE SVE ?
Road trip, assistanat, ou partir travailler sont les solutions généralement envisagées lorsqu’il est question de départ à l’étranger. Or, il manquait à toutes ces options la notion d’engagement. Je souhaitais partir avec un objectif, et pas seulement améliorer mon niveau d’anglais ou voir de nouvelles contrées. A ma grande surprise, c’est un conseiller du CIO qui m’a soufflé cette idée. Une réunion d’information plus tard, je cherchais déjà où poser mes valises et quels types d’action je voulais mener.

 

— ET QU’EST-CE QU’ON Y FAIT ?
Art et culture, social, environnement et protection du patrimoine, médias et information des jeunes, lutte contre les exclusions, le racisme et la xénophobie, économie solidaire, sport, diversité culturelle, avenir de l’Europe, voici une liste non exhaustive des missions proposées. Par ici pour un aperçu plus complet.

Pour ma part ce fut à grande majorité une expérience versée dans le social.

J’ai vu l’intérieur de ce qui a construit la notoriété d’Amsterdam. J’ai travaillé et discuté avec les demoiselles des vitrines du Quartier Rouge, servi à manger à ceux qui utilisent les fameuses salles de shoot, tenté d’apprendre les échecs avec Jacques, breton citoyen du monde dont le toit favori est la canopée de Beatrixpark. J’ai vendu des cartes SIM prépayées aux marins du port d’Amsterdam, pédalant à tombeau ouvert entre les montagnes de charbon déchargées par les cargos, préparé un cours de français pour des sans-papiers.

Et fait à manger pour 9 personnes, mes huit colocataires : une polonaise, trois allemands, une anglaise, un hongrois, un néerlandais et une autre française. Autant dire que le goûts différaient largement entre l’enflammé du paprika, celle pour qui une gousse d’ail constitue déjà un épice mortel, et le végétarien (1 jour sur 2 seulement).

Petite astuce cuisine pour coloc nombreuse : la « motherfucking quiche » remporte les suffrages à tous les coups.

 

Le port d’Amsterdam, le vrai.

 

— LA FORCE DU SVE : LES RENCONTRES
Débarquer dans un pays étranger, sans, au préalable en maîtriser la langue, est une épreuve. J’ai souhaité rendre la transition plus douce en choisissant un projet dans lequel d’autres personnes allaient habiter avec moi. Vivre et travailler avec les 8 mêmes personnes leur confère un statut différent que celui de simples amis, même si on ne s’est pas choisis. L’une de mes colocataires, Ola, m’a cependant dit dans les premières semaines qu’il ne fallait pas se leurrer, on faisait la fête, on sortait tous ensemble, mais simplement parce que nous ne connaissions personne d’autre. Cette affirmation m’a heurtée, cependant elle avait raison, du moins pour les premières semaines.

Au fur et à mesure, nous nous sommes constitués un réseau, et le fait d’être ensemble relevait plus du choix que de la fatalité.

Le réseau SVE ce sont des canapés sur lesquels crasher au cours d’un voyage, des gens qui vivent la même expérience, qui ont donc une ouverture d’esprit certaine, et de la différence, partout, tout le temps.

 

— MONEY MONEY MONEY / MUST BE FUNNY / IN A RICH MAN’S WORLD
Ce morceau, applicable dans nombre de situations actuelles, est aussi vrai pour le SVE. On ne gagne pas d’argent en partant. Les subventions sont présentes seulement pour couvrir les frais de la vie quotidienne. Mais la magnanime UE donne tout de même de l’argent de poche pour prendre des pintes, bouger ses miches dans les pays voisins, et une variété d’autres petits plaisirs. La somme varie en fonction du niveau de vie du pays d’accueil, avec pour exemple 110 euros par mois pour les Pays-Bas, ou encore 60 euros pour la Macédoine. Cela peut paraître dérisoire, mais tout dépend de la manière dont on gère ses dépenses, et bien entendu, le fait d’avoir un peu d’argent en réserve s’avère bien utile.

Si ce n’est pas le cas, c’est aussi une belle occasion d’expérimenter la débrouillardise au quotidien. Si Amsterdam n’est en effet pas la ville la plus bon marché qui soit, elle offre pléthore de solutions pour sortir des circuits de consommation traditionnels.

  • Ij-Hallen, grand marché de l’occas’ se tient deux fois par mois et permet de remplir des sacs IKEA de fringues négociées farouchement pour 50 cts l’unité.
  • Envie d’un petit film ? OTTO301, un squat devenu un centre culturel alternatif, m’a sauvée de longs dimanches d’ennui en projetant des classiques en VOSTA pour 3euros.
  • Amsterdam est la ville qui contient le plus de nationalités différentes en son sein, oscillant entre 170 et 180 aux dernières nouvelles. Facile donc de dépoussiérer un espagnol approximatif en trouvant un partenaire qui souhaite apprendre à jurer dans la langue de Molière. Il suffit juste de chiner un peu sur les groupes Facebook d’expats.

 


Le voyage idéalisé à la Jack Kerouac c’est cool, le road-trip a même inspiré l’un des meilleur morceau de tous les temps –  Kashmir (écrit par Robert Plant pendant un trajet entre Agadir et Sid Ifni au Maroc) – Si le SVE n’a pas cette grandiloquence, c’est tout de même une expérience transcendante. Je vous l’assure.

HELENE

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