Pourquoi les Blacks Blocs peuvent ils (peut-être) nous sauver ?
TANGUY 9 décembre 2015

Temps de lecture : 5 minutes

Dans ma vie, j’ai souvent manifesté pour des causes que je considérais justes. Il m’est même arrivé d’être présent à des manifestations pour lesquelles je n’étais pas réellement concerné. La majeure partie était pacifiste, sans grand relais dans les médias nationaux (surtout les rassemblements pour la réunification de la Bretagne, qui peuvent compter entre 13 et 30 000 personnes) et d’autres non, et c’est ceci qui m’intéresse aujourd’hui.


 

Je pense que tous ceux qui ont participé à des manifestations pacifiques ont déjà eu cette réflexion en voyant que deux jours plus tard on l’avait oublié : “à quoi bon, ça ne changera rien…”, “les casseurs prennent toute l’attention des médias”, etc. Eh oui, c’est un fait, les médias adorent parler des destructions de mobilier urbain pour discréditer toute une manifestation, et à chaque fois, des voix se lèvent pour clamer que ça ne représente que les casseurs et pas l’ensemble. Mais ça ne change rien. Et puis, un soir en traînant sur Facebook, je suis tombé sur cette vidéo :

 

 

— LES MANIFS BLACK BLOCS, DES ACTES DE VIOLENCE GRATUITE ?
Et puis j’ai été réellement emballé (mis à part la fin qui casse toute la dynamique). Est-ce que ces gens, qui se font appeler Black Bloc, peuvent changer le cours des choses ?  
Puis retour à la réalité, à la routine, et ces questions se perdent dans mon esprit.  Mais ces dernières années, ils reviennent sur le devant de la scène : Rio, Montréal, Nantes, Francfort et bien d’autres.

Toujours intéressé par le mouvement, j’ai fait quelques recherches sur le net. Le Black Bloc n’est pas un groupe de personnes organisé, mais une technique de manifestation. Le but est de se vêtir de noir (en général sur place et par dessus de “vrais” vêtements), commencer à utiliser la violence contre la police et les multinationales (Banques, McDonald… Bref, tout ce qui représente le capitalisme) puis se dévêtir et se fondre dans une foule pour disparaître. Très difficile à identifier, ces personnes adeptes du Black Bloc font preuve d’une très grande solidarité entre eux pour fuir ou empêcher une interpellation. Apparu dans les années 80 à Berlin-Ouest pour lutter contre l’expulsion de squats, le système a très rapidement été repris un peu partout dans le monde. Je laisse Virginie Grandhomme, sociologue à l’université de Nantes, vous présenter la chose mieux que moi :

 

 

Selon la plupart des médias, ce sont des actes de vandalisme, et ces personnes font partie de groupuscules de l’ultra gauche, ou encore, comme le qualifie Alain Bauer : “anarcho-environnementaliste, anarchiste révolutionnaire et gauchiste radicalisé”.  La dernière apparition a été la manifestation interdite se tenant à Paris pour demander de vraies mesures pendant la COP21, qui a fini pour un peu moins de 350 interpellations et 317 gardes à vue. Dans les médias, la manifestation et ses débordements ne sont pas du tout passés inaperçus. Entre ceux qui applaudissent la police et ceux qui pensent à la dictature, difficile d’y voir clair. Enfin là n’est pas le sujet.

 

Les manifs’ Black Blocs ont une politique d’action extrême pour faire entendre des revendications qui n’ont pas réussi à atteindre leur but avec des manifestations traditionnelles.

 

Sur pratiquement toutes les vidéos qui traînent sur le net, on aperçoit des journalistes, appareil photo ou caméra à la main, à la recherche de l’image la plus percutante. Dans un tel contexte, on peut imaginer que certaines personnes désespérées par l’inaction face aux manifestations décident de casser un peu de mobilier urbain (ou de flics) pour faire entendre leurs voix. Car oui, il est important de le préciser, quand un Black Bloc se forme, il vise uniquement les institutions et les multinationales. Ce n’est pas “l’anarchie”. Ce n’est pas de la violence pour de la violence. Les manifs’ Black Blocs ont une politique d’action extrême pour faire entendre des revendications qui n’ont pas réussi à atteindre leur but avec des manifestations traditionnelles. La différence de forces et la répression sont à mon avis des causes de cette violence.

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© Amnesty International

 

— UNE FATALITÉ JUSTIFIÉE
La remarque tenue par Virginie Grandhomme (cf : vidéo précédente) concernant les Black Blocs est intéressante :
“si on était pas arrivé à ce stade-là, y aurait-il eu des réponses politiques ?” Et c’est là justement la plus grande des problématiques, où chaque personne militante se voit confrontée un jour. Les manifestations pacifiques ont-elles un réel impact sur les dirigeants ? Peut-être, si elles arrivent à se répandre dans toute la France (ou le monde).

Aucun des grands mouvements sociaux n’ont réussi à changer quoi que ce soit ces dernières années. Même si le CPE n’est au final pas passé, la loi avait été votée quand même à l’origine, mais jugée non applicable. C’est au final par la lassitude d’un système en panne que ces personnes choisissent ces méthodes. Les revendications des militants participants aux Blacks Blocs sont généralement soutenues par la majorité du peuple (pour l’exemple de Nantes, aucune manifestation pro-aéroport n’a été organisée). Ceci est une problématique beaucoup plus complexe que les “méchants casseurs” et les “gentils manifestants”. La lassitude, la morosité et la méfiance vis-à-vis des politiques sont en perpétuelle croissance, il ne serait pas étonnant de voir ce type de méthodes s’intensifier au fil du temps.

Je ne peux personnellement pas avoir de haine pour ces personnes qui peuvent décider à un moment de se mettre en danger pour des valeurs comme l’écologie, l’anticapitalisme (j’entends là dans sa forme la plus brutale), et toutes les formes d’oppression. Ce sont des personnes qui ne supportent pas de vivre dans ce monde opprimé par les inégalités, où les chiffres du capitalisme s’envolent.

 


Ne faisons pas l’apologie de ces méthodes, qui à mon avis ne peuvent rien construire de réellement positif sur l’avenir. Je ne fais qu’imaginer les motivations de ceux qui s’engagent dans ce type d’évènements. Ce sont des réactions de personnes qui ont “perdu espoir” dans l’avenir et dans des solutions pacifistes.

On ne construit rien de positif avec la haine et le discours tenu en est pleinement conscient. Les discours militants vont devoir faire preuve de créativité, proposer de nouvelles alternatives au risque de voir ce type de manifestations violentes prendre de plus en plus d’ampleur.

TANGUY

2 Comments

  1. Je suis tombé la dessus aussi, mais je n’ai pas trouvé ça pertinent. Ce n’est pas réellement une manifestation, ils sont maximum une cinquantaine alors que pour les manifestations contre ils étaient entre 20 000 et 60 000 selon les sources.

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