Black Mirror débarque dans nos vies
Ambre 27 février 2018

Temps de lecture : 6 minutes

Je fais partie de tous ces gens qui mouraient d’impatience à l’idée de voir la dernière saison de Black Mirror, sortie le 29 décembre dernier sur Netflix. Comme pour les trois premières, chaque épisode m’a laissée sur le cul, m’a mise en PLS devant mon téléphone, et m’a forcée à me demander comment les créateurs de cette série pouvaient avoir des idées mêlant fiction et réalité aussi tordues.


Il n’y a pas que les scénarios qui me fascinent dans cette série, il y a également les technologies qui y sont présentes. Toujours plus perfectionnées, toujours plus intrusives et omniprésentes. Et surtout, cette série me fait remarquer que je ne suis pas si choquée de voir ce que notre futur pourrait nous réserver.

J’ai voulu voir si ce que je regardais était pure fiction, ou si Black Mirror n’était tout simplement pas notre prochain 2041. Et je n’ai pas été au bout de mes surprises. Une saison, une technologie bien réelle :

©Netflix

— RETOUR SUR IMAGE – S01E03

L’épisode raconte l’histoire d’un couple dont l’homme suspecte sa compagne de le tromper avec son ex-petit ami. Chacun est doté d’un implant (le “grain”) qui permet de stocker tout ce que l’on voit sous format vidéo, et que l’on peut re-visionner à tout moment. On peut donc revoir à l’infini sa vie, pour analyser ses souvenirs sous toutes les coutures. On s’imagine déjà nos mamans nous citer la date et heure précise à laquelle nous avions promis de ranger notre chambre, vidéo à l’appui (si on reste dans un scénario bisounours). Curieux de tester ça ? En 2016, Sony a déposé un brevet pour développer des lentilles connectées capables de prendre des photos et vidéos à l’aide de simples clignements d’yeux, qui a été accepté en 2017. Google et Samsung sont aussi sur le coup. Une histoire à regarder de plus près dans les prochaines années.

©Netflix


— BIENTÔT DE RETOUR – S02E01

L’épisode retrace la vie d’une jeune femme qui vient de perdre son petit ami, et décide de le ramener “numériquement” à la vie. Une entreprise lui envoie un androïde qui prend l’apparence de son petit ami grâce aux photos postées en ligne, et lui parle en fonction des tweets, posts Facebook et autres messages qu’il a disséminés toute sa vie en ligne. L’histoire est, je trouve, une grande claque car elle nous fait réaliser le nombre d’informations qu’Internet possède sur nous. Le « qui suis-je » de Descartes s’update pour la version 2.0 et nous pousse bien à réfléchir sur ce que l’on poste sur internet… Pour parler concrètement, la Russe Eugenia Kuyda a réussi à faire revivre numériquement son meilleur ami, décédé en 2015, en créant un bot qui s’exprimait à sa façon dans sa correspondance en ligne. Un mouvement religieux existe à ce propos, Terasem, dont la théorie est que “toute personne pourra être un jour réincarnée dans un monde artificiel”. Accessoirement, l’entreprise Eternime propose de créer votre “copie numérique” pour que vous soyez toujours là même après la mort. Bref je vais pas vous faire un dessin, on arrête de poster des statuts de bourré et d’envoyer des invitations Candy Crush à tout-va (#so2015).

©AlloCiné


— CHUTE LIBRE – S03E01

L’épisode, l’un des plus marquants de la série, présente un monde dont les habitants vivent au gré des notes qu’ils obtiennent sur leur apparence, sympathie et actions du quotidien. Plus leur note est haute, plus ils accèdent à des services ou biens de prestige. Dérangeant ? Sauf si t’aimes pas ta belle-mère, là tu peux te faire bien plaisir et la noter bien mal (sauf si elle te note mal en retour, et là c’est la moooooort). Plus sérieusement, pourrions-nous vraiment nous comporter naturellement avec ce genre de système ? Pourtant, une application dans le même genre existe déjà: Credo, qui consiste à noter les interactions entre différents individus. Le but, pas aussi extrême que dans la série, serait de définir la fiabilité des utilisateurs pour savoir à qui l’on a à faire. Un concept qui nous pousse à la réflexion, mais déjà développé en Chine à une autre échelle: à partir de 2020, il pourrait être obligatoire de passer par ce système.

©elsbastard.cat


— METALHEAD – S04E05

L’épisode relate un monde où la race humaine est pourchassée par des chiens-robots programmés pour tuer. L’atmosphère est sombre et pesante, mais pas autant que les images des derniers prototypes de robots développés par Boston Dynamics. On peut y voir sur la vidéo un robot à quatre pattes qui a pour but d’ouvrir une porte. Non seulement il y arrive très bien, mais on a la nette impression qu’il communique avec l’autre robot pour lui indiquer que la porte est ouverte et qu’il peut rentrer avec lui…. Développés à des fins militaires, ces robots ont été qualifiés de “terrifiants”, c’est une des raisons qui ont poussé Google à revendre l’entreprise. Serions-nous en train de construire ce qui finira par nous tuer ?

Aussi inquiétantes qu’elles puissent paraitre, on a tous un côté en nous qui voudrait essayer ces technologies. Certes, elles peuvent avoir un effet dévastateur sur notre société contemporaine, mais jusqu’où pouvons-nous aller ? Un sondage est d’ailleurs paru au Royaume-Uni pour savoir quelles technologies les gens préfèreraient tester: Parmi les résultats, on note que les Anglais préfèreraient de loin (à 29%) tester l’implant qui permet d’enregistrer ses souvenirs (pratique d’en avoir parlé dans l’article n’est-ce pas), contre seulement 7% qui voudraient voir le système de notation en grandeur nature. On notera aussi que près d’un tiers des parents souhaiterait expérimenter la puce qui permet de contrôler ce que font leurs enfants à tout moment (« Arkangel », S04E02), pour « s’assurer de la sécurité de leurs enfants ». Un tout autre débat…

©lecinemaestpolitique

Pour ma part, malgré ma curiosité envers la potentielle transposition des univers de chaque épisode dans le monde réel, il y en a un qui m’a vraiment glacé le sang, et dont j’espère que la technologie présentée ne verra jamais le jour. Il s’agit de l’épisode « Blanc comme neige », S02E04: il est question de créer des « cookies », des copies numériques de notre conscience qui ont pour but d’être à notre service pour gérer nos futures maisons intelligentes. Le seul hic, c’est que cette copie est bien consciente de ce qui se passe, et doit se faire asservir pour qu’elle accepte son sort…. en changeant sa perception du temps (par exemple, on la laisse isolée pendant 2h, en lui donnant l’impression que 2 mois sont passés). Ensuite, on la réintègre dans l’espace de gestion de maison, et on voit si elle est docile. Un petit « nous » qui nous sert d’esclave au quotidien en somme. OKLM. (et encore, je vous dis pas tout de l’épisode, allez le voir viiiiiite).


Il serait intéressant de voir si dans 40 ans, nous serons en train de rire de cette série « ringarde », en compagnie des hologrammes de nos amis car ils seront en vacances sur Saturne, pendant que les légumes pousseront en 5 minutes et se cuisineront tout seuls, et que Donald Trump sera élu président (#ahnonçacestdejadactualite). En attendant, quelle technologie aimeriez-vous tester ?

Ambre

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