Le Bitcoin est-il une bonne nouvelle ?
baptiste p 13 mars 2018

Temps de lecture : 7 minutes

Pour ce quatrième épisode de CASHMACHINE, après vous avoir parlé des gloires du passé avec le Circuit du Trésor Public, dans ce numéro on va tenter de comprendre un phénomène plus actuel, celui des cryptomonnaies. Au travers de l’exemple du bitcoin, on va essayer de répondre à la question suivante : de quoi ces nouvelles monnaies sont-elles le nom ?


–UNE VOLONTÉ DE CORRIGER LE SYSTÈME MONÉTAIRE ACTUEL

Le bitcoin a été lancé en janvier 2009 par une ou plusieurs personnes sous le pseudonyme de « Satoshi Nakamoto ». Le mystère est entier sur l’identité de son ou ses créateurs. Quoi qu’il en soit, ce que l’on connait plus ou moins ce sont les motivations de sa création. À défaut d’en avoir eu une de la part des États, c’est une réponse de la part d’acteurs privés à la déroute totale des banques lors de la crise de 2008. Ainsi le bitcoin est régi par deux principes qui remettent fondamentalement en cause le fonctionnement du système bancaire actuel : la désintermédiation et la décentralisation.

La désintermédiation consiste dans le fait que le bitcoin ne fait intervenir aucun « tiers de confiance » lors de ses transactions. Le « tiers de confiance » correspond aux institutions ou aux entreprises qui servent d’intermédiaires lors d’une transaction, en gros les banques. Ainsi par cette désintermédiation le bitcoin casse complètement le monopole des banques dans leur rôle d’intermédiaire de transaction.

La décentralisation, quant à elle, remet en cause le titre de « prêteur en dernier ressort » dont disposent les banques centrales. Il s’agit là du pilier de notre système monétaire. Aujourd’hui les banques centrales, par ce rôle, sont les émettrices de la monnaie. Grossièrement, ce sont elles qui décident ou non de créer de la nouvelle monnaie. Un rôle que les banques centrales ont visiblement pris à cœur ces dernières décennies puisqu’aujourd’hui la finance nage dans une montagne de monnaie créée par la planche à billet des banques centrales.

Une situation rendue possible par la fin des accords dits de Bretton Woods en 1971. Ces accords, signés en 1944, propulsaient le dollar au statut de monnaie international. En contrepartie, la valeur de celui-ci était indexée sur le stock d’or des États-Unis. Donc pour faire simple, avec la fin du système de Bretton Woods il n’y a plus vraiment de limite à la création monétaire. Le dollar reste l’étalon international, mais il n’est plus indexé sur l’or. Le réseau bitcoin prend ce fait à rebrousse-poil. La quantité actuelle, future, et même maximale du bitcoin est définie à l’avance, sans qu’aucun individu ni groupe ne puisse rien y changer. Il y a là une volonté de créer un espace monétaire régi par les seules règles de l’offre et de la demande hors de l’influence des États ou des institutions bancaires.

 

–UNE RÉVOLUTION MANQUÉE ?

Le bitcoin révèle donc une certaine révolte contre les États et les banques, complètement compromis par la crise de 2008. Mais ça n’est pas vraiment une révolte populaire. Dans les faits les règles qui régissent la quantité de bitcoins prévoient que cette monnaie soit rare. Or on connait tous l’adage : tout ce qui est rare est cher. Un Bitcoin, même un fragment de bitcoin, n’est pas à la portée de toutes les bourses. De plus, sa grande volatilité (de 15 000 euros l’unité en décembre dernier à environ 9 000 euros aujourd’hui) atteste de son caractère spéculatif. Cette monnaie n’a aujourd’hui d’intérêt que pour certaines personnes attirées par la spéculation.

Cours du bitcoin de décembre 2017 à mars 2018

 

Aussi, cette monnaie, échappant à toutes régulations étatiques, n’étant régie que par les seules règles de l’offre et de la demande, semble être une sorte de paradis fiscal 2.0. En effet, on entend partout que le bitcoin serait un formidable moyen de blanchiment d’argent. Soit, il y a du vrai là-dedans. Mais qu’est ce qu’un paradis fiscal si ce n’est un pays ayant fait du blanchiment d’argent sa principale activité ? À la différence que le bitcoin, lui, n’a pas de localisation, il est international et ne connait aucune frontière. Un vieux rêve capitaliste en somme.

Enfin, le bitcoin est-il une bulle ? Répondre à cette question sans s’intéresser à l’environnement économique actuel n’a pas de sens. En effet, l’économie entière est une bulle aujourd’hui. Le monde entier marche à la dette, et ce sans les gains permettant de rembourser cette dette. Alors dans un monde comme celui-ci, prétendre que le bitcoin est une bulle n’est pas tout à fait faux, mais c’est une hypocrisie. Le bitcoin disparaîtra peut-être un jour, à l’occasion d’un effondrement financier global. Il pourrait aussi être mis à la marge après une très forte réglementation par plusieurs États. Quoi qu’il en soit , la technologie sur laquelle il repose perdura.

 

—L’AVÈNEMENT DES CRYPTOMONNAIES ET DE LA BLOCKCHAIN

Le bitcoin est donc ce que l’on appelle une cryptomonnaie. Une cryptomonnaie est une monnaie virtuelle utilisable sur un réseau informatique décentralisé, fonctionnant de pair à pair. L’expression pair-à-pair est très importante pour comprendre le principe des cryptomonnaies. En effet, cette expression, que l’on connait depuis les années 2000 et l’avènement d’internet, désigne un modèle de réseau où chaque client est aussi un serveur. Le système bitcoin, selon ce modèle, est à la fois une monnaie et un système de paiement. Son logiciel permet à la fois de détenir des bitcoins et de réaliser des paiements dans cette unité de compte à toute autre personne possédant le logiciel nécessaire, où qu’elle se trouve dans le monde. En gros, on devient sa propre banque.

La sécurité et la confidentialité des échanges constituent la base des cryptomonnaies. Le bitcoin étant la plus utilisée, les réseaux d’ordinateurs qui surveillent ses transactions nécessitent d’être de plus en plus puissants au fur et à mesure que le nombre de ses utilisateurs augmente. Ce réseau étant décentralisé, il n’y a pas d’organisme central qui se charge de mettre en place plus d’ordinateurs pour supporter la demande de bitcoin. Cela parait problématique au premier abord : comment le système peut-il tenir sans organisme central pour mettre en place les infrastructures nécessaires ? C’est justement là que le système bitcoin est bien réfléchi. Pour créer du bitcoin il faut que des gens lambda se branchent sur le réseau bitcoin à l’aide d’ordinateurs très puissants et prévus à cet effet. En récompense d’avoir mis leurs ordinateurs sur le réseau bitcoin, ces utilisateurs zélés reçoivent du bitcoin. C’est ce que l’on appelle du minage. Pour miner du bitcoin il faut acheter du matériel servant à contrôler les échanges en bitcoin, ça entretient le système bitcoin, et en récompense on reçoit du bitcoin. Ainsi, exit les banques centrales, ce sont les utilisateurs eux-même qui créent la monnaie.

Ce que l’on observe avec l’avènement de ces cryptomonnaies, c’est une transformation du système bancaire par une toute nouvelle technologie, la blockchain (en français : chaîne de blocs). Celle-ci permet de tenir des comptes et de transmettre des documents de manière sécurisée et totalement anonyme. Chaque opération est validée par un réseau d’ordinateurs détenant les clefs numériques nécessaires. Avec la technologie blockchain, un bitcoin c’est un billet de banque en version numérique. Chaque bitcoin détient un numéro de série et il est impossible de le voler et toutes les transactions réalisées à partir de cette monnaie sont stockées dans cette chaîne de block.

Et la blockchain ne va pas modifier le fonctionnement des seules banques. En effet, à l’avenir elle pourra tout aussi bien servir aux institutions financières, qu’aux assureurs, ou encore aux services administratifs. Tout cela pour un coût très bas. Un hic : le coût énergétique. Déjà qu’internet consomme beaucoup, alors généraliser la blockchain ne ferait que rallonger la facture énergétique.


Alors, le bitcoin est-il une fausse bonne idée ? Ou bien une expérimentation utile pour construire le monde de demain ?

 

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Pour aller plus loin : 
Le Bitcoin, c’est quoi ? (1/3) – par Les Crises
Approfondir le Bitcoin : Déroulement d’une transaction (2/3) – par Les Crises
Bitcoin expliqué par son inventeur, par Satoshi Nakamoto (3/3) – par Les Crises
Apple, bitcoin, Paypal, Google : la fin des banques ?: Comment la technologie va changer votre argent. – par Planetes 360
Le bitcoin est-il une bulle ? – par Mory Doré – Publications Agora
Bitcoin : la révolution sociale manquée ? – par La Relève et la Peste
Le Bitcoin, monnaie pour un monde fini – par Planètes 360
Le monde fabuleux de la « crypto-tulipe » – par Les Econoclastes
Le Bitcoin, la révolution financière ? – par Radio Sputnik
A propos des cryptomonnaies : la stratégie blockchain à la loupe – par Valérie Bugault – Le Saker Francophone
Bitcoin, le mirage d’une monnaie libre – par Sandra Moatti – Alternatives Economiques
Money, money, money (3/4) – Bitcoin, blockchain : quand le numérique frappe monnaie – Florian Delorme – France Culture
La Fin d’un Système de Monnaie Dette Olivier DELAMARCHE- Philippe BECHADE
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