« Big Eyes », un film réellement Burtonien ?
Line 30 mars 2015

Temps de lecture : 3 minutes

Depuis son adaptation d’Alice au pays des merveilles, Tim Burton reçoit de nombreuses critiques négatives venant de ses fans déçus. En effet, ces dernières années, il est difficile de retrouver la patte poétique et gothique présente dans ses chefs d’oeuvres tel qu’Edward aux mains d’argent. Son dernier film arrive-t-il à nous réconcilier avec cet immense réalisateur ?


 

Difficile à dire… Alors qu’on lui a reproché de faire du Tim Burton Too much dans ses derniers films comme dans Dark Shadow, un mélange de vampires, sorcières, manoir et second degré dans un fouillis total fatiguant, ici le réalisateur change totalement de style. Big Eyes  a de quoi déstabiliser les nombreux fans. Petit rappel du synopsis :

Après avoir rompu avec son mari, Margaret doit se débrouiller seule pour subvenir à ses besoins et ceux de sa fille. Mais rien n’est simple pour une femme seule durant les années 50, malgré son immense talent pour peindre des enfants aux yeux immenses. Sa rencontre avec un peintre de rue, Walter Keane, va lui être déterminante. Il deviendra tout d’abord son mari, mais également celui qui vend ses œuvres grâce à ses grandes capacités d’orateur. Mais tout dérape lorsque Walter Keane a l’idée de s’approprier les peintures de sa femme en affirmant en être l’auteur. C’est ainsi que commence l’une des plus grandes supercheries de l’Histoire de l’art.

 

 

Mensonges, manipulation et culpabilité rythment ce scénario bien ficelé. L’évolution de ce couple est bien agencée mettant en avant les personnalités complexes de ces deux personnages : un homme mégalomane aux airs faussement rassurants face à une artiste naïve en détresse. Le tout porté par les excellents Amy Adams et Christoph Waltz, le film nous raconte une histoire vraie, intéressante et surprenante. Mais où est Tim Burton dans tout ça ? Le film semble bien trop réaliste. Contrairement à Ed Wood, le personnage principal étant encore en vie, Burton s’est peut-être senti contraint de mieux suivre le récit exact de Margaret Keane pour lui rendre un bon hommage à travers ce film.

Mais le style burtonien est tout de même présent ! Principalement dans la séquence d’ouverture qui est très semblable à Edward aux mains d’argent. On retrouve la même curiosité de Burton face aux machines, une manière de filmer ces objets en gros plans courts et successifs renforçant l’idée d’une bizarrerie et d’une répétition étrange et interpellante, le tout marqué par les fameuses musiques de Danny Elfman. C’est cette vision enfantine et innovante de Burton qui étonne et marque les esprits. On retrouve également les petits quartiers bobo avec des « maisons en carton ». Burton a toujours su faire des critiques sociales avec second degrés, par des images frappantes et grotesques de copier/coller. Le générique se termine par des paysages verdoyants fabuleux, relevant presque du merveilleux, en rappelant les décors de Big Fish. Voilà tout l’art somptueux de Tim Burton, celui qui nous transporte.

 

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Et soudainement, bam. L’arrivée à San Fransisco. Un beau cadre, de belles couleurs, un beau décor, mais aucune magie. La patte de Burton se retrouve à plusieurs moments du film tout de même. Notamment la scène où Margaret va faire ses courses et qu’il y a encore une idée de copier/coller industrialisée, et également un jeu sur « les gros yeux ». Mais ce style burtonien est présent durant 30 minutes du film maximum. Mis à part de nombreux plans rapprochés et des raccords assez brusques, le film est classique et ne prend aucun risque. On tombe presque dans le cliché, notamment dans les scènes de séduction où le scénario, pas forcément très innovant, est marqué par 3 notes de piano nous indiquant si on doit trouver cela triste ou beau, et ce malgré le jeu déjà très expressif des acteurs.

 


Big Eyes n’est donc pas un mauvais film, mais pas excellent non plus car il n’apporte rien de frais et d’innovant. On pourrait même croire qu’il a été réalisé par n’importe quel réalisateur, et non pas par le grand et fabuleux Tim Burton. C’est tout le problème d’être considéré comme un génie, on s’attend toujours à de l’excellence. Ce qu’il manque, et ce qui a manqué à Burton ces dernières années excepté dans Frankenweenie peut-être, c’est justement son atout majeur : sa capacité de nous émouvoir ouvertement, à créer une œuvre venant du cœur avec une pureté incroyable.

 

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