Aux sources du mouvement psychédélique
HELENE 24 mai 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Même si le psyché semble toujours être une affaire d’initiés, la présence de Tame Impala en temps que tête d’affiche aux Nuits de Fourvière à Lyon, parmi Radiohead ou encore PJ Harvey montre l’intérêt que peut susciter la musique psyché, sans même parler de la culture attenante.


 

Comme un grand nombre de mouvements musicaux, le courant psychédélique ne se restreint pas à la création musicale, mais englobe des modes de vie et des usages  qui ont défini une culture, ou plutôt une contre-culture. On pense notamment au reggae qui s’est accompagné du rastafari, ou le punk avec le Do It Yourself.

Quant au psyché, il s’est notamment défini au travers des Acid Tests, dans lesquels les participants étaient conviés à tester gratuitement du LSD le tout accompagné de « happenings multimédia mêlant musiques, projections de diapositives et participation du public »1.

 

 

Initiés par les Merry Pranksters (« Joyeux Lurons ») et l’auteur de Vol au dessus d’un nid de coucou, Kenneth Kesey, les Acid Tests ont contribué à construire la légende du mouvement psyché notamment parce qu’ils ont été retranscrits à travers ce qui est généralement considéré comme le premier roman de gonzo journalisme de Tom Wolfe : The electric kool-aid acid test publié en 1968.

Couverture de The Electric Kool Aid Acid Test - Tom Wolfe
Couverture de The Electric Kool Aid Acid Test – Tom Wolfe

A cette époque, le LSD était légal (jusqu’à en octobre 1966) et même distribué librement à certains concerts. La drogue a pris une place à part dans le processus de création des artistes. Dans les textes, le rapport au LSD se manifeste par l’inclusion de phrases sibyllines, de doubles sens et d’allusions plus ou moins voilés aux effets des drogues. Lesquelles, au delà de la création artistique et de l’élévation spirituelles qu’elles étaient censées apporter, peuvent induire des états de folie susceptibles d’altérer les capacités mentales de l’usager.

Au delà de ces références plus ou moins explicites dans les paroles, le son et l’imagerie psyché se sont accompagnés du principe de dilation. La dilatation sonore s’observe notamment avec la durée des morceaux. Lors d’un trip, planer sur une musique d’une durée de 3″30 était considéré comme vain et impossible. Les morceaux se sont donc allongés, ce qui a entraîné l’abandon du 45 tours, inadéquat. Et c’est ainsi que le 33 tours s’y substitua comme principal support. Les groupes psychédéliques furent les premiers à obtenir plus de succès par leurs albums que par leurs singles.

 

 

Les affiches et pochettes d’albums symbolisent le phénomène de dilation visuelle précédemment évoqué. Mise en scène, exagération du réel, altération des formes et des couleurs sont des signes qui formalisent malgré tout l’expression de la contre-culture psychédélique.

Affiches pour des concerts au Filmore Auditorium à San Francisco

 

— SAN FRANCISCO : ÉPICENTRE DU PSYCHÉDÉLISME
Les groupes Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service et Jefferso Airplane occupent le devant de la scène de cette ville qui fut aussi le berceau des mouvements hippie et beatniks. Il y aura à travers ces groupes une ouverture d’esprit désirant permettre à chacun de s’exprimer en toute liberté. La ville accueillera fin janvier 1966, le Trips Festival reconnu comme le premier festival hippie et comme l’Acid Test le plus important.

Afiche Acid Trip - 1966
Affiche Trips Festival – 1966

Los Angeles (The Doors) New York (Jimmy Hendrix, Velvet Underground), en Europe Londres (Pink Floyd) ont aussi constitué des centres importants du courant psychédélique.

 

— LE RETOUR A LA RÉALITÉ
En 1967, le Sumer of Love fait culminer l’esthétique et la musique psychédélique autour d’une large communauté remettant en question une société tendue par la guerre du Vietnam, un certain ras le bol du bigotisme américain, de la ségrégation raciale, et des autres inégalités. Les festivals (Human Be In, Monterrey Inernational Pop Festival, Woodstock, Isle of Wight Festival) seront les grands rassemblements où la jeunesse tentera d’élaborer un nouveau projet de société dans l’optique du fameux Peace & Love.

 

 

 

Malheureusement, ces évènements ne seront pas exempts de débordements, dont un décès par arme blanche au festival gratuit ayant lieu à Altamont pendant un concert des Rolling Stones le 6 décembre 1969. Par ailleurs, les plus grands symboles du courant trouvent la mort soudainement un par un, Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison, initiant ainsi la légende morbide du club des 27.

 

— LES HÉRITIERS
A partir des années 70, le psychédélique quitte le devant de la scène sans pour autant tomber dans l’oubli. De la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 70, le krautrock s’impose en Allemagne de l’Ouest. Amon Duûl, ou encore Krafwerk s’en inspirent pour créer un son autre et inédit.

Les sonorités orientales, très présentes dans le rock psyché et la transe introspective, induite par de très longues nappes, se retrouvent aujourd’hui dans la Trance Goa, ou dans l’Intelligent Dance Music (IDM) avec les ambassadeurs du label WARP, Boards Of Canada.

 

geogaddi

 

Il y a trois ans, la petite ville ligérienne d’Angers accueillait la première édition du festival de rock psychédélique Lévitation, réplique de la grand-messe Austin Psych Fest organisée par les Black Angels qui a lieu tous les printemps depuis 2008 à Austin au Texas. Paris a suivi l’exemple quelques années après avec le Paris International Festival of Psychedelic Festival. Sont programmés des groupes comme Temples, Lola Colt, ou encore la jeune pousse française Wall of Death. Comme dit un peu plus haut, désormais, le psyché n’appartient plus seulement au rock. Digéré, malaxé, il s’entend aussi dans le Hip-Hop halluciné de Flatbush Zombie ou encore dans le folk rock expérimental d’Animal Collective.

 


Les historiens s’accordent pour dire que le LSD et le mouvement psychédélique ont bouleversé les années 60 puisqu’ils ont permis l’existence d’une contre-culture qui s’est propagée massivement tout en proposant un autre mode de vie que celui imposé par l’establishement. Sans pour autant dire que cela a changé le monde, le courant pyschédelique est une source d’inspiration encore importante dans le paysage musical actuel, que ce soit pour les vieux soixante-huitards ou les vingtenaires qui ont à peine du poil au menton.

Références :
1 C. Pirenne. Une histoire musicale du rock, 2011
D. RASSENT. Rock psychédélique, Un voyage en 150 albums, 2015
M. Asseyas. Dictionnaire du rock, 2014
Photo de couverture : Leif Podhajsky (auteur des pochettes d’album de Santigold, Lykke Li, ou encore Tame Impala)
HELENE

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