[TYRANNIE TRIP] Mswati III, le roi aux 70 000 vierges
BASTIEN BONO 17 mars 2016

Temps de lecture : 7 minutes

Mesdames et messieurs, attachez vos ceintures, nous décollons pour la dernière monarchie absolue d’Afrique, le Swaziland. Un splendide pays où le roi, Mswati III, préfère s’acheter des Porsche plutôt que de financer un vrai programme de lutte contre le VIH, dont le pays est le plus touché au monde. Ambiance.


 

— BOERS & CONFETTIS
Le Swaziland, c’est avant tout l’histoire d’un pays qui n’aurait jamais dû exister. Remontons au 19ème et à la formation progressive de l’Afrique du Sud. A l’époque le pays est colonisé par les boers (prononcer « bourse »…), descendants des fermiers français et néerlandais qui sont arrivés en masse au 17ème siècle. Cependant les anglais débarquent, souhaitant unifier le sud de l’Afrique sous l’Union Jack. Ils déboulent ainsi dans la colonie du Cap, où sont basés les boers. Ces derniers, écrasés par la puissance militaire des anglais, vont se retirer dans l’Est du pays en 1835, avec femmes et enfants, marquant un des plus gros exodes d’un peuple dans l’histoire : c’est le grand Trek. Ils vont ainsi grignoter des morceaux de terre sur les territoires Zulus, les autochtones de cette région de l’Afrique du Sud, où se trouve notamment le Swaziland.

 

Un bataillon boer le 1er janvier 1900.
Un bataillon boer le 1er janvier 1900.

 

Mais ça ne suffisait pas aux anglais : pendant les deux guerres des Boers, en 1880 et en 1899, ils vont envahir les états créés par les colons, les plus connus étant l’État libre d’Orange la république sud-africaine du Transvaal. Un quart du peuple boer, c’est-à-dire environ 120 000 personnes seront incarcérées dans des camps de concentrations, et 30 000 y mourront, principalement de maladie et de malnutrition. Mais quel est le rapport avec le Swaziland ?

A l’instar du Lesotho, État totalement enclavé dans l’Afrique du Sud, le Swaziland a été institué comme colonie britannique pour limiter l’avancée des boers pendant le grand trek, les anglais ayant signé des traités avec les populations locales pour instaurer des États totalement virtuels : encore une fois, à cause d’intérêts géopolitiques, les occidentaux ont dessiné les frontières de l’Afrique, sans aucune considération pour les éléments ethniques, culturels ou historiques. Le Lesotho et le Swaziland, qui auraient du faire partie de l’Union d’Afrique du Sud, restent en vestiges de ces manigances.

 

Le Lesotho et le Swaziland, "Etats-confettis"
Le Lesotho et le Swaziland, « états-confettis »

 

— PAS DE PARTIS, PAS DE CHOCOLAT
Parlons donc du cœur du sujet : notre ami Mswati III, monarque du Swaziland. Il applique une politique très… pragmatique. Pas de partis ? Pas d’emmerdes. Il n’a même pas eu la classe de pratiquer l’unipartisme, toute vie politique dans l’État tournant autour de sa seule personne, sachant qu’il nomme toutes les personnalités administratives et exécutives par décret. Enfin le parlement, qui a un rôle consultatif, rassemble toute la nomenklatura du pays.

Aucune liberté n’est accordée au Swaziland, grève, presse indépendante, esprit critique, syndicat, sont des mots que les swazi ne connaissent pas. Dans ce petit royaume, aucune loi ne protège les droits des citoyens en matière de liberté d’expression, ni des coups de la police : un membre des forces de l’ordre a le droit de descendre quelqu’un dans la rue sans aucun motif. Un bel endroit pour passer des vacances en famille. Et bien entendu, les mariages forcés sont de mise, et les femmes sont opprimées.

 

La danse Sibhaca, qui met en scène des chorégraphies dansées depuis plus de 3 000 ans.
La Sibhaca, qui met en scène des chorégraphies dansées depuis plus de 3 000 ans.

 

— MSWATI FAMILY SHOW
Pendant que le tiers du peuple est en danger de sous-alimentation selon l’ONU, Mswati III, en bon tyran, fait vivre de paisibles jours à sa famille, ses 15 femmes et ses 34 enfants. Pour son anniversaire en 2008, il emmène 8 de ses épouses faire du shopping à Dubaï avant de distribuer… 41 BMW flambant neuves à ses proches. Et ils lui rendent bien : Lamborghini à Noël, Ferrari pour son anniversaire, ses proches connaissent bien sa passion pour les voitures de luxe. En 2012, le magazine Forbes le classait 15ème fortune du monde avec plus de 200 millions de dollars…

Sa fille aînée Sikhanyiso Dlamini est allée jusqu’à lui dédier un morceau de hip-hop aux paroles hallucinantes (on peut notamment entendre « nous sommes la plus grande démocratie du monde »…), et ainsi se prendre pour une petite Beyoncée en herbe. Pas sûr que les swazi aient apprécié la performance artistique.

 

 

Le compte twitter Swazileaks a dénoncé ces dernières années le train de vie luxueux de la famille royale, qui tranche totalement avec le quotidien miséreux de la majorité de la population. Hôtels de luxe, voyages partout dans le monde, habits de grands couturiers, caviar, la petite troupe ne se refuse rien, et affiche le tout sur Instagram et autres réseaux sociaux. C’est les Kardashian version savane. Comble de l’indécence, le roi a même levé en 2014 un impôt pour financer le train de vie familial, et a ainsi récupéré 61 millions de dollars sur le dos de ses contribuables… dans un pays où le taux de chômage plafonne à 40% !

 

Une image tweetée par Swazileaks. Tout le monde ne vit pas la Highlife dans la dernière monarchie absolue d'Afrique.
Une image tweetée par Swazileaks. Tout le monde ne vit pas la Highlife dans la dernière monarchie absolue d’Afrique.

 

— LA FÊTE DES ROSEAUX PÉDOPHILES
L’ami Mswati III se fait plaisir. Les femmes d’abord. En bon polygame, il en a 15. Par contre, le roi a des goûts… un peu particuliers. Et pour assouvir ses fantasmes, il a remis au goût du jour une « tradition », dont il semble être le seul à se rappeler : la fête des roseaux. Chaque année, environ 70 000 vierges accourent de tout le pays pour danser, seins nus, devant lui. Le monarque, en costume traditionnel, peut ainsi tâter la marchandise, et désigner celle qui aura l’honneur d’être sa énième femme (il choisit une nouvelle épouse par an).

Les jeunes filles doivent lors de la cérémonie transporter un roseau au-dessus de leur tête sur une longue distance. Si ce dernier se brise, c’est que la jeune fille n’est pas vierge ! Le problème c’est que le roi a des goûts assez particuliers, et préfère les plus jeunes, à peine pubères, à partir d’une douzaine d’années… De plus, elles n’ont pas le droit de se refuser aux sollicitations de Mswati III, être reine étant le plus haut statut social et économique auquel une jeune swazi peut prétendre… Enfin, il faut savoir que femme ou pas, le roi Mswati III a droit de cuissage sur tous ses sujets, c’est-à-dire qu’il a le droit d’avoir des relations sexuelles avec n’importe quelle femme ou jeune fille.

 

Party Hard.
Party Hard.

 

En 2014, le FMI et la BAD (Banque Africaine de développement) ont suspendu leurs aides au pays, comprenant bien que la majorité de celles-ci profitent plus au train de vie du roi qu’au peuple… Mswati III, contrarié, est allé taper à la porte de son géant de voisin, l’Afrique du Sud, pour financer sa fameuse fête, démonstration annuelle de son pouvoir. Bingo, le valeureux souverain a décroché la coquette somme de 245 millions de dollars pour organiser son petit casting.

 

— ALLOCATION VIRGINITÉ
Mswati III est un roi aux petits soins avec son peuple, vous l’aurez compris. Et quand la communauté sanitaire internationale s’alarme du manque d’infrastructures et de budget dans la lutte contre le Sida – 40% de la population est touchée, c’est le plus fort taux du monde ! – le faste souverain a une solution toute faite : une allocation virginité !

Ainsi, les jeunes filles du royaume peuvent être gratifiées de 14 euros par mois si elles s’abstiennent de toutes relations sexuelles, une fortune pour ce pays où 67% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Il s’agirait selon le gouvernement de limiter la prostitution et de permettre à ces jeunes filles de se payer des produits de première nécessité. La vérité serait plus pragmatique : le despote veut simplement s’assurer que sa prochaine femme ne soit pas contaminée par des maladies sexuellement transmissibles. Dans un pays où l’espérance de vie à la naissance plafonne à 48 ans, notamment à cause de cette épidémie, il y a de quoi grincer les dents…

 

Le fameux roi. Meilleurs poils de torse de l'humanité.
Le fameux roi. Meilleurs poils de torse de l’humanité.

 


Alors que je boucle ce numéro du Tyrannie Trip, une dépêche vient de tomber : il semblerait que le Parlement du Swaziland (oui, il y en a toujours un), ait demandé le blocage de l’achat d’un jet pour les déplacements privés du roi, que le gouvernement, nommé par ce dernier, a qualifié de « indispensable ». Reste à savoir si le roi, atteint du VIH et vivant dans une case avec 20 centimes par jour, trouverait cet achat toujours aussi vital pour son pays. A très bientôt chers amis, dans un nouveau volet du Tyrannie Trip.

Dans la série TYRANNIE TRIP :
– Tchétchénie : Les délires mégalomaniaques de Ramzan Kadyrov
Corée du Nord : Bienvenue au North Korean Truman Show !
Gurbanguly Berdimuhamedow, le dictateur dont même le nom fait peur

BASTIEN BONO

Ornithologue spécialiste des condors bantous à bande bleue.

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