Steve Cohen, l’artiste qui ne laisse personne indifférent
TANGUY 12 avril 2016

Temps de lecture : 3 minutes

Il le dit lui-même : « Artiste juif, blanc et PD, pas le gay commercial tout beau tout propre que l’on voit à la télé, mais le PD, monstrueux et ordinaire. »


 

C’est un artiste qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Qu’on ne puisse pas apprécier du tous ses performances étranges et sexuelles est compréhensible. Il a même été souvent censuré et arrêté en France à plusieurs reprises. La dernière fois c’était en 2013. Il marchait face à la Tour Eiffel sur le parvis de Trocadéro, travesti à l’extrême avec un coq attaché à son pénis. Intitulé Coq/Cock, l’idée derrière cette action était de faire quelque chose de léger et de sérieux, car en Afrique du Sud, son pays natal, tout est politique. Boire, manger, profiter du confort d’une maison… Toutes ces actions ont un sens dans un pays où il y a de grandes disparités économiques. « Mon but était de ressembler à une show-girl fatiguée, glamour mais en déclin… à l’image de la France ! ».

 

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Il aura eu le temps de danser qu’une dizaine de minutes avant de se faire arrêter par la police. Le juge ne retiendra qu’une amende de 1 000 €. « La France, un pays de culture ? Peut-être… Mais pas ce siècle-ci ! Je suis parvenu à créer une forme singulière d’art contemporain et la France a échoué à la reconnaître comme telle. » Juif, il a choisi le Trocadéro, car au-delà de l’aspect publicité de parfum que le lieu donne, c’est surtout la photographie d’Hitler qui l’a marqué. Il a voulu déconstruire cette vision de l’horreur. Son art est très marqué par l’holocauste, il en fait de nombreuses références dans ses spectacles : étoile jaune en cache-sexe, discours nazi répété en boucle sur scène par des radios ou sur des écrans, etc.

 

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— UN ARTISTE CRITIQUE
Il a également réussi à faire faire un strip-tease à sa bonne de 80 ans, car selon lui, les noirs sud-africains, surtout les bonnes, sont invisibles. Elles passent leur vie à quatre pattes à frotter le sol. Cette performance était pour lui un moyen de la rendre visible. Ses parents n’acceptent pas ce qu’il fait, d’ailleurs il les invite lui-même à « aller se faire foutre » car ils « ne comprennent rien ».

 

Performance lors d'une destruction d'un bidon ville en Afrique du Sud
Performance lors de la destruction d’un bidonville en Afrique du Sud

 

Pourtant, dans la vie de tous les jours, Steve Cohen est quelqu’un de normal, il n’a rien de l’artiste excentrique. Il limite de façon nette son personnage et sa vie de tous les jours.
Avant de faire sa performance avec son coq, l’artiste venait de se faire tabasser par trois hommes devant chez lui, à Lille. Cette agression fait écho, je trouve, aux problèmes qu’une partie de la population a avec l’art, pour qui il doit forcément être beau, institutionnel et propre. Plus récemment, je pense notamment à ce qui a été surnommé « le vagin de la Reine », qui n’a pas tenu très longtemps avant de se faire recouvrir de tag antisémite. On pourra citer également l’exemple du plug anal à la place Vendôme, qui s’est fait dégonfler au bout de quelques jours.

 

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— CHARLIE ET ART CONTEMPORAIN, MÊME COMBAT ?
Ces nombreux exemples d’intolérance vis-à-vis d’une transgression à but artistique sont le symptôme d’une société de plus en plus enrhumée et frileuse. Chacun peut ne pas aimer les œuvres de ces artistes, d’ailleurs le plus souvent le but n’est pas de faire du beau, mais plus de créer un concept qui ne peut pas laisser le spectateur  indifférent. C’est la même chose qui se passe avec Charlie Hebdo, qui sont ces gens qui ne se revendiquent « pas Charlie » et qui aimeraient censurer un journal, car selon eux, ce n’est pas drôle ?

 


Pour moi, soutenir ou non l’art contemporain, être Charlie ou non ne sont pas des questions qui se posent. En effet, je peux trouver des œuvres d’une nullité affligeante, ou des dessins très mauvais, mais loin de moi l’idée de refuser que leurs auteurs les publient et les partagent, sous prétexte que ma vision des choses est différente. Si certaines œuvres vous paraissent mauvaises, mais ne vous laissent pas indifférents, essayez de savoir ce que l’auteur exprime, car c’est souvent derrière le concept que l’on trouve les réponses.

TANGUY

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