Voici les albums que vos oreilles devaient écouter en Mars
PAUL 1 avril 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Voici la liste – non-exhaustive – des albums qu’il fallait écouter le mois dernier : des plus grands aux découvertes musicales, du Rock à la Pop en passant par le Rap. À consommer sans aucune modération auditive.


 

RAY LAMONTAGNE – Ouroboros (sortie le 4 mars 2016)

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Ray LaMontagne revient avec son album poétique et fantastique Ouroboros. Un sixième album qui se résume à une invitation perpétuelle dans l’univers du chanteur. 8 titres où s’entremêlent les ballades et les rythmes des seventies qui marquent profondément les mélodies de l’américain. Et comme il le décrit lui même, cet album n’est pas l’un de ces précédents albums pour apprendre à le découvrir sous ces aspects les plus personnels. L’album répond à une simple question : « Est-ce que vous m’accompagnerez? »

Nous ouvrons celui-ci avec le titre Homecoming, choix symbolique tant le parcours nomade du chanteur fut marqué une volonté d’un eternel retour chez soi et ainsi, la musique commence. Elle semble nous faire entrer à pas de loup dans une maison. Puis la guitare fait son entrée et comme un murmure. Ray LaMontagne pose sa voix éternellement reconnaissable par sa profondeur et sa justesse. Ce premier morceau d’une voix à peine audible est, là encore, à l’image du chanteur: timide et sans prétention. D’ailleurs, la fin du morceau nous donne une sensation d’accomplissement, comme si les longues années étaient restées derrière nous.

 

 

L’album prend dès le deuxième titre un virage opposé. Les riffs de guitare électronique nous permettent de voir l’autre côté rock du chanteur. L’envolée prend forme sur While It Still Beats. Comme un cri très profond, Ray LaMontagne présente là encore, une vision très personnelle de sa vie. « There’s only one way to get out of this race, There ain’t no second place, If you don’t give them every ounce, They will cut it out while it still beats ». Pour l’écriture de Ouroboros, Ray LaMontagne s’associe avec le parolier du groupe My Morning Jacket, Jim James. On sent l’influence de celui-ci dans cette chanson notamment sur sa portée dramatique.

L’album est à la manière d’un vinyle, composé de deux faces de quatre chansons sans interruption. La deuxième partie commence comme la première, par une ballade, où notre imaginaire se perd dans les grandes étendues et les forets américaines. La fin de l’album sera une mise en abyme de ce que représentent ces paysages dans l’esprit de Ray. Dans une douceur caractéristique, le dernier morceau de l’album se termine par sa voix qui s’arrête, une nouvelle fois comme un murmure.

 

 

ESPERANZA SPALDING – Emily’s D+Evolution (sortie le 4 mars 2016)

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C’est le retour de la meilleure nouvelle artiste des Grammy’s Awards de 2011. La contrebassiste de 31 ans revient avec son album aux sonorités rock, blues et jazz. Sortie de la prestigieuse Berklee College of Music, le talent de l’américaine ne fait que de se confirmer au fur et à mesure des albums. Emily’s D+Evolution est dans la lignée des excellents Chamber Music Society (2010) et Radio Music Society (2012). La différence dans celui-ci est que Esperanza Spalding semble s’éloigner, sans pour autant marquer une rupture, avec ses influences jazzy d’origine pour se tourner vers un style plus electro-funk.

Plus qu’un simple album musical sorti de la tête de l’artiste, cet album est un véritable trip psychédélique à l’intérieur de l’esprit de la muse spirituelle de Spalding. Elle décrit elle-même cette « muse » comme un guide intérieur, une seconde personnalité qu’elle introduit au sein d’un projet musical pour « développer les envies non cultivées de son passé ». Ainsi, on ne semble pas entendre Esperanza Spalding mais Emily Spalding. Schizophrénique et déroutant, le premier titre Good Lava met en exergue le génie instinctif musical de la compositrice. Histoire d’une jeune femme au flow se comparant à la lave d’un volcan sur une musique résolument rock.

 

 

Pour la suite des morceaux, on pourra noter que l’américaine forge, avec un swing et un style incomparable, le personnage de Emily. Elle nous attire irrémédiablement à la suivre à travers les méandres de son esprit. Elle décrit également cet album comme un moyen pour elle de « créer un monde autour de chaque chanson », comme une histoire incroyable à développer à travers la musique. On ressent toutes les influences jazz déterminantes dans la création de l’artiste dans un titre comme One ou encore comme le dernier titre de l’album I Want It Now. On appréciera encore plus la voir en concert grâce à la mise en scène des chansons « autant que nous les jouons en habitant un personnage ». Un concert est notamment disponible en ligne.

Esperanza Spalding décrit également sa musique comme une fusion entre une musique basée sur les codes bien acquis du jazz et une autre plus électronique aux influences plus modernes. Loin de l’ensemble des codes commerciaux qui marquent de leurs empreintes la musique, elle ne désire être jugée que sur sa musique et non pas sur ce qu’elle appelle son « over sex appeal ». Elle est en soit, un concentré de talent à l’état pur qui ne mérite que d’être reconnu à sa juste valeur.

 

 

LÅPSLEY – Long Way Home (sortie le 4 mars 2016)

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Une pépite musicale, une simple explosion de talent brut. Un premier album d’une qualité qui en dit long sur les capacités artistiques de Holly Lapsley Fletcher aka Låplsey. Après son EP Understudy, sorti l’an dernier, l’attente était grande et le moins que l’on puisse dire c’est que la première écoute est satisfaisante à excès.

Du haut de ses 19 ans, la chanteuse britannique nous inonde de 46 minutes de ses histoires post-adolescentes, où ses histoires d’amour s’entremêlent avec ses problèmes de jeune adulte sur un flow qui la caractérise désormais. Dans un style encore difficilement identifiable, jonglant entre l’electro-pop et la nouvelle mouvance R’n’B portée par The Weeknd, Låplsey nous présente ce qu’elle est vraiment, tourmentée et désorientée. Mais elle retrouve son cap dans les paroles des chansons et à travers les univers différents dans lesquels elle nous emporte à chaque morceau.

 

 

Entre le très dark Hurt Me et le plus funk Operator (He Doesn’t Call Me), la chanteuse s’essaie à plusieurs styles. Malgré les expérimentations stylistiques à travers l’ensemble de l’album, la justesse et la maitrise qui s’en dégage est certaine et nous transporte avec elle. Cet album peut faire penser à 19 de Adele. Tout d’abord dans sa façon d’aborder les problèmes d’une jeunesse nouvellement adulte mais également avec la découverte dans un premier album d’une artiste bourrée de talent avec une justesse de voix impressionnante pour son âge. Dans un style à la FKA Twigs, Låplsey maitrise largement son sujet sur un titre comme Station où les sons électroniques se mixent parfaitement à sa voix.

On pourra critiquer l’écriture simple mais pas simpliste tant l’émotion est criante de vérité. L’anglaise nous emmène dans son univers avec une maturité impressionnante et la passion qui se dégage de chacun des mots qu’elle prononce ne fait que confirmer son potentiel exceptionnel. C’est assurément l’un des meilleurs premiers albums. En voilà une qui fera parler d’elle très bientôt et qui mérite de sortir de l’ombre.

PAUL

Musicologiste melomane.

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