Salafisme, jihadisme, islamisme : petite leçon de vocabulaire médiatique
Barbara 14 avril 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Aujourd’hui, il ne se passe malheureusement pas une semaine sans que nous n’entendions parler de salafistes, de jihadistes, de terroristes ou encore d’islamistes. Ces termes sont utilisés par toutes formes de médias, mais hélas leur utilisation parfois inappropriée laisse place à des amalgames douteux, mettant en péril la communauté musulmane.


 

— SUNNITE et CHIITEsunnite-chiite

L’Islam sunnite, c’est le suivi du Coran (parole d’Allah) et de la Sunnah (parole du prophète Muhammad). Largement majoritaire, le sunnisme est suivi par 85% des musulmans du monde. L’islam chiite est suivi par 15% des musulmans du monde. Ils sont majoritairement présents en Iran, à Bahreïn, en Irak et au Liban. A la mort de Muhammad en 632, deux grands groupes se forment : les sunnites, qui souhaitent que les successeurs viennent de la même tribu que Muhammad, et les chiites, qui voudraient que le successeur provienne de la famille de Muhammad, et qui veulent Ali, le gendre du Prophète, comme représentant. Des guerres entre ces deux groupes s’ensuivront, et sont d’ailleurs toujours d’actualité.

 

— SALAFISME

C’est un mouvement sunnite qui revendique l’Islam tel qu’il existait au temps du Prophète et de ses compagnons (on peut comparer les compagnons du prophètes à une sorte d’apôtre).

Le mot « salaf » trouve son origine dans l’expression  » les pieux prédécesseurs » de l’arabe as salaf as salih. Ce sont les personnes qui avaient une proximité temporelle avec le Prophète et qui suivaient donc un Islam identique à celui du 7ème siècle, moment de sa révélation. «  Les meilleures de ma communauté sont ma génération, celle qui vient après et celle qui vient après « Voici donc la définition de salaf : le Coran et la Sunnah authentique, sans ajout, diminution ou altération.

 

salfiste

 

— SALAFISTE

Les salafistes sont ceux qui tentent au mieux de suivre l’Islam depuis ses origines. Littéralement, salafi signifie « personne qui suit les salaf », puisqu’en langue arabe, l’ajout d’un « i » à la fin d’un mot marque l’affiliation. Ce « i » se traduit en français par l’ajout du suffixe substantif –iste qui sert à former, entre autre, un nom correspondant à une idéologie.

 

— JIHADISME

Ce mouvement vient de l’arabe salafiyya jihadiyya, et est apparu dans les années 1980. Il a été développé par des penseurs musulmans radicaux tel que Abou Qatada (jugé pour terrorisme en 2013), Abou Moussab al-Souri (l’auteur du livre sorti en 2014 «Appel à la résistance islamique mondiale» dans lequel il théorise le djihad global) ou Abu Muhammad al-Maqdisi (condamné en 2011 pour avoir dirigé une filière organisant l’acheminement de combattants en Afghanistan).

Bien que le jihadisme soit dérivé du jihad, ce dernier est un élément important de l’Islam qui n’est pas nécessairement violent.

 

djihadisme

 

— JIHAD

Le jihâd est l’un des aspects les plus mal compris et les plus déformés de l’Islam. Il existe certains musulmans qui exploitent ce concept et qui en font un mauvais usage afin de parvenir à leurs fins politiques. Le mot « jihâd » ne signifie pourtant pas « guerre sainte », puisque guerre en arabe se dit « Harb ». Il est plutôt à lier avec  ijtihād, اِجْتِهاد, effort de réflexion. Le jihâd désigne la lutte multiforme que doit mener le croyant pour faire régner les droits de Dieu sur Terre, et d’abord dans son propre cœur. D’où l’opposition entre petit et grand jihâd, entre guerre offensive ou de résistance et combat spirituel et intellectuel, qui rappelle qu’avant de chercher à imposer un credo à autrui. Il faut d’abord avoir vaincu les démons de son propre ego, et avoir combattu ses passions.

 

— AL QAIDA, BOKO HARAM

De nos jours, des organisations terroristes comme Al-Qaïda ou Boko Haram, se réclament de l’obédience jihadiste. Ils ont choisi de pratiquer le jihad dans sa forme la plus violente. Ils sont souvent assimilés au salafisme, mais cette affiliation est très souvent contestée, dans le sens où les musulmans dans leur immense majorité (ainsi que de grands savants) sont nombreux à condamner les actes de ces groupuscules considérés comme des sectes, qu’ils jugent totalement extérieurs à l’Islam et aux valeurs de paix que prône cette religion.

 

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— ETAT ISLAMIQUE 

Pour comprendre l’origine de l’Etat Islamique, ou Daesh (acronyme arabe de ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām, Etat Islamique en Irak et dans les pays du Châm), il faut remonter à la formation de groupes comme les sunnites ou les chiites, sont apparus les kharijites, qui avaient formé leur propre groupe, ni sunnite ni chiite. Un khariji désigne toute personne qui se révolte contre le dirigeant autour duquel sont réunis les musulmans. Aujourd’hui, l’Etat Islamique se rapproche de ce mouvement puisque son chef Al Baghdadi s’est auto proclamé calife, ayant pour but la réhabilitation du califat Abasside, s’étendant de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale, entre 750 et 1258.  

Barbara

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