Que retenir du « meilleur » système éducatif d’Europe ?
Cléo 23 mai 2016

Temps de lecture : 6 minutes

Depuis 15 ans, un système éducatif domine dans le monde et particulièrement en Europe : celui de la Finlande. Plébiscité par les classements PISA, il présente de nombreux atouts arrivés après un grand remaniement de l’enseignement finlandais dans les années 70. Innovant il y a 15 ans, qu’en est-il aujourd’hui ? 


 

— GRATUITÉ, ÉQUITÉ, STABILITÉ
La première composante du système éducatif finlandais est la gratuité de tout pour tous : cours, transport, cantine, fournitures scolaires. Les parents n’ont qu’à acheter le cartable de l’enfant – le seul objet de jalousies dans la cour de récré ? Tout est financé par l’État donc les impôts, ce qui représentait en 2007 550 € par habitant. L’État qui a d’ailleurs décentralisé l’administration éducative, laissant les pleins pouvoirs ou presque aux municipalités et abolissant les inspections des professeurs et manuels. Les établissements et mairies travaillent de concert pour établir programmes qui doivent respecter le Plan National d’Enseignement. Ceci afin d’assurer l’homogénéité d’enseignement sur le territoire national, tout en rendant les écoles autonomes.

Autre mot d’ordre du système : la stabilité. Les enfants, qui commencent l’école un an plus tard que les petits français, gardent la même classe et le même professeur pour presque toutes les matières pendant six années, jusqu’à l’âge de 13 ans. Le redoublement n’existe pas sauf cas exceptionnel. Aucun élève n’est laissé à la traîne, puisqu’il existe jusque trois assistants par classes de 25 élèves qui se chargent d’accompagner ceux en difficulté. La Finlande estime qu’un tiers de ses élèves bénéficient de cette aide particulière durant sa scolarité.

Limites : Des impôts élevés pour financer l’éducation, une décentralisation qui pose le risque de disparités entre des villes qui n’allouent pas le même budget à l’enseignement, et mieux vaut s’entendre avec son professeur et ses camarades qui restent les mêmes pendant six ans !

 

— DES JOURNÉES COURTES ET PEU D’ÉVALUATION
L’école obligatoire ne commence qu’à 7 ans pour le primaire, et l’année d’avant « pré-primaire » peut au choix s’effectuer à l’école ou la maison. Avant, pas d’école maternelle : la crèche, le jardin d’enfants et toujours la garde à domicile, et les enfants ne travaillent pas, ils jouent. Si les petits finlandais peuvent commencer l’école plus tard que par chez nous, c’est qu’ils détiennent un atout de taille : une langue transparente, qui s’écrit comme elle se prononce, et permet un apprentissage express de la lecture et l’écriture.

Les journées des élèves sont relativement courtes : 9h-13h pour le primaire (de 7 à 13 ans) et 9h-15h pour le collège lycée (13-16 et 16-19). Les heures de cours sont composées de 45 minutes de classe et 15 minutes de pause quand ils sont les plus jeunes (mais peu de temps de déjeuner : 30 minutes maximum). Du côté évaluation, de quoi relancer le débat : il y en a très peu. Les élèves s’auto-évaluent la plupart du temps à l’aide de visages plus ou moins souriants ou des lettres pendant tout leur primaire. Au collège les notes arrivent, mais commencent à 4 pour éviter le « zéro traumatisant ». La Finlande préférant valoriser ce qui est su plutôt que ce qui ne l’est pas, déployant une échelle de la « perfectibilité » avec un commentaire plutôt qu’une note.

Limites : que font les élèves l’après-midi ? C’est là que les inégalités apparaissent entre ceux qui peuvent accéder aux activités extrascolaires et les autres, laissés pour la plupart à l’abandon.

 

 K3-finlande

 

— PÉDAGOGIE ACTIVISTE ET RESPONSABILISATION
La Finlande met l’accent sur la pédagogie, cœur de la formation des enseignants. Complètement à l’inverse du système français d’écoute – attention, les Finlandais y préfèrent les méthodes participatives activistes où c’est l’élève qui découvre et non l’enseignant qui raconte. Ils appellent cela « apprendre à apprendre ». On retrouve ce style dans la sanction qui n’est pas punitive mais réparatrice pour responsabiliser l’élève et lui laisser la chance de revenir sur sa bêtise.

Le système d’apprentissage est aussi basé sur de nombreuses ressources extérieures (jeux, livres, objets etc). En Finlande, les parents sont fortement sensibilisés à l’éducation et font leur part en emmenant régulièrement les enfants à la bibliothèque ou ludothèque. A la maison, peu de devoirs : l’essentiel est appris en cours. Quasiment jamais d’apprentissage par cœur (la récitation n’existe pas par exemple), les Finlandais considérant que c’est l’enseignement pratique qui fonctionne le mieux, et que le plus important n’est pas forcément « la connaissance ».

Au niveau des matières enseignées, elles sont là aussi très variées et dépassent un cadre scolaire basique pour atteindre les sphères des sciences humaines ou du quotidien : mathématiques, éthique et raisonnement, environnement et histoire naturelle, arts et cultures, santé… La religion y est aussi enseignée car le système public est non laïque (le protestantisme est la religion dominante). Au primaire, l’élève n’étudie que sa propre confession, puis au collège la culture religieuse s’étend, en présentant toutes les religions.

Les langues ont également une place prépondérante : les enfants apprennent les deux langues du pays (finnois et suédois) puis une première langue étrangère obligatoire à 10 ans et une seconde à 14 ans. Les élèves motivés peuvent en choisir deux de plus, soit un total de… six langues étrangères ! Car du choix, l’élève en a à partir de 16 ans : il garde un tronc commun fort (45 cours) mais y ajoute les modules de son choix (25) pour construire son parcours, tester des matières ou s’orienter vers un métier.

Limites : un système inapplicable en France où la valeur de la laïcité est extrêmement forte – qu’étudient les enfants sans confession ? En revanche, un cours de culture générale sur les religions n’est pas une mauvaise idée. Quant à l’enseignement très participatif, il est en revanche peu coopératif entre les élèves eux-mêmes.

 

— VALORISATION DE L’ENSEIGNANT
Dernier aspect fondamental : l’enseignant. Il passe par une formation longue (maîtrise en 5 ans) qui comprend autant d’étude des programmes et matières à enseigner que de formation pédagogique et sciences du comportement. Un an de stage sanctionne la maîtrise et même en poste, l’enseignant suit deux heures de formation continue par semaine. L’accès au métier est, comme en France, très demandé, donc très élitiste. Seul 10 % des candidats sont retenus et doivent avoir obtenu la note de 9/10 à leur baccalauréat. De plus, la sensibilité sociale de l’enseignant est prise en compte, son implication dans le bénévolat par exemple. Enfin, sans pour autant bénéficier d’un salaire particulièrement élevé, la fonction de professeur est prestigieuse et s’apparente au statut social d’un médecin ou d’un avocat.

Limites : en fait, la moitié de la population étudie tandis que l’autre enseigne ? Une excellente formation pour les professeurs dont le métier fait rêver, mais peu de développement économique pour le pays qui ne cultive pas la fibre entrepreneuriale.

 


EN BREF – Le système éducatif finlandais possède des limites non négligeables, mais a aussi fait ses preuves. Un peu trop même, puisque depuis 15 ans qu’il est reconnu comme l’un des meilleurs au monde, le pays a passé plus de temps à apprendre aux autres comment enseigner, qu’à continuer de faire évoluer son système. A retenir ? Les méthodes participatives, la variété de disciplines, le choix des cours pour les lycéens, la formation poussée des enseignants et la présence d’assistants et ressources extérieures. Des idées avancées depuis 15 ans devant un État français qui fait la sourde oreille.

Cléo

The (radio)girl next door et fan numéro 1 de Friends.

1 Comments

  1. La Finlande a le meilleur enseignement obligatoire (jusqu’à 15ans) mais son lycée est en dysfonctionnement. D’ailleurs, le test PISA concerne des enfants de 15 ans et donc n’ont pas encore mis les pieds au lycée.
    Je suis d’accord avec ce qui est dit dans le texte. Dommage que le résumé ne correspond pas au texte, en particulier, en partie sur le lycée.
    Le collège Finlandais a le gros défaut de ne pas préparer à l’orientation de fin de collège qui est très très sélectives. Il met les élèves dans le cocon déconnecté des mondes extérieurs et le choc après-collège est brutal pour certains.
    Le lycée est en dysfonctionnement. En réalité, il y a peu de possibilités de choix à cause des tailles de groupe. Les élèves qui accumule trop de retard ne peuvent finir le cursus et sont orientés vers le professionnel. Le niveau atteint dans chaque matière est inscrit dans la matriculation, équivalent du bac. Il est possible d’avoir une matriculation sans maths, avec des maths niveau normal et maths niveau avancé. Comme les universités sont sélectives, les conséquences sont les mêmes qu’en France.

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