Le rap from Québec
TANGUY 9 février 2016

Temps de lecture : 3 minutes

Quand on évoque la musique québécoise, Céline Dion nous vient le plus souvent à l’esprit et on a tendance à oublier la richesse culturelle qu’offre ce pays. Le rap montréalais a souvent été boudé par les français, pourtant, c’est un courant qui vaut largement le coup.


 

Apparu en même temps que son homologue de métropole, le rap québécois est longtemps passé sous silence en France. Il est pourtant très riche et on peut lui trouver beaucoup de similitudes. Souvent boudé des festivals francophones et des radios canadiennes anglophones et françaises, le courant s’est trouvé un nouveau souffle avec l’arrivée vers 2010 de groupes comme Loud Lary Ajust et Dead Obies, qui mélangent intelligemment l’anglais et la langue de Molière.

Le rap québécois sonne une ambiance plus old school, souvent plus conscient et plus “hispter” comme le résume Odgen Ridjanovic, chanteur du groupe Alaclair Ensemble, pour les Inrocks. Il commente : Ici, le rap n’est pas nécessaire. On est scolarisé, le 911 (les urgences) vient quand on l’appelle. Il n’y a pas de criminalité. Tu rappes parce que c’est cool […]. On a pas le choix de prendre du recul sur nous autres et se dire que c’est absurde de rapper au Québec.”

Le rap québécois apporte ainsi un vent de fraîcheur avec des artistes comme Pierre Kwenders, 29 ans, installé à Montréal depuis plus de 13 ans et originaire du Congo. Pour lui, Montréal est une ville qui permet le mélange des cultures et dans laquelle il est important de vivre en parfait cosmopolite.

 

 

— LE PROBLÈME DU FRANGLAIS
Dans ce type de rap, il y a deux écoles : les adeptes du franglais, incarnés par Dead obbies ou Loud Lary Ajust qui ont récemment déclenché une polémique. Accusés d’appauvrir le français et de trahir le combat pour la francophonie. Ces nouveaux groupes se défendent en rappelant que le rap est une culture de la rue, où les codes doivent être mélangés pour apporter continuellement de nouvelles tendances.

Le français a été un combat pour les baby boomers mais les jeunes d’aujourd’hui se sentent beaucoup moins investis par ce combat et préfèrent vivre avec leur temps. Montréal est une ville bilingue, l’anglais prend donc logiquement de plus en plus de place. Le PCQ (parti conservatoire) a déçu les nouvelles générations en ne réussissant pas à imposer les réformes en faveur de l’indépendance du Québec, perdant de fait les jeunes électeurs. Qu’importe, le franglais permet de mélanger différentes sonorités pour un résultat au final vraiment bon.

Back when we sold smoke
Dans la zone scolaire
Sold my soul pour une écolière
So j’ai du hustle pas d’collège, let’s go
Maintenant ils m’bookent pour un show
I guess worlds collide
Tout ce que je serai, j’l’étais déjà
And that’s the best rapper alive

Loud Lary Ajust  » XOXO »

 

Pour les défenseurs du français, comme Manu militari ou d’autres, ce combat reste actuel et ils le revendiquent clairement dans leur paroles. D’ailleurs, pendant mon séjour dans la capitale québécoise, j’ai à deux reprises eu le droit à des réflexions sur le fait que nous, français, avions “vendu le Québec aux anglais”. Je vous partage un clip, un peu caricatural, sur une rapide histoire engagée pour le Québec libre.

 

A planète tourne autour d’une seule musique
Moi j’refuse d’accorder ma voix avec leur pensée unique
J’veux rester qui j’suis, j’veux qu’tu restes qui t’es
If you don’t understand me on va devoir s’quitter

Moi ma langue est sous respiration subventionnée
Je l’sais c’est pas d’ta faute si on aime pu qui on est
Pour qu’les radios jouent du francophone faut les pousser
Notre culture est une vieille fille que personne veut épouser

Manu Militari “Je me souviens”

 


Le rap québécois apporte un réel vent de fraîcheur au rap francophone. Il est loin des clichés de ce qui se fait actuellement en Europe, où il est le plus souvent question d’argent, d’armes et de drogue. Ce type de musique a donc beaucoup de mal à s’exporter en dehors des frontières, en revanche, il semblerait que ces dernières années les médias mainstream ait commencé à s’y intéresser,  comme le célèbre journal anglophone THE GUARDIAN qui commence à se pencher sur ce rap franglais.

TANGUY

2 Comments

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *