Le Ramadan au coeur d’une famille Marocaine
fanny 18 juillet 2016

Temps de lecture : 6 minutes

« Tu vas voir, pendant le Ramadan les gens, l’ambiance, la ville… tout change ! » est un refrain que j’ai entendu à nombreuses reprises pour me préparer mentalement au Ramadan. « Tu vas le faire ? » Parbleu j’ai essayé ! Je vous invite à découvrir comment est-ce que je l’ai vécu le temps de 29 jours au sein d’une famille Marocaine. J’y était à l’occasion d’un stage de 3 mois à Casablanca.


 

Le Ramadan est un moment très intense pour les musulmans, tant physiquement que psychiquement. Ils commencent à le pratiquer en général au moment de la puberté. En fonction des mois lunaire, il se décale d’année en année et cette fois il tombait en juin. C’est une période spirituelle empreinte de réflexion, d’introspection et en même temps d’éveil au monde. Lors du Ramadan, il ne s’agit pas juste d’un jeûne du corps, mais selon la religion, aussi du cœur et de la parole.

Le jeûne du corps est difficile au début car il ne faut pas manger de la journée et cela rend plus faible et de mauvaise humeur. Et cela peut rendre moins productif au travail. Pour cela, les horaires de travail sont aménagés et la journée se termine à 16h maximum. Disons que le mois de Ramadan se ressent beaucoup sur l’économie du pays. Par la suite, le jeûne du corps devient normal et une habitude.

Le jeûne de la parole vient naturellement en complément du jeûne du corps. C’est-à-dire qu’il faut être bienveillant dans ses propos. Dans la religion, il est même interdit de s’énerver (dur quand on a faim). Le jeune du cœur pousse à s’ouvrir aux autres, il y a beaucoup de dons de charité à cette période. Le peuple Marocain est culturellement solidaire mais cela s’accentue le temps du Ramadan. Chaque personne qui en a les moyens doit donner au plus démunis de l’argent, de la nourriture, des vêtements.

 

Ftour à la plage entre cousins (wesh)

 

Si la journée est longue sans manger, le soir ils se rattrapent bien ! Le ftour, ou petit-déjeuner, a lieu aux alentours de 19h50 selon le mois, dont le top départ est annoncé religieusement par l’appel de la prière. Le Ramadan est avant tout une période réservée à la famille. Ces dernières se retrouvent et partagent la table, chez eux, ou exceptionnellement à la plage.

 

Il est de coutume de rompre le jeûne avec une date.

 

Petit-fours, mini-hamburgers, rouleaux de Printemps, au Ftour on se « met très bien ».

 

La grande sœur, son frère et les cousins entre sucré-salé.

 

J’ai essayé de faire le Ramadan les premières semaines, pour vraiment m’imprégner de leur culture. C’était dur, et je suis très vite passé à la formule jeûne « demi-jour », c’est-à-dire de ne pas manger de 8h à 17h. Et puis sans conviction, ça n’est pas un vrai jeûne. Ca s’apparente plutôt à un régime ! Mais personne ne m’a obligé à le faire, pour les étrangers il s’agit juste, par respect, de ne pas manger en public.

Justement entre deux lignes je me permets d’aborder la notion très taboue des musulmans qui ne jeûnent pas. J’ai croisé des personnes qui ne le faisaient pas car ils n’avaient pas la conviction. J’ai fait l’erreur d’en parler trop fort dans un café, on m’a fait les gros yeux. La règle d’or c’est donc de ne pas en parler en public. Parfois même les familles et les parents ne savent pas que leurs enfants ne sont pas croyants. J’entends que les jeunes se plaignent d’hypocrisie, mais chut !

 

Simo et sa barbe à papa.

 

Loin de l’idée que je me faisais du Ramadan comme un mois de stand-by, c’est tout l’inverse. Le jour la ville se tait, mais le soir après la prière, c’est un monde qui se réveille. Les cafés sont pleins à craquer, les jeunes jouent au foot dans la rue jusqu’à 4h du matin.

Il faut aussi saluer le formidable sens de l’auto-dérision des Marocains. On se fait pipi dessus quand Ayoub, jeune américano-arabe de 17 ans, se cache, nous jette un sac au milieu de la salle en hurlant « halla wekbarh… BOOM ». Dieu est grand, qui est à la base une formule sainte, s’est transformée en une sale incantation qui fait flipper tout européen et même les Maghrébins. Mais ici on dédramatise et on en rigole. Sympa aussi quand le grand-père me dit que il y a un terroriste au Stade de France. Oui, il faut dire que M. Giroud est barbu…

 

Une boutique de caftans, les tenues festives traditionnelles.

 

 

Une petite fille mise à l’honneur pour l’Aïd.

 

Portée par des jeunes hommes, elle agite les bras en rythme avec la musique et les chants.

 

 

Plus on avance dans le Ramadam, plus la religion se fait ressentir et les prières se font longues. Le 27eme jour, les petites filles et garçons sont au cœur de l’attention. Tout pouponnés, c’est le jour où certains jeûnent pour la première fois. Les petites filles sont portées sur un amarya juste pour le spectacle offert aux yeux des mamans. Je suis subjuguée par la petite fille, elle agite des mains en rythme comme une maitresse de cérémonie. Je ne sais pas si elle est terrorisée ou juste passive.

 

Toute contente avec mon n’henné. Ce soir-là beaucoup de femmes s’en font poser. La couche noir s’effrite en quelques heures et laisse place à une couleur orange qui dure une semaine.

 

« Et voilà, il ne reste plus que les os ! »

 

 

Bien repu après le couscous, Rachid est prêt à faire la sieste.

 

L’Aïd, annoncé selon la lune, signe la fin du Ramadan. A cette occasion, deux jours sont fériés et les Marocains se retrouvent en famille avec les grands-parents, oncles, tantes, cousins etc. L’Aïd est très attendu car, non seulement c’est une célébration de la famille, mais il signifie aussi le retour à la vie normale, à la soif étanchée, aux baignades à la plage, aux cigarettes à la pause de travail. « Le meilleur Ftour, c’est celui du matin » me dit-on au lendemain de l’Aïd pour sublimer ce doux retour aux petits déjeuners matinaux. Certaines personnes ont toutefois tellement pris l’habitude de jeûner qu’elles continuent ainsi pendant 6 jours après le Ramadan. Dans mon cas, j’attendais avec impatience l’Aïd, car le Ramadan n’est pas le moment propice au tourisme, il n’y a pas grand intérêt à visiter quand tout est fermé en journée.

 

Les photos de cet article son sous © Fanny Hamayon

 

Le Ramadan est une période très spéciale dans la vie des musulmans. Pas toujours évident à vivre quand on est étranger à l’Islam et à sa culture, mais cela permet justement de prendre le temps pour chercher à mieux la comprendre, d’en cerner les points clefs. Je suis très très loin de tout comprendre, mais j’ai eu la chance d’être accueillie dans une famille Marocaine pétillante qui a fait preuve d’une réelle pédagogie à mon égard. Je suis arrivée au Maroc avec mes idéaux-bobos concernant l’égalité et la laïcité et je me suis pris une claque de respect et de nuance. A mon sens dans ce « monde de merde », la pédagogie reste un de nos outils des plus précieux et des plus pérennes. Merci à eux.

 

Love & Respect

 

 

fanny

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