Quand le gouvernement s’attaque aux objets promouvant l’alcool
Camille 6 juin 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Un décret de loi sur l’interdiction d’incitation à la consommation d’alcool pour les mineurs passe devant la Commission européenne. C’est un projet controversé qui vise la festivité des jeunes.


 

— EXPLICATION DU PROJET DE LOI
Plusieurs études font état de consommation excessive d’alcool chez les jeunes, et ce dès le plus jeune âge. Selon un sondage rapporté par la commission chargée du projet de loi, 28% des jeunes de 17 ans interviewés en 2011 affirmaient avoir été ivre au moins trois fois dans l’année contre 26% en 2008. 10,5% des jeunes de 17 ans interviewés se disent consommateurs réguliers d’alcool. Les chiffres concernant l’ivresse des jeunes en France sont en constante augmentation d’après les rapports de l’INPES 2014, comme le mentionne la présentation officielle du projet de loi. Mais s’il y a augmentation de la consommation d’alcool chez les jeunes il y a une baisse de l’ivresse quotidienne. Ce qui inquiète le gouvernement ce sont notamment les phénomènes de « binge drinking », qui consiste à boire le plus d’alcool possible en un laps de temps le plus court, qui envahissent l’Europe.

L’objectif de ce projet de loi est de diminuer les publicités ou objets commerciaux qui incitent les mineurs à la consommation abusive d’alcool. En lignes de mire, les tee-shirts aux slogans tapageurs, les magasins offrant des bouteilles en édition limitée ou des flasques, des jeux à boire, des accessoires ou équipements dont le visuel ou la marque vont inciter les jeunes à boire. Tous ces produits commerciaux sont soumis à la législation pour freiner cette consommation excessive en hausse. Le but est de stopper les phénomènes de mode des jeux à boire, dangereux pour la santé aussi bien sur le moment qu’à long terme et stopper les cas de plus en plus nombreux de comas éthyliques.

 

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Sale temps pour l’alcool entre 1919 et 1933 aux États-Unis.

 

— EXEMPLE DE PROHIBITION AUX ETATS-UNIS
Mais cette loi prend les accents des discours pro-prohibitions, interdisant certaines pratiques de consommation d’alcool. Si cette loi vise la commercialisation et l’incitation à la consommation d’alcool, nous pouvons nous douter que d’autres lois visant directement les jeunes consommateurs pourraient être mises en place dans le même objectif. De telles sanctions contre la consommation d’alcool furent misent en place aux Etats-Unis entre 1919 et 1993. Le 18e amendement de la Constitution, ratifié le 29 janvier 1919, interdisait la production et la consommation d’alcool pour des raisons de santé publique et de moralité. Certains partis conservateurs, le Ku Klux Klan et d’autres moralisateurs avaient comme arguments d’apporter une plus grande moralité dans la vie quotidienne des citoyens américains, et de lutter contre le danger pour soi-même et pour autrui que représentait l’ivresse.

Le problème fut que ces interdits n’eurent pas les conséquences espérées. Nombre d’établissements ouvrirent des bars clandestins et le trafic d’alcool prit une ampleur phénoménale. Les jeunes fréquentaient les établissements illégaux vendant de l’alcool qui étaient devenus les endroits branchés des soirées à cette époque. Bien loin de déboucher sur une baisse de la consommation d’alcool, la prohibition poussait à une organisation illégale de trafic et revente d’alcool que le gouvernement ne gérait plus du tout. Et plutôt que de pouvoir contrôler les débordements liés à la consommation d’alcool, le gouvernement avait refoulé dans certains quartiers ce problème.

 

— UN PROJET DE LOI AMBIGU
Ce projet de loi vise à sanctionner toutes incitations à la consommation d’alcool des mineurs, face à un phénomène de société qui semble prendre de l’ampleur. Pourtant comme nous venons de le voir les sanctions vis-à-vis de la consommation d’alcool n’entraîne qu’un réseau illégal et non pas une baisse de la consommation. C’est un projet ambigu qui cherche toujours à sanctionner et à intervenir dans les libertés individuelles sans que l’on ait vu dans les mêmes mesures prises auparavant de grands résultats. D’autant plus que la loi vise l’incitation à la consommation des mineurs. Mais comment dans la pratique réussir à distinguer une consommation des mineurs et des adultes. Cette loi touche tout autant la libre consommation d’alcool des jeunes adultes. Les lois concernant la consommation d’alcool ont toujours été ambiguës entre la volonté de garantir une sécurité publique, la volonté de préserver la santé des mineurs et une atteinte aux libertés individuelles et aux choix de vie.

C’est aussi un projet ambigu qui intervient juste avant la période des festivals, l’ivresse dans la fête est toujours dénoncée comme un danger, une addiction. Le gouvernement cherche à changer cette image festive de l’ivresse et dénoncer une jeunesse de plus en plus alcoolisée. Pourtant si la jeunesse abuse en excès de l’alcool elle n’en abuse pas quotidiennement comme cela pouvait être le cas des générations antérieures.

Si la consommation excessive d’alcool est à un âge de plus en plus bas est un problème de société, ça ne semble pas être par une interdiction que cela va changer. Ce serait plutôt par un apprentissage, une prévention aux dangers de l’alcool face à des jeunes qui testent leurs limites et en proies à de nouveaux phénomènes de société. Les plus grands dangers auxquels sont soumis les plus jeunes sont de tester leurs limites. Il faudrait plus d’information et de prévention face à ce genre de phénomènes de modes, plutôt que de la restriction et de la sanction. Les jeunes vont toujours trouver un moyen détourné pour acheter de l’alcool et être ivre malgré les interdictions, c’est en leur expliquant les risques des abus et leur faisant prendre conscience de leur état ivre qu’une action sera plus efficace pour lutter contre ce phénomène de société.

 


Ce qu’il faut c’est sensibiliser les plus jeunes aux dangers de l’alcool, pour qu’ils apprennent à faire la fête modérément, ou du moins qu’ils soient conscients des effets de leur consommation.

Camille

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