Politique française : comment y voir plus clair ?
baptiste p 21 mars 2016

Temps de lecture : 5 minutes

En France aujourd’hui et depuis quelque temps déjà, il est devenu très compliqué de discerner les clivages qui distinguent nos personnalités politiques. Un réel climat de confusion règne : les discours disent une chose et les actes produisent souvent l’inverse une fois au pouvoir. Pour autant nous n’avons jamais autant cherché à savoir et à comprendre. On manque seulement de repères pour appréhender et discerner les vrais clivages.  Essayons d’y voir plus clair.


 

—LE PS EST DEVENU UN PARTI DE DROITE ?
On a pris l’habitude depuis des années de résonner en terme de « droite /gauche ». Et, de plus en plus, on constate que ces critères de différenciation semblent complètement inadaptés. En effet, dans les inconscients collectifs, la gauche est, en théorie, du côté des travailleurs, de la classe laborieuse (et de ce qui les protège : le code du travail), pour le service public et contre le grand capital, celui du CAC40. Force est de constater, pour prendre l’exemple le plus flagrant que l’on ait sous la main, que des personnes élues par un électorat de gauche sur un programme de gauche n’en font rien. Le Parti Socialiste, par ses deux François en sont le parfait exemple. Les deux grands (par la taille) partis politique semblent être des jumeaux aux caractères différents poursuivant un but commun : le pouvoir. Dans cette vidéo, le journal Fakir, par l’intermédiaire de son rédacteur en chef et créateur François Ruffin nous explique depuis quand le PS est passé à droite.

 

 

En 1983 le choix qui a été fait, donc, c’est le choix du système monétaire européen (en gros, l’euro) et du « réalisme économique ». Sous-entendu qu’il n’y aurait pas d’autre alternative possible puisque le réel c’est eux. Que toute alternative ne serait qu’utopie, démagogie ou encore populisme. En se livrant à cette religion, la France est rentrée dans un système au sein duquel elle n’a plus de souveraineté monétaire. Sans cette souveraineté aucune politique de relance du pouvoir d’achat ou de renforcement du service public n’est possible. Les divergences qui existent au sein même du PS, notamment par l’intermédiaire d’un Gérard Filoche (membre du bureau national du PS et connu pour son coup de gueule au lendemain de « l’affaire Cahuzac »), n’arrangent rien au climat de confusion qui règne. Cette fameuse « aile gauche » du PS ne semble pas avoir le moindre poids au sein de son propre parti.

 

On croit des fois ouvrir une parenthèse, chers camarades. Et puis on s’aperçoit que c’est un virage. Et si nous ne réagissons pas, bientôt il prendra la figure du destin.

J-P.Chevènement à propos du tournant politique du PS en 1983.

 

Depuis ce tournant, les leaders des partis traditionnels de la scène politique française suivent la même trajectoire. Ces deux frères ennemis, que sont le PS et Les Républicains (anciennement UMP), n’ont alors comme seule divergence que de briguer la même place, celle du souverain. Tous deux s’inscrivent dans un projet où la première des souverainetés, la souveraineté monétaire, n’est plus entre des mains publiques (et donc dans l’intérêt du plus grand nombre) mais privées (et donc dans l’intérêt d’un petit nombre).

 

—MONDIALISME CONTRE SOUVERAINETÉ NATIONALE ?
Pour y voir plus clair, il faudrait donc légèrement revoir les repères nous permettant les clivages politiques. C’est dans ce sens que Anthony Rêveur, l’auteur de cet article paru sur agoravox, a travaillé. Et quel travail ! Il en sort un schéma basé sur deux axes : le mondialisme face à la souveraineté nationale et la souveraineté populaire face à l’oligarchie. Voici le résultat :

 

Politique-française-comment-y-voir-plus-clair-1
L’échiquier politique français selon l’axe Démocratie/Oligarchie ; Souveraineté nationale/Mondialisme

 

Au-delà des noms présents sur le schéma, c’est le choix des axes qui est très pertinent. La souveraineté nationale n’est pas compatible avec le mondialisme et l’oligarchie empêche la démocratie. Ce que l’auteur a voulu montrer en bas à droite de son schéma c’est la « bulle » néo-libérale. Cette bulle essaie d’incarner « l’avis moyen », l’avis des fameux experts, ceux que l’on retrouve sur les plateaux télé pour expliquer la réalité économique, en bref c’est l’avis que les médias traditionnels dépeignent comme le plus acceptable. Or, sur cet axe (au-dessus), cet avis n’est pas vraiment « moyen », il est même extrême !

Ce processus qui a permis à l’idéologie néolibérale de devenir la norme acceptée, Alain Deneault l’explique très bien dans son livre La Médiocratie, paru en 2015 :

Ce régime est en réalité dur et mortifère, mais l’extrémisme dont il fait preuve se dissimule sous les parures de la modération, faisant oublier que l’extrémisme a moins à voir avec les limites du spectre politique gauche-droite qu’avec l’intolérance dont on fait preuve à l’endroit de tout ce qui n’est pas soi. N’ont ainsi droit de cité que la fadeur, le gris, l’évidence irréfléchie, le normatif et la reproduction. Sous les auspices de la médiocratie, les poètes se pendent aux confins de leur désarroi appartemental, les scientifiques de passion élaborent des réponses à des questionnements que nul n’entretient, les industriels de génie construisent des temples imaginaires tandis que les grands politiques soliloquent dans des sous-sols d’église. C’est l’ordre politique de l’extrême centre.

Certains vont jusqu’à penser que cet extrême centre, dans lequel nous n’avons comme seul choix « La peste ou le choléra », n’est ni plus, ni moins, qu’un fascisme.

 

—LE TERRAIN MÉDIATIQUE COMME LIEU DE BATAILLE
Dans ce régime de l’extrême centre, seules les personnalités portant les idées de celui-ci peuvent exister sur la scène médiatique traditionnelle. Ces médias laissant pour compte d’autres personnalités portant des idées ou des projets riches, construits et argumentés.

 

Frédéric Lordon
Frédéric Lordon

 

C’est le cas d’un économiste tel que Frédéric Lordon, qui, en 2015 était sur le plateau de Mediapart pour débattre pendant près d’une heure sur le sujet de l’Europe. Si jamais vous souhaitiez en savoir plus sur cet intellectuel à la double casquette économiste/sociologue ne comptez pas sur les médias traditionnels, cherchez par vous-même !

 

Politique-française-comment-y-voir-plus-clair-3
Tract UPR aux dernières élections régionales

 

Présent sur le schéma exposé précédemment dans l’article, l’UPR est un parti politique vivant une réelle éviction médiatique. Pour résumer leurs revendications rapidement : sortie de l’UE, de la zone Euro et de l’OTAN. Ces revendications sont expliquées longuement dans des conférences que le créateur de ce parti, François Asselineau, réalise à travers la France. Il enregistre aussi régulièrement des entretiens d’une heure dans lesquels il commente l’actualité.

 


Comment se fait-il que seule une partie de la sphère politique bénéficie d’un traitement médiatique digne de ce nom. La complaisance sur le sujet de l’Union Européenne est-elle la clef qui permet à une personnalité d’obtenir l’assentiment des médias traditionnels ? Comment une telle situation a pu être rendue possible ? Autant de questions qui mériteraient des réponses. Ne comptons que sur nous-même pour les obtenir.

 

 

baptiste p

7 Comments

  1. Je suis militant UPR, et je compléterais ta phrase  » Autant de questions qui mériteraient des réponses. Ne comptons que sur nous-même pour les obtenir. »

    Il ne faut pas se contenter de cela. Il faut aussi propager les réponses qu’on a trouvé, favoriser le débat.

    J’ai pris il y a deux mois la responsabilité de l’UPR sur ma ville. Maintenant, j’ai une équipe de 10 militants actifs, et j’organise des tractages toutes les deux semaines, ainsi que des réunions où des militants discutent avec les curieux. De plus mon équipe grossit, je pourrais bientôt faire des tractages sur plusieurs marchés et autres lieux en même temps, et je devrais trouver un nouveau café pour avoir plus de places pour les visiteurs.

    Je ne changerais pas les choses au niveau national, mais au niveau local, je peux faire quelque chose, et dans tous les départements, nous commençons à procéder dans ce sens, à développer des équipes militantes pour aller voir les gens qui ne songent pas à chercher ailleurs, à les pousser à s’interroger. J’encourage donc les lecteurs à s’engager, à agir, à rejoindre une équipe ou à en créer une relative aux idées qu’ils veulent défendre, car si eux ne s’impliquent pas dans les choix politiques du pays, d’autres le feront.

    Je vais être un peu cru, mais il va falloir se sortir les doigts du c** si on veut réussir à fonder une vraie démocratie, car personne ne mènera ce combat pour nous.

  2. Bonjour,
    Je suis adhérent et militant actif, UPR également. C’est un travail de longue haleine, mais c’est un travail payant. Il n’y a qu’a jeter un oeil sur le compteur du nombre d’adhérents qui grimpe tous les jours.
    Il y’a des barrières psychologiques difficiles à rompre alors je profite de cet article pour faire un retour d’expérience. Nous avons rencontré François Ruffin la semaine dernière dans le cadre d’une projection du film « Merci Patron » suivie d’un débat avec le public et nous avons constaté que, si le bonhomme est généreux et son action tout à fait remarquable, il semble rester encré dans un clivage traditionnel Droite-Gauche.
    Ce clivage traditionnel, d’autres militants l’ont rencontré déjà, ils en ont témoigné. Nous avons réfléchi à la question, et prodiguons le conseil suivant à tous ceux qui souhaitent nous faire connaitre et « prêcher la bonne parole » UPR : si vous rencontrez quelqu’un dont l’esprit est verrouillé dans le clivage « Droite-Gauche », appréhendez le sujet avec la question suivante: je rappelle: c’est une réflexion/un avis ! On a le droit de ne pas être d’accord.
    « Comment analyseriez vous la situation d’un pays qui a perdu sa Souveraineté Nationale, Monétaire, Economique, Militaire, Territoriale, et qui vit sous le joug d’une tierce partie qui prend pour ce pays toute décision ? => Est on aujourd’hui et selon vous dans une situation politique normale (clivage Droite-Gauche et leurs dérivés) ? Ou est-on sous une certaine forme d’occupation ? » Dans le 1er cas (Clivage Traditionnel), si l’interlocuteur en reste là … on ne peut s’attendre à grand-chose. En revanche s’il adhère au 2d cas (l’occupation)… c’est là que tout le rapprochement avec le CNR prend son sens, et que la notion de parti de rassemblement prend de l’importance. Ca permet une introduction intéressante de l’UPR, l’histoire permettant d’étayer vos propos.

    Amicalement,
    M

    1. Bonjour,
      Il est vrai que François Ruffin reste ancré dans ce schéma traditionnel « Gauche/Droite » mais cet ancrage a le mérite de remettre les mot à leur place! N’est pas la gauche qui veut, il faut les actes qui vont avec.
      En tout cas, merci d’apporter votre regard sur l’article, je suis depuis quelques temps déjà l’UPR (avec la neutralité) et je constate une réelle montée en puissance de ce parti, qui existe quand même depuis 9 ans (aujourd’hui), au cours de cette année. Votre engagement est noble, continuez ainsi si vous pensez la cause juste.

  3. Bonjour,

    Tout d’abord merci pour votre article très rafraîchissant !
    Je voudrais juste signaler l’existence d’un personnage qui vit, à l’instar de beaucoup d’autres, une éviction médiatique : Jacques Cheminade. Je ne suis pas militant mais je suis au courant de leurs activités sur Rennes notamment et son parti (Solidarité et Progrès) mériterait une place, je pense, sur votre graphique car leurs idées s’efforcent de sortir du cadre médiatico-politique ordinaire, et la personnalité de Jacques Cheminade va tout de même beaucoup plus loin que ce que les médias ont bien voulu présenter lors de ses 2 campagnes présidentielles. En outre, il fait l’ENA et connaît donc suffisamment le système économique mondial pour en étaler tous les défauts !
    Voilà, je trouvais juste que son nom manquait :)
    Encore merci !
    TP

    1. Bonjour,

      merci pour les encouragements, ça fait énormément plaisir!
      Votre remarque sur Jacques Cheminade est très pertinente, il est vrai qu’il fait parti de ces politiques (peu importe le bord) qui sont totalement boycottées par le système médiatique. Je ne suis pas l’auteur de schéma donc pas responsable non plus de son absence sur celui-ci…Quoiqu’il en soit avec la toute dernière réforme (http://www.atlantico.fr/decryptage/reformes-ps-pour-moderniser-regles-presidentielle-ou-comment-confisquer-democratie-maxime-tandonnet-2411685.html) sur l’élection présidentielles, le boycott général n’est pas près de changer, bien au contraire…
      Merci pour les encouragements, en espèrant vous revoir sur ALCHIMY!

  4. Et bien, c’est désespérément vide en bas à gauche. Personne pour désirer une humanité commune et démocratique ? Penser que la (vrai) démocratie sera plus facile à réaliser dans le cadre national me semble une illusion. La démocratie (la vrai, collaborative) se construit d’abord il me semble LOCALEMENT, puis par percolation sur les structures englobantes. Il est impossible de construire des structures réellement démocratiques et humainement gérables au delà d’une CENTAINE de personnes. Condition pour créer de l’empathie entre les individus, permettre le débat, l’expression de tous…
    Au delà, il faut segmenter et construire des mécanismes de délégation adéquat (sociocratie, assemblées de contrôle tirées au sort, révocation, reddition des comptes…)

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *