Pourquoi Palmyre a été la cible de Etat Islamique ?
Barbara 25 avril 2016

Temps de lecture : 4 minutes

L’armée russe a annoncé cette semaine avoir achevé le déminage du site de Palmyre, délivré de l’Etat Islamique par l’armée syrienne au mois de mars. Si cette nouvelle réjouit le monde, revenons en détail sur les événements qui s’y sont déroulés et sur l’importance de ce site antique. Pourquoi Palmyre a-t-il été la cible du groupuscule armé Etat Islamique ?


 

Situé en Syrie à près de 200 kilomètres au nord de Damas, Palmyre est localisé sur un axe stratégique : celui qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l’Irak. Au moment de sa prise, cela offrait un contrôle par l’Etat Islamique de « désormais plus de 95.000 km² en Syrie, soit 50% du territoire du pays », selon l’OSDH, l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. Mais le contrôle par le groupuscule de ce site vieux de plus de 2.000 ans, et inscrit par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité en 1980, a tout d’abord fait craindre pour le sort de ses célèbres ruines, connues pour leurs colonnes romaines torsadées et leurs tours funéraires. Des craintes qui se sont révélées avérées puisque des temples ont été littéralement détruits, comme, par exemple, celui de Baalshamin.

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ISIS Bombs Ancient Temple Baalshamin. Crédit photo : Blouinart info

 

— DÉTRUIRE L’IDENTITÉ SYRIENNE
Ce temple était l’un des joyaux du site archéologique syrien. Construit en l’an 17, il a été détruit par l’Etat Islamique et désormais, n’existe plus. L’UNESCO qualifie cet acte de crime de guerre puisque la destruction de monuments et de sites du patrimoine constitue, en vertu de la convention internationale de la Haye érigée en 1954, un crime de guerre. D’après Eric Gubel, le directeur des musées royaux d’art et d’histoire, « cet acte traduit l’intolérance des jihadistes. Ce temple est un symbole de la tolérance. Après la conquête du Proche-Orient antique par les Romains, ces derniers ont respecté les croyances locales de chacun et la population avait le droit de vénérer ses dieux, divinités. On a affaire à une victoire de l’intolérance sur la tolérance ».

Une autre explication se trouve dans les références historiques du temple : ce lieu de culte évolue au sein de l’histoire et baalshamin a été transformé en église au Vème siècle, comme cela arrivait d’ailleurs souvent à l’époque. En tentant par conséquent d’imposer leur vision rigoriste et erronée de la religion et du culte, il s’agissait en réalité de prendre pour cible un symbole de tolérance.

 

— UN TRAFIC D’ANTIQUITÉS
Parmi les explications des archéologues et des spécialistes du conflit syrien, l’Etat Islamique établirait une stratégie en tentant d’effacer l’histoire et l’identité du peuple syrien, et de supprimer tous les signes d’idolâtrie (monuments, mausolées ou statues bâtis il y a plusieurs siècles pour prier d’anciennes divinités) présents sur le territoire, puisque cela les met en conflit par rapport à leur système de croyance. Au-delà d’avoir ravagé une partie du patrimoine, Khaled al Assad, l’ancien chef des antiquités avait été décapité pour avoir refusé de révéler l’emplacement de trésors. Cette mort a soulevé un autre problème à Palmyre : en effet, selon certains spécialistes, l’Etat Islamique utiliserait surtout les trésors archéologiques comme moyen de financement en les vendant sur le marché noir. Selon la CIA, la contrebande d’antiquités aurait déjà rapporté à l’organisation islamique entre 6 et 8 milliards de dollars.

 

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Image mise à disposition le 2 juillet 2015 par un organe de propagande islamiste, « Weyalat Halab », et présentée comme la destruction d’antiquités à Palmyre. Crédit photo : HO / WELAYAT HALAB / AFP

 

— VERS UNE RECONSTRUCTION
Le 7 mars 2016, les militaires de Bachar El-Assad lançaient une offensive sur le site de Palmyre, devenu désormais symbole de la barbarie de l’Etat Islamique, aidés par le Hezbollah libanais et des unités spéciales russes, venus en renfort et appuyés par l’aviation russe. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, ils sont ainsi entrés à l’est de Palmyre et la « perle » antique du désert syrien a été reprise par les troupes de Bachar al-Assad, le 25 mars dernier.

«L’armée a découvert hier un charnier comprenant les restes humains de 24 civils, dont trois enfants, et de 18 militaires», a indiqué à l’AFP samedi une source militaire syrienne. Pourtant, «l’EI a exécuté en totalité au moins 280 personnes durant son occupation de Palmyre», a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’ Observatoire syrien des droits de l’Homme.

Les autorités estiment qu’il faudra cinq ans pour restaurer les monuments détruits, mais les scientifiques sont déjà à l’œuvre pour reconstruire ce patrimoine perdu. Ainsi, on peut retrouver à la World Heritage Week de Londres, une reconstruction du modèle exact de l’Arche de Palmyre, de quoi donner à l’Humanité un espoir de reconstruire à l’infini ce que l’obscurantisme s’efforce d’éliminer.

 

Une copie à l’échelle 2/3, de 6 mètres de haut et pesant 11 tonnes, devant la National Gallery (Londres).
Barbara

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