Notre sélection des meilleurs films de 2015
Alex 15 janvier 2016

Temps de lecture : 16 minutes

Ah, les tops. Certains dénigrent l’exercice comme une simplification de la forme de la critique de cinéma, mais pour ma part je suis plutôt de l’avis que ça permet de fixer un moment, une année, dans le temps. Cela permet à la fois de faire acte de mémoire, de se rappeler ce que l’on a vu, ce que l’on a aimé, mais aussi de prendre du recul des années plus tard sur ce que l’on aime peut-être moins, ce que l’on a fini par apprécier, voir des films que l’on avait manqués qui finalement se sont avérés géniaux. L’année 2015 n’était pas excellente, mais nous a quand même gratifiés de quelques beaux moments de cinéma. Voici donc, sans plus attendre, les meilleurs films de 2015, en toute subjectivité bien sûr.


 

Mentions honorables :

 

© Disney/Lucasfilm Ltd. — Star Wars : The Force Awakens (Daisy Ridley)
© Disney/Lucasfilm Ltd. — Star Wars : The Force Awakens (Daisy Ridley)

STAR WARS : THE FORCE AWAKENS (Le réveil de la force)

Le jury délibère encore sur celui-là, est-ce une belle continuation de la saga, un digne héritier des films originaux de Lucas se tenant fièrement sur ses propres mérites, ou un simple produit marketing comme Hollywood en produit des centaines par an, simplement affublés d’un label qui a l’énorme avantage d’être le plus prestigieux des labels ? La réponse se situe à mon avis entre ces deux extrêmes, bien que je ne saurais encore exactement dire vers lequel la balance penche. Malgré cela, reste que cet Épisode VII, réalisé par un J.J. Abrams toujours de tous les bons coups, est immensément fun, et les quelques superbes nouveaux personnages ici présentés redonnent confiance en une franchise qui nous avait, il faut bien le dire, déçus grandement dans les années 2000.

 

© Paramount Pictures — Mission Impossible : Rogue Nation (Rebecca Ferguson)
© Paramount Pictures — Mission Impossible : Rogue Nation (Rebecca Ferguson)

MISSION IMPOSSIBLE : ROGUE NATION

J’ai un faible indéniable pour la série des Mission: Impossible. À l’exception du deuxième épisode complètement risible, la série produite par Tom Cruise a toujours donné lieu à de solides films d’action, le pinacle restant le premier épisode de Brian De Palma, l’une des pierres angulaires du cinéma d’action des années 1990, talonné de près par l’ébouriffant quatrième opus de Brad Bird, puis par ce petit dernier. Certes, si la surprise n’est plus vraiment, réellement, au rendez-vous, ce Rogue Nation parvient sans problème à enterrer tout un tas de blockbusters d’action actuels sans grand effort, reléguant notamment les poussiéreux et poussifs James Bond récents aux oubliettes. Pas incongru, mais grandement jouissif.

 

© Universal Pictures — Crimson Peak (Jessica Chastain)
© Universal Pictures — Crimson Peak (Jessica Chastain)

CRIMSON PEAK

Depuis que Guillermo del Toro a annoncé vouloir adapter Les Montagnes Hallucinées au cinéma il semblerait que sa filmographie depuis lors ait été un long travail ardu pour prouver aux studios que oui, il savait rendre tout rentable, et en plus en rendant des produits de qualité. Après Pacific Rim qui s’attaquait au genre mecha jusqu’alors très mal servi par Hollywood avec un brio ahurissant, Del Toro réalise ici son film Hammer, costumes, décors et atmosphère à l’appui. Entre les performances grandiloquentes (mais jamais fausses) des trois acteurs principaux et un refus du classicisme scénaristique qui clashe violemment et délicieusement avec son adhérence esthétique aux standards du film d’horreur gothique anglo-saxon des années 50, on est ici en présence d’un film qui, s’il n’est certes pas à la hauteur de ce que sait faire son metteur en scène, prouve que même dans ses œuvres mineures Del Toro reste plus doué que des centaines d’autres réalisateurs.

 

© Sony Pictures — Irrational Man (Joaquin Phoenix, Emma Stone)
© Sony Pictures — Irrational Man (Joaquin Phoenix, Emma Stone)

IRRATIONAL MAN (L’homme irrationnel)

Au vu de la carrière déjà bien remplie de Woody Allen il serait insensé de vouloir qu’il se réinvente maintenant, ce qu’il ne cherche après tout pas à faire, mais ses derniers films dénotaient une tendance vers l’optimiste béat qui commençait à m’inquiéter sévèrement. Alors certes, il a déjà exploré les thèmes de cet « homme irrationnel » ailleurs, et mieux (dans Crimes et Délits ou encore Match Point, pour ne citer qu’eux) mais Joaquin Phoenix est parfait dans ce rôle de professeur alcoolique et narcissique commettant le crime parfait mais au final incapable, dans sa profonde hypocrisie, d’en assumer pleinement les conséquences ; et Emma Stone continue à se constituer une carrière de plus en plus solide dans des rôles toujours variés, son personnage d’étudiante brillante, optimiste et un brin ingénue étant ici le parfait opposé de son personnage neurasthénique dans Birdman

 


 

Top 10 :

 

© 20th Century Fox — The Martian (Matt Damon, Jessica Chastain, Kate Mara)
© 20th Century Fox — The Martian (Matt Damon, Jessica Chastain, Kate Mara)

#10 – THE MARTIAN (Seul sur Mars)

Je l’ai dit, je le redirai et je le redirai encore car je ne le dis jamais assez : Ridley Scott n’est à l’aise que lorsqu’il fait de la science-fiction. Depuis qu’il a réalisé l’indispensable Blade Runner (et le très influent Alien), sa carrière n’a été qu’une longue descente en spirale de plus en plus violente, à la seule exception du très beau Thelma & Louise. Et, alors qu’il était définitivement au fond du gouffre, il pond le très débile mais extrêmement fun Prometheus, pour enchaîner sur ce qui est sans doute aucun son meilleur film depuis le susnommé Blade Runner. The Martian est un film de science-fiction intelligent et drôle, verbeux mais jamais chiant, optimiste sans être gnangnan, et qui parvient à être captivant presque sans montrer une seule scène d’action et sans jamais avoir recours à aucun des clichés scénaristiques habituels d’Hollywood dans ce genre de films (le traître que l’on pense voir n’arrive jamais, par exemple). C’est aussi un film sur les joies de la science, et qui donne sérieusement envie d’aller embrasser des ingénieurs de la Nasa. En bref, c’est vraiment cool.

 

© Production I.G. — Ghost in the Shell : The New Movie (Maaya Sakamoto, Kenichirô Matsuda)
© Production I.G. — Ghost in the Shell : The New Movie (Maaya Sakamoto, Kenichirô Matsuda)

#9 – GHOST IN THE SHELL : THE NEW MOVIE

Adaptation en long métrage cinématographique de la série d’OAV Arise, sortie en 2013 et 2014, ce nouveau film au titre d’une débilité rare est malgré cela l’un des moments d’animation les plus excitants de cette année. Certes, il n’amènera certainement pas de nouveaux publics vers la franchise (sans avoir vu Arise, le film n’a pas énormément de sens, étant donné que le scénario est la suite de l’un des quatre épisodes) mais en même temps ce n’est clairement pas l’idée. Ici, on vise le cœur de cible de la franchise, avec à nouveau une complexe histoire de manipulation politique portant en son sein les réflexions habituelles sur l’identité, le transhumanisme ou encore la technologie (et ses laissés pour compte), sujets qui résonnent avec d’autant plus de force dans un paysage politique et économique en pleine mutation. Les changements apportés au personnage du Major, déjà présents dans la série, restent un minuscule point de contention pour moi (j’ai toujours un peu de mal à m’y faire, que ce soit au niveau du redesign ou de la personnalité, très différents des autres adaptations), surtout étant donné que les autres personnages restent plus ou moins fidèles à eux-mêmes. Et si Cornelius reste loin derrière Yôko Kanno ou Kenji Kawai au niveau musique, le mélange de scènes d’action hyperactives et de discussions cérébrales et alambiquées qui font la marque de la série fonctionne toujours aussi efficacement.

 

© Disney/A113 Production — Tomorrowland (Britt Robertson)
© Disney/A113 Production — Tomorrowland (Britt Robertson)

#8 – TOMORROWLAND (À la poursuite de demain)

Le dernier né de Brad Bird, co-écrit avec le toujours atypique (et régulièrement brillant) Damon Lindelof, a eu une carrière tumultueuse. Boudé injustement et inexplicablement à la fois par la critique et le public, il a subi un sort similaire à celui d’un autre film live d’un transfuge de Pixar, le John Carter d’Andrew Stanton, au demeurant un excellent film d’aventure ayant été lui aussi complètement sabordé par les équipes marketing de Disney qui semblent ne pas savoir vendre quoi que ce soit qui n’appartienne pas déjà à une franchise reconnue. Toujours est-il que, malgré ses défauts qui peuvent surtout se résumer à une structure bancale et un aspect fourre tout et un peu bordélique au premier abord, Tomorrowland est un film d’idées et de convictions fortes, et surtout un film qui va à l’encontre et réfute même totalement la manie actuelle d’Hollywood, une sorte de loup dans la bergerie, se drapant de l’habit réconfortant d’une ancienne attraction de parc Disney pour mieux faire passer son message de volontarisme et de persévérance allant totalement à l’encontre du marasme ambiant. Quelques séquences sont tout simplement à couper le souffle, en tête la scène de Casey visitant virtuellement la ville du titre à l’aide d’un simple pins. Une belle fable venue de l’esprit d’un réalisateur qui continue son sans faute dans son coin, envers et contre tout (et tous).

 

© Sacher Film — Mia Madre (Nanni Moretti, Margherita Buy)
© Sacher Film — Mia Madre (Nanni Moretti, Margherita Buy)

#7 – MIA MADRE

Drame intimiste au rythme calme, presque lancinant, le dernier film de Nanni Moretti raconte la mort de sa mère par un subterfuge intéressant, le réalisateur/acteur se mettant ainsi en scène dans un rôle autre que le sien, laissant à Margherita Buy le soin de porter cette histoire. Le scénario est simple, mais c’est la qualité de l’interprétation, la force des scènes et la beauté de sa mise en scène qui élèvent Mia Madre au delà du simple drame familial. Le film mêle ainsi son histoire de deuil avec celle du tournage d’un film dans le film, contrepoint à la fois plus léger, plus humoristique mais aussi plus caustique que le reste, notamment grâce à la présence de John Turturro en mode cabotinage de l’extrême dans son rôle d’acteur américain insupportable et imbu de sa personne. S’il n’est pas le meilleur de son auteur, Mia Madre est tout de même un de ces drames dont le poids émotionnel reste à l’esprit de nombreuses semaines durant.

 

© Warner Bros. Pictures — Mad Max : Fury Road (Tom Hardy, Charlize Theron)
© Warner Bros. Pictures — Mad Max : Fury Road (Tom Hardy, Charlize Theron)

#6 – MAD MAX : FURY ROAD

George Miller est peut être le seul cinéaste (à l’exception de Don Coscarelli ou des Wachowskis) à être parvenu à garder les rênes d’une série durant tous ses opus. Ramenant sa saga post-apocalyptique Mad Max de l’au-delà du dôme du tonnerre, il revient ici plus en forme que jamais avec Fury Road. Si je ne devais avoir qu’une grosse (énorme) critique à l’encontre du film c’est que la musique, réalisée par un tâcheron quelconque échappé de Remote Control, est atroce à tous les niveaux, et finit par donner véritablement mal à la tête. Nonobstant cela, Fury Road reste un film d’action dantesque, brutal, viscéral et dont il est impossible de détacher les yeux. Alors que le scénario est hyper simple, Miller réussit à faire des merveilles en restant concentré sur ce qu’il sait faire de mieux, transformant ce qui ne devrait être qu’une simple traversée du désert à la destination incertaine en véritable épopée homérique, nous livrant du même coup ce qui est sans conteste le meilleur film d’action pur de ces dernières années. Charlize Theron s’élève sans problème au-dessus de tout le reste du cast et livre sa meilleure performance depuis Monster, donnant vie et couleurs au personnage intense de l’impératrice Furiosa.

 

© Asmik Ace Entertainment — Love & Peace (Toshiyuki Nishida)
© Asmik Ace Entertainment — Love & Peace (Toshiyuki Nishida)

#5 – LOVE & PEACE

La plus récente production de Sion Sono, réalisateur japonais inventif, prolifique et barré (comparable à Takashi Miike mais plus constant au niveau qualité), est un film totalement inclassable. Est-ce une comédie musicale dramatique ? Un film de kaiju ? Un conte de Noël ? Une comédie romantique ? C’est un peu tout ça et rien de tout cela à la fois. L’histoire de Ryoichi, petit employé de bureau soudain catapulté vers la gloire grâce à une chanson aux paroles inspirées par une tortue, et des péripéties de cette tortue lorsqu’elle rencontre un étrange vieillard, habitant dans les égouts, entouré d’une ménagerie de jouets vivants, est vraiment quelque chose qui ne se résume pas facilement et qui ne fait de toutes façons pas justice au délire créatif, visuel et sensoriel qui est déroulé devant les yeux des spectateurs incrédules. Tout à la fois critique du consumérisme, de l’industrie musicale et du patriotisme aveugle, le film n’est pourtant jamais moralisateur ni ennuyeux, mais parvient à garder tout au long un niveau d’énergie et de bizarrerie qui est purement admirable. Porté par un trio d’acteurs inspirés, Love & Peace est l’une des plus grosses surprises de cette année et assurément l’une des productions les plus inventives qu’il m’ait été donné de voir récemment.

 

© Disney/Pixar — Inside Out (Bill Hader, Amy Poelher, Phyllis Smith, Lewis Black, Mindy Kaling)
© Disney/Pixar — Inside Out (Bill Hader, Amy Poelher, Phyllis Smith, Lewis Black, Mindy Kaling)

#4 – INSIDE OUT (Vice-Versa)

Il est ironique qu’en livrant leur meilleur film depuis des années, Pixar ait également livré en cadeau bonus la pire chose qu’ils aient jamais commise. Le court-métrage en question, Lava, servi en guise d’amuse-gueule, est si absurdement nul que ça en deviendrait presque drôle. Mais le plat de résistance, lui, est une vraie réussite. On suit ici Riley, gamine venant de déménager de sa ville natale vers San Francisco, dans une nouvelle école, loin de ses amis, loin de ses loisirs, et les émotions à l’intérieur de son cerveau se retrouvent en pleine crise existentielle lorsque deux d’entre elles, Joie et Tristesse, vont se paumer dans les fins-fonds de la boîte crânienne, loin du poste de commande où elles sont censées officier. Si le concept en soi est fascinant, c’est ce que Pixar en fait qui rend encore une fois ce qui aurait pu être un simple exercice de style en histoire poignante et personnelle. Le talent des équipes de la firme n’est plus à prouver, mais après quelques années de ratages relatifs, il fait bon de rappeler qui c’est le patron. Et en l’absence de Ghibli et de Miyazaki, absence qui va se faire de plus en plus ressentir au fil des années (pendant que j’écris cette phrase, Colère est en train de taper du pied, irascible, dans mon poste de contrôle à moi), cette piqûre de rappel était plus que grandement nécessaire. En un mot comme en cent, Inside Out est une de ces rares histoires véritablement universelles, que je conseillerai à absolument tout le monde sans distinction d’âge, de sexe, d’origine ou de nationalité…

 

© Diaphana Films — Réalité (Alain Chabat)
© Diaphana Films — Réalité (Alain Chabat)

#3 – RÉALITÉ

Si preuve en était que, en matière de cauchemars filmés, Hollywood est vraiment très peu inventif, il suffit de voir Réalité pour s’en convaincre. Avec son dernier en date, Quentin Dupieux parvient à faire ce à quoi jusqu’ici seuls de très rares cinéastes (à part David Lynch) sont parvenus : donner le sentiment d’être coincé dans un rêve. Si Inception donnait surtout le sentiment d’être dans le cerveau d’un mauvais écrivain de fanfics de James Bond, Réalité parvient pendant toute la durée de son métrage à nous plonger dans un état second, quasi-hypnotique, qui nous emmène de plus en plus loin à la poursuite du lapin blanc. Alain Chabat (dans son meilleur rôle… tout court, à mon avis) joue ici Jason Tantra, un cameraman voulant devenir réalisateur, et qui vient un matin pitcher son idée de script (au demeurant catastrophiquement mauvaise) à un producteur de Los Angeles passablement dérangé. Ce qui s’en suit est un long processus incantatoire et hallucinatoire d’imbrication dont il est impossible de démêler le vrai du faux, la réalité de l’illusoire, et c’est un exploit que le film, étant donné sa structure éclatée, soit aussi drôle. L’humour provient ainsi de sa galerie de personnages aussi improbables qu’inquiétants, ce qui est également dû à la qualité du casting général. Certaines séquences (notamment une scène mémorable dans une cabine de projection) donnent lieu à un vertige filmique tel qu’on le ressent rarement au cinéma de nos jours, et la répétition incessante du même morceau de Philip Glass ajoute au mélange à la fois pince-sans-rire et limite expérimental du tout. Ce serait probablement le trip de l’année… sans le numéro 1 de ce top.

 

© Dimension Films — It Follows (Maika Monroe, Lili Sepe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi)
© Dimension Films — It Follows (Maika Monroe, Lili Sepe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi)

#2 – IT FOLLOWS

Le problème quand on est un fan de films d’horreur et qu’on est un minimum exigeant c’est qu’il faut bien reconnaître que la période actuelle n’est pas forcément la meilleure dans le domaine. Pourtant, on constate souvent quelques productions, souvent indépendantes, qui sortent du lot. Si l’année dernière c’était The Babadook, cette année It Follows remporte haut la main les honneurs. Superbement réalisé, au scénario original tout en étant étrangement familier, le film de David Robert Mitchell est également le premier film d’horreur depuis des années à être véritablement effrayant et pas juste un amoncellement de scènes gores sans queue ni tête ni intérêt. Les longs plans panoramiques, s’ils sont simplement intrigants au début, finissent par appeler à mettre en éveil tous les sens du spectateur au fur et à mesure que l’histoire se dévoile, et l’on se surprend à chercher frénétiquement du regard l’arrière plan de chaque scène, chaque décor, filmé de façon à maximiser le jeu sur les perspectives qui donnent au film ce sentiment paradoxal de gigantisme (même les plans en environnements urbains semblent s’étendre à l’infini) et d’isolation. Le casting est complètement réussi, et c’est d’autant plus remarquable qu’il est constitué à 100% de parfaits inconnus. Et pour couronner le tout, la musique de Rich Vreeland colle parfaitement à l’atmosphère instaurée par le réalisateur et catapulte ce qui est déjà un excellent film dans la cour des grands. It Follows est un futur classique du genre.

 

© Warner Brothers Pictures — Inherent Vice (Joanna Newsom, Joaquin Phoenix, Katherine Waterston)
© Warner Brothers Pictures — Inherent Vice (Joanna Newsom, Joaquin Phoenix, Katherine Waterston)

#1 – INHERENT VICE

Il m’est très difficile de décrire exactement pourquoi Inherent Vice me plaît autant. J’ai essayé, j’ai commencé une critique que je nʼai jamais terminée et qui je crois dépasse déjà les 4 000 mots. Je vais donc essayer ici dʼêtre concis, tout en sachant quʼil mʼest impossible de faire justice à lʼexpérience qu’il représente. Lʼhistoire, impossible à résumer et pire encore à expliquer, évoque à la fois les classiques du film noir et leurs déconstructions (on pense à la fois à Hammett et à Chinatown), mais est surtout un prétexte pour enchaîner les portraits de personnages hauts en couleurs, qui sʼentrechoquent violemment dans une sorte de farandole à la fois triste et hallucinée, proposant une vision tout à la fois idéalisée et cauchemardesque du Los Angeles du début des années 1970, étrange vivier peuplé de malfrats, trafiquants en tout genres et policiers crapuleux, tous à des degrés de défonce plus ou moins avancés. Le Doc Sportello de Joaquin Phoenix constitue de fait notre fenêtre dʼentrée vers ce monde aperçu comme à travers les lunettes bicolores du Dr Jacoby, et essaie tant bien que mal de représenter une voix de la raison, certes imparfaite, dans un univers impitoyable et glaçant. Le complot central, uniquement égalé dans sa complexité et sa tentacularité par les théories des plus barrés des paranoïaques urbains de notre époque, est un miroir déformant mais étrangement et cruellement exact de lʼétat actuel de la société, où les illusions sont tout aussi définitivement perdues et enterrées. Paul Thomas Anderson oppose ainsi à cette réalité distordue la grâce angélique de la voix de Joanna Newsom, à la fois narratrice de l’histoire et assistante imaginaire de notre détective loser, donnant lieu à un effet de contraste saisissant, et ce n’est qu’une parmi les nombreuses astuces narratives que le film exploite avec brio. Lʼatmosphère, aidée par la réalisation (parfaite, comme à lʼaccoutumée), prend aux tripes et reste en tête des jours après avoir quitté la salle. Véritable labyrinthe narratif et sensoriel aux possibilités semble-t-il infinies (l’on y passe sans effort de la comédie, au drame, au film noir), Inherent Vice, sʼil nʼest pas parfait (mais en même temps, qui lʼest ?), est de très loin le film qui mʼa le plus marqué cette année, et qui restera imprimé dans ma psyché pendant encore longtemps.

Alex

Plaignez-vous à la direction.

3 Comments

  1. Un top agréable a lire et bien argumenté, ça fait plaisir ! Tu m’as donné envie d’en voir certains :)
    Le top de ce que j’ai vu (en sachant que je suis loin de tout avoir vu, j’ai du voir une vingtaine de films en 2015) :
    10. Invincible (Parce que j’ai passé un bon moment.)
    9. Chappie (Parce que j’adore le sujet et que c’est très bien fait.)
    8. Imitation Game (Parce que c’est prenant, impressionant, et met en lumière un gars injustement méconnu.)
    7. Star Wars VII (Parce que ça aurais tellement été facile de le louper.)
    6. Crimson Peak (Parce que c’est beau.)
    5. Réalité (Parce que c’est un trip génial.)
    4. Mad Max (Parce que c’est un pur délire d’adréaline et d’épicness.)
    3. The Big Short (Parce que c’est très instructif, drôle, fou, intelligent, tordu.)
    2. Les Dissociés Parce que ça fait plaisir de voir une telle œuvre sans budget par des gars talentueux et « en dehors du système ».)
    1. Kingsman (Parce que c’est ce qui me fait rire et que le contexte dans lequel je l’ai vu était complètement électrique et improbable.)

    1. J’ai vu tous les films de ta liste sauf « Les dissociés », mais du coup je suis curieux.

      J’ai adoré The Big Short. Enfin adoré je sais pas si c’est le mot, j’en suis surtout sorti avec une légère nausée au ventre, plus rapport au sujet qu’au film en lui même qui est plutôt très réussi. Kingsman était sympa également, la scène de l’église est impressionnante.

  2. Effectivement The Big Short gros coup de coeur mais ça rend pas optimiste !
    Les Dissociés c’est le film sorti en fin d’année par l’équipe de Golden Moustache des Suricates, qui l’ont diffusé dans quelques salles et sur YouTube, ou ils ont eu un beau petit succès. Ce qui est impressionant c’est que le film a été fait par de gars qui viennent pas du ciné, que le budget est dérisoire et le rendu vraiment pas mal, ce genre d’initiatives ça fait plaisir :)
    Tient et j’ai vu The Lobster il y a 2 jours, je le rajouterais bien dans mon top genre en 6e, c’est vraiment prenant comme film, genre drame avec un peu d’humour noir, j’ai vraiment aimé !

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