Pourquoi je n’aime pas les super-héros
Laura 5 mai 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Le cinéma américain regorge de films de super-héros ces derniers temps. L’épidémie ne cesse de se propager, jusqu’au petit écran et aux nombreux produits dérivés (jeux vidéo, jouets, figurines…). Ne serait-il pas temps de prendre du recul sur cette « super-héros mania » ?


 

Tout d’abord, penchons-nous sur l’icône du super-héros et sur la symbolique qui l’accompagne. Qu’est-ce qu’un super-héros ? Plus grand monde ne se pose la question aujourd’hui, mais un petit rappel ne fait jamais de mal. Un super-héros, c’est un héros de comics books américain, citoyen ordinaire le jour et justicier la nuit. Il possède la plupart du temps des super-pouvoirs, mais pas toujours et il peut pallier ce manque grâce à la technologie comme le font Batman ou Iron Man. Son identité est double, et il le cache plus ou moins bien avec son costume (je ne vise personne et surtout pas Clark Kent, non). Le super-héros a un sens moral développé, avec une certaine conception de la justice qu’il entend bien rendre à ses concitoyens. Il mène ainsi l’éternel combat contre des super-méchants pour maintenir l’ordre.

Le super-héros représente la lueur d’espoir dans un monde sombre et en perdition (telle que la ville de Gotham dans Batman). Mais que fait la police ? En général, elle oscille entre coopération et condamnation de ce vengeur masqué qui lui pique son boulot. De toute façon, elle a rarement les moyens de courir à la fois après les criminels et le justicier honni. Pendant ce temps, notre super-héros affronte tous les dangers, qu’il obtienne de la reconnaissance du public ou non. Et il finit toujours par sauver le monde, évidemment.

 

HEATH LEDGER stars as The Joker in Warner Bros. Pictures’ and Legendary Pictures’ action drama “The Dark Knight,” distributed by Warner Bros. Pictures and also starring Christian Bale, Michael Caine, Gary Oldman, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal and Morgan Freeman. PHOTOGRAPHS TO BE USED SOLELY FOR ADVERTISING, PROMOTION, PUBLICITY OR REVIEWS OF THIS SPECIFIC MOTION PICTURE AND TO REMAIN THE PROPERTY OF THE STUDIO. NOT FOR SALE OR REDISTRIBUTION.

 

— LA DÉRIVE « MACHINE À POGNON »
Depuis plusieurs années maintenant, les super-héros sont sortis de leurs comics books pour s’afficher sur grands et petits écrans ainsi que sur moult produits dérivés. Alors qu’à une époque une personne lambda n’aurait guère pu en citer plus que trois (Superman, Spiderman et Batman), la déferlante Marvel et DC Comics y a remédié. Les grosses franchises cinématographiques du type Avengers et les séries télé ont progressivement fait connaître d’autres justiciers (Hulk, Thor, Green Arrow, etc.). Au final, ils sont rentrés dans la pop culture et font partie de nos références communes.

Comment un tel engouement s’est-t-il créé ? Assez naturellement au final. Comme expliqué plus haut, le super-héros représente des valeurs morales fortes telles que l’altruisme ou la droiture. Il souhaite construire une société plus juste, débarrassée de ses dangereux criminels. Qui ne cautionnerait pas ça ? Filmez des scènes d’action spectaculaires, choisissez un vilain très vilain, travaillez le caractère torturé de votre personnage, saupoudrez d’un peu de romance et d’humour, sans oublier de mettre pas mal d’argent sur la table, et tada ! Vous avez votre super formule pour réaliser des super recettes au box-office !

Or, à force de proposer chaque année pléthore de nouveaux blockbusters, on frôle l’overdose. A titre personnel, je suis lassée par cette omniprésence médiatique, d’autant plus que je n’ai jamais été fan du genre. « Quoi, comment peut-on ne pas apprécier de se détendre devant le dernier [insérez ici le film de super-héros du mois] ? » me direz-vous ?

 

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Le calendrier Marvel : « c’est bon, c’est bon, je peux en avoir encore ? »

 

— LE SCÉNARIO ET LE PROBLÈME DU MANICHÉISME
Tout d’abord, il y a la question évidente du genre, puisque je n’ai jamais apprécié les films d’action. Certes, certains trouvent le bon dosage et ne tombent pas dans l’excès d’explosions, mais ils proposent généralement un scénario stéréotypé, couru d’avance. Pour faire des blockbusters, il faut plaire au plus grand nombre, alors on distille un peu d’action ici pour les bonhommes, un peu de romance là pour leurs copines, ou encore quelques secondes de fan service au détour d’un caméo ou d’une référence au prochain film de super-héros de la licence (pour ne pas les citer, Marvel et ses célèbres séquences d’après générique, où on trouve toujours le moyen de caser de la promo pour la prochaine grosse production).

Ensuite, il y a la vision manichéenne de la société que ces films laissent voir. La série The Flash m’a offert une révélation à ce sujet. Dès les premiers instants de l’apparition d’un nouveau personnage doté de superpouvoirs (un « méta-humain »), on devine son appartenance à tel ou tel clan : celui des gentils ou des méchants. Le ton est donné très rapidement, et chacun se voit rangé dans une case ou dans l’autre. De même, les retournements de situation du type « on le croyait gentil mais en fait il travaillait pour les méchants depuis le début » (ou vice versa) sont souvent assez grossiers et faciles à deviner. Les mauvaises langues diront que cela est dû à la piètre qualité de la série et qu’il ne faut pas généraliser. Certes, il n’empêche que traditionnellement ce schéma se vérifie.

 

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Il est vrai que de considérables efforts ont été faits, et qu’on apprend désormais à connaître le « côte obscur » du personnage principal. Le dernier Captain America introduit même des divergences d’opinion entre super-héros. De même, le passé difficile du super-méchant est parfois cousu en toile de fond, révélant que celui-ci n’a pas toujours été un enfoiré sans coeur. Il n’en reste pas moins qu’il y a rarement plus de deux « camps », rarement des personnages « gris ». Au bout du compte, tout reste lisse et le dénouement vraiment trop prévisible.

Parmi les autres efforts fournis, on peut noter le caractère un peu plus déluré de certains super-héros (je pense par exemple à Iron man, aux Gardiens de la galaxie ou à Deadpool). Cette touche d’humour n’est pas étrangère dans le succès grandissant des franchises, telles qu’Avengers. Cependant, les schémas narratifs restent très souvent les mêmes : le super-héros se bat contre un super-méchant et sauve la fille, et avec elle, le monde. « Save the cheerleader, save the world », as usual.

 


Bien sûr, chacun est libre d’apprécier les films de super-héros. Je n’écris pas dans le but de basher ce genre cinématographique ou ses adeptes. Simplement, il serait rafraîchissant parfois de sortir des clichés habituels, et d’arrêter de prétendre changer alors qu’au final, rien ne change. A force de trop exploiter le bon filon, celui-ci risque de s’épuiser.

Laura

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