La mort dans les centres villes
TANGUY 30 mars 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Rennes, centre ville, 2h30 : « On fait quoi après ? » « Je sais pas il n’y a rien d’ouvert, quelqu’un propose un after ? » « Désolé mes voisins vont encore râler… Eh puis merde, je déménage le mois prochain ».


 

J’ai eu la chance de travailler à l’Opéra de Rennes. Cet établissement organise chaque année une conférence pour les personnes qui ont décidé de s’installer à Rennes. Jusque là, rien de particulier, exceptée une mise en avant un peu trop évidente du temps de train Rennes-Paris (Seulement 2h30, incroyable !!). Pendant la séance de questions, quelque chose m’a interpellé : un jeune couple de trentenaires venant de s’installer en centre-ville a pris à partie la maire de Rennes et ce pour lui demander ce qu’elle comptait faire pour empêcher le bruit la nuit dans le centre.

Si vous connaissez la ville, il y a eu une politique de centralisation de la fête qui a donné la célèbre rue de la soif. Le centre festif de Rennes ne fait que deux ou trois rues et deux places (Ste Anne et les Lices). Pourquoi alors demander la diminution des festivités dans une ville qui est très stricte à la base au niveau des horaires et du bruit (les bars ferment à 1h et les bars de nuit à 3h) ?

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— CENTRE-VILLE ET TRANQUILLITÉ : PARADOXE À BOUT DE SOUFFLE ?
Au cours de mes soirées, il m’est arrivé de croiser des riverains en train de filmer les terrasses, afin de « prouver » aux forces de l’ordres la nuisance sonore (sachant que le bar en question a fermé sa terrasse à 00h30 et mis dehors les consommateurs enjoués à 00h45).

Ce genre de propos participe à la mort des centres villes. Les établissements font déjà face à la hausse des loyers, et les « nouveaux » résidents viennent râler. J’ai discuté avec le patron d’un bar de nuit au sujet de ce problème qui prend de plus en plus d’ampleur. D’après lui, ce sont de nouvelles personnes qui s’installent en ville et recherchent la tranquillité et qui incitent leurs voisins à se plaindre du bruit. Effet boule de neige, des établissements sont de ce fait obligés d’annuler concerts et autres événements. Heureusement que des initiatives sont prises, telle celle de l’association Culture Bars-Bars qui cherche à redynamiser les lieux de vie nocturnes.

Plus largement, tous les commerces sont touchés par cette décadence des centres. Bernard Moreau a travaillé sur le sujet et en a sorti la théorie de la rousquille :

« Entre 1968 et 1990, la croissance démographique de la ville a été quasiment nulle. Pourtant, sa surface urbanisée a été multipliée par six. Cet accroissement, qui s’est encore accru entre 2012 et aujourd’hui, fait s’effondrer le centre-ville. Des friches commerciales apparaissent en plein cœur de Perpignan et la ville se met à ressembler à une véritable rousquille ! On observe le même phénomène dans certains villages dont les cœurs se désertifient ».

 

— UN VILLAGE DANS LA VILLE
Les commerces généralistes sont en concurrence avec les immenses centres commerciaux des périphéries. Ce n’est pas avec des collectifs comme Vivre Paris que les choses iront mieux. Ces personnes qui luttent contre les bars des villes en tentant par tous les moyens de limiter les terrasses et les bars n’est pas une spécificité française, et en fouillant un peu, on peut tomber sur des histoires complètement WTF.

 Rappelons l’affaire Divan Orange. En 2014, cette salle de concert mythique éponge des milliers de dollars d’amendes pour la seule plainte d’une voisine qui a élu domicile au-dessus de l’édifice. Après des mois de guerre et un déménagement, Le Divan Orange a plus que sauvé les meubles grâce à un investissement de 50 000 $ de la Ville de Montréal et de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, que la salle devra réinjecter dans une meilleure insonorisation.

 

 

C’est une petite guerre qui est en train de se dérouler en ce moment même entre nocturnes et dormeurs un peu trop intolérants. On peut voir que la sauvegarde des nuits françaises préoccupe beaucoup plus de monde. Mais le problème est là, et quand partout dans le monde, que ce soit à New York, à Barcelone ou à Berlin, la vie ne s’arrête pas une fois la nuit tombée, et sur ce point la France se montre une fois plus conservatrice.

 


Je viens d’une petite ville d’environ 15 000 habitants. Entre commerces fermés et bars fermant à minuit et demi, autant dire que le seul bar de nuit du coin sauve pas mal de soirées. Ce combat contre les terrasses est complètement à côté de la plaque, car il pousse les fêtards à se retrouver dans la rue ou dans des appartements, là où le bruit est beaucoup moins contrôlé. Arrêtons de vouloir faire ressembler les centres villes à des villages de campagne, et replaçons l’Homme au cœur des villes. Ce n’est pourtant pas compliqué de s’informer sur la nuisance sonore d’un quartier quand on projette d’investir dans une maison.

TANGUY

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