Les magasins coopératifs : Le futur de la consommation est-il dans le volontariat ?
TANGUY 14 mars 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Cela va peut-être vous étonner en raison de l’image que l’on en a à l’heure actuelle, mais à l’origine, les grandes surfaces sont nées de la volonté de personnes déterminées à créer un lieu où l’on pourrait acheter des objets de ménage de première nécessité. Un concept développé sous la forme de coopératives, et ce, afin de se protéger mutuellement et créer du lien social. Ce dernier ayant été transformé, son origine refait surface sous le nom de magasin coopératif.


 

Le premier magasin français né à Lyon en 1 828 s’engageait, selon son article II :

  • à pratiquer les principes d’équité, d’ordre et de fraternité ;
  • à unir leurs efforts pour obtenir un salaire raisonnable de leur main-d’œuvre ;
  • à détruire les abus qui existent dans la Fabrique à leur préjudice, ainsi que ceux qui existent dans les ateliers ;
  • à se prêter mutuellement tous les ustensiles de leur profession ;
  • à indiquer tout ce qui est relatif à leur industrie, principalement les maisons de commerce qui auraient des commandes ;
  • à établir des cours de théorie pratique où chaque membre pourra venir prendre des leçons pour améliorer ou simplifier le montage des métiers ;
  • à acheter collectivement les objets de première nécessité pour leur ménage.

 

— LE SUPERMARCHÉ FAIT SON HISTOIRE
Tout au long du XIXème
 siècle, l’embryon de la grande distribution a été marqué par une pensée socialiste. Dans la lignée des industriels comme Robert Owen, utopiste et socialiste, il a été question de recherches, en vue d’améliorer toujours plus la condition des ouvriers. S’ouvra ainsi en Ecosse au début du XIXème siècle, la première coopérative de consommation. Malgré quelques difficultés à s’implanter, son idée finira cependant par convaincre beaucoup de monde en Europe.

C’est en 1844 que Félix Potin (enseigne du même nom) ouvre à Paris le premier magasin, qui se rapproche le plus des grandes surfaces d’aujourd’hui, avec des prix fixés et affichés, et des produits préemballés en usines. Ce concept ne tardera pas à s’exporter au États-Unis à la fin du XIXème siècle pour revenir en France dans les années 30, avec notamment l’enseigne Monoprix (1932). Le principe va évoluer tout le long du XXème siècle, en passant par le discount (avec E.Leclerc qui est le premier à acheter en masse pour revendre en masse), puis par l’hypermarché avec l’enseigne Carrefour (1963). 

 

— LE RAPIDE DÉSENCHANTEMENT
Après la frénésie consommatrice des années 80, la grande surface fut rapidement connotée de manière négative et devint le symbole de la surconsommation et de la robotisation de l’être humain. Personne n’aime passer du temps dans les rayons, à chercher, comparer, avec ce sentiment de se faire avoir en permanence. Les récents évènements confrontant agriculteurs et grande distribution n’aident pas à améliorer l’image de ces enseignes, et montrent à quel point elles sont devenues toutes puissantes.  Il suffit de voir la représentation qui en est faite au cinéma.

 

 

— RETOUR AU SOURCE
Depuis peu, plusieurs projets d’ouverture de supermarchés coopératifs pointent le bout de leur nez un peu partout en France, que ce soit à Paris, à Bordeaux ou encore à Toulouse. Proposant une sorte de retour aux sources du concept de grande surface décrit dans notre premier paragraphe, ce type de projet se différencie des magasins coopératifs traditionnels. En effet, le concept de coopérative pour vendre mieux existe depuis des dizaines d’années en France, trouvant un certain succès auprès de personnes attirées par l’agriculture biologique. Malheureusement, les prix pratiqués y sont assez élevés et les produits proposés restreints à l’alimentation généraliste.

 

La force des supermarchés coopératifs :
changer complètement le principe de la grande distribution.

 

La Park Slope Food Coop (PSFC) est le premier supermarché coopératif né en 1973 à Brookyn. Avec 39,6 millions de dollars de chiffre d’affaire, elle est désormais victime de son succès. Affichant des prix environ 50% moins chers que la concurrence, l’enseigne de New York a ainsi ouvert plusieurs magasins reposant sur ce principe. En 2010, la PSFC récoltait une marge de 21%, contre 26% à 100% chez les concurrents !

 

 

— 50% MOINS CHER QUE LA CONCURRENCE, MAIS COMMENT FONT-ILS JAMY ?
Pour faire baisser les coûts tout en continuant à proposer des produits de qualité, la plupart du temps bio, le principe est simple : le nombre de salariés est réduit au minimum. Caissier, technicien de surface, mise en rayon… La majorité des personnes travaillant deux voire trois heures par mois au sein de ces magasins sont des bénévoles.

La Louve (coopérative de consommation qui va ouvrir prochainement à Paris dans le quartier de la Goutte D’Or), propose aux volontaires d’adhérer à leur association pour une cotisation annuelle de 25€ et d’investir 100€ à l’arrivée, ce qui représente l’achat de 10 parts de la coopérative. Une fois cet investissement fait, vous gagnez alors un droit d’entrée qui vous permettra ensuite d’y faire vos courses de manière tout à fait normale.

On peut se demander s’il ne s’agit pas là de concurrence déloyale face aux autres structures, qui elles, payent leurs salariés. Mais selon des responsables de ces fameux magasins coopératifs, c’est un faux argument, car la coopérative s’installe dans un endroit boudé des grandes surfaces traditionnelles. Elle est elle-même génératrice d’emplois (tout le monde n’est pas bénévole, il est nécessaire d’avoir quelques salariés). De plus, si on prend l’exemple du Park Slope Food Coop à Brooklyn, on observe que les commerçants implantés autour de ces structures n’ont pas souffert de la présence de la coopérative.

 

Les-magasins-cooperatifs-2

 

 

Cette coopérative s’engage à ne faire appel qu’à des producteurs locaux afin de diminuer l’impact environnemental lié au transport, d’éviter des produits en amont blacklistés (les produits OGM, chimiques, etc), de redynamiser les quartiers populaires tout en ne faisant aucun bénéfice. Les partenaires sont soigneusement choisis pour les produits pour lesquels il est impossible de s’approvisionner en France, tel que le café.

 


Espérons que ce genre de projets arrivera à s’implanter durablement en France et à prospérer. Il s’agit là d’une véritable alternative aux grandes surfaces, qui abusent largement sur leur marges, et où tout le monde sort perdant, producteur comme consommateur. Pour faire le lien avec l’actualité et la « loi travail », plus qu’une simple réforme, ce sont deux visions du futur qui s’affrontent : un futur solidaire, tourné vers le local et le participatif ou celui des multinationales, voué aux conditions qu’on lui connaît.

TANGUY

4 Comments

  1. C’est intéressant de voir quelles étaient, à la base, les ambitions des grandes surfaces et de voir que leur futur semble aussi s’inscrire dans l’économie collaborative. Bravo pour toutes ces initiatives !

  2. Sur les bases des Équitables Pionniers de Rochdale et Charles Gide, penseur de l’économie sociale et solidaire, les coopératives de consommateur existent toujours bel et bien depuis plus d’un siècle en France à l’image de Coop Atlantique qui emploie plus de 3600 personnes et gère plus de 250 magasins dans l’ouest de la France. Il est donc possible de faire ses courses dans un hypermarché coopératif qui n’alimente pas la course au profit !

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *