Les Victoires de la Musique 2016 : récompense du talent ou du commercial ?
PAUL 18 février 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Les Victoires de la Musique, cérémonie créée en 1985, célébrait vendredi soir son 31ème anniversaire. En direct du Zénith de Paris, les quelques millions de téléspectateurs ont pu admirer la richesse du panel musical français. Ils ont pu subir également les heures interminables d’une émission qui s’essouffle d’année en année et qui se présente comme l’équivalent français des Grammy’s.


 

Rien ne change, la réalisation est toujours la même. Les animateurs, bien que tentant de tenir en haleine le public, ne font que lire leurs prompteurs. Et les artistes… on en vient à se demander si cette cérémonie récompense bien les talents musicaux. On notera même que la nouvelle Ministre de la Culture, Audrey Azoulay, sera copieusement huée par le public pour sa première sortie télévisée, regretterions-nous déjà le sourire de Fleur Pellerin ?

 

French TV hosts and Masters of Ceremony Virginie Guilhaume (L) and Bruno Guillon (R) speak during the 31st Victoires de la Musique, the annual French music awards ceremony, on February 12, 2016 at the Zenith concert hall in Paris. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY / AFP / BERTRAND GUAY
Crédit photo : AFP PHOTO / BERTRAND GUAY – Virginie Guilhaume et Bruno Guillon

 

Les incompréhensions sont grandes. Déjà, la liste des nominés n’est pas variée et la prédominance des « talents » de The Voice est édifiante : Louane, Kendji Girac, Les Frero Delavega. Véronique Sanson, nominée dans la quête de l’artiste féminine de l’année n’a pas sorti de chanson depuis 2010. Déjà honorée d’une Victoire de la Musique d’honneur en 2013 pour l’ensemble de sa grande carrière, peut-on récompenser une artiste sur le fait d’une tournée (Les années américaines) ?

La catégorie chanson originale est-elle vraiment originale ? Johnny Hallyday, Nekfeu et Maitre Gims sélectionnés, on a pourtant du mal à déceler l’originalité musicale de ces chansons, en matière de texte, de prise de risque ou encore de style. La catégorie de « musiques urbaines » voit s’affronter Booba, là encore Nekfeu et Youssoupha. Aussi insupportable qu’il soit, les organisateurs n’ont pas forcement cherché la perle rare qui sort du panel musical français.

Revenons ensemble sur le palmarès des VICTOIRES. Pour l’artiste masculin de l’année, Vianney récupère la couronne face à Dominique A ou Kendji Girac. On ne peut que regretter de ne pas voir l’excellent Dominique A récompensé après son magnifique album Eleor et son interprétation émouvante de son titre Au revoir mon amour. Mais on doit reconnaître que l’originalité vocale et scénique de Vianney est criante. Et on pourra souligner son interprétation, là encore à l’image de son originalité, de Quand j’étais chanteur en hommage à Michel Delpech.

 

 

Pour l’artiste féminine de l’année, Yael Naim remporte le prix grâce à son album Older. Son album personnel touche, on n’aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas passer à coté d’une artiste qui confirme avec la même justesse artistique. Elle gagne contre Veronique Sanson et Zaz. Son interprétation de son titre Dream in my head est aérien et intimiste.

 

 

Le prix d’album révélation est remporté par Louane qui a été partout cette année. Celui de l’album de chanson par Johnny Hallyday qui, annoncé ou pressenti en surprise, nous a fait languir jusqu’à la fin de la cérémonie pour faire son apparition. Johnny fait du Johnny, le style ne change pas, heureusement rattrapé par l’écriture de Christophe Miossec et le talent à la composition de Maxim Nucci (Yodelice). S’en suit une suite de récompenses et de shows, dans une cérémonie qui manque d’originalité dans son organisation générale.

L’indéboulonnable Christine and the Queens, grande vainqueur de l’édition de l’année dernière, est également à l’honneur dans cette soirée avec les prix de meilleur clip mais également du meilleur spectacle musical. On a vu également le très bon passage de Faada Freddy ou encore l’hommage à William Sheller, récompensé d’une Victoire de la Musique d’honneur, ou enfin le passage, réussi, de la famille Chedid qui rend finalement hommage à elle-même.

Pour les réjouissances de la soirée, on notera la victoire de Nekfeu pour le meilleur album de musiques urbaines. Egalement la victoire évidente des niçois de Hyphen Hyphen pour la révélation scène de l’année. Dans la grande incompréhension, le prix de chanson originale revient à Maitre Gims pour le titre Sapés comme jamais.

 

 

Que penser alors de cette cérémonie ? Peut-on parler d’une véritable récompense des grandes victoires de la musique française ? La nomination d’artistes comme Johnny Hallyday ou Véronique Sanson est un moyen, pour l’association des Victoires de la Musique mais également pour la chaîne, de toucher un public qui a perdu de vue ses gloires d’antan. Cependant, le public NRJ Music Awards a besoin de trouver de l’intérêt à cette longue cérémonie. Alors, faisons venir trois des artistes de la production d’Endemol et les rappeurs qui écrivent des nouvelles chansons plus vite que l’écriture des blagues de Cyril Hanouna. En faisant gagner au titre de meilleure chanson originale Maitre Gims, le panel de jurés perd assurément en crédibilité.

Le talent n’est que trop peu représenté dans cette cérémonie, et les récompensés sont souvent ceux qui ont fait le plus parlé d’eux l’année passé. Cette constatation est la même que l’an passé où Christine and the Queens avait raflé là encore deux prix, Alain Souchon et Laurent Voulzy avaient touché un public différent et plus âgé. La différence est que cette année, rien ne le cache. D’une cérémonie se présentant comme récompensant les artistes les plus talentueux cette année, nous sommes passés à une cérémonie récompensant les artistes ayant fait le plus de profit et avec un capitale sympathie important pour le public, ceci afin de décrocher le plus de part d’audience. Le jeu en a valu la chandelle puisque les audiences sont passées de 2.4 millions en 2015 à 2.9 millions en 2016.

 


Malgré le manque d’originalité dans les nominés et le parti pris pour les récompensés, les organisateurs peuvent être fiers d’avoir réussi à augmenter les audiences de cette émission. Cependant, on espère que les prochaines éditions récompenseront davantage le talent musical de la scène française qui ne manque pas de panache.

PAUL

Musicologiste melomane.

3 Comments

  1. Dites donc, Monsieur, c’est bien de donner son avis mais quand on cite un hommage à ….. Michel Fugain !!!!!! non Monsieur, Michel Fugain n’est pas mort (vous connaissez visiblement mal ces deux chanteurs !) il s’agit de Michel Delpech

  2. Tout ceci était cousu de fils ni blancs, ni dorés mais surannés… Aucune surprise, ni originalité mais que de la promo et du marketing… qui servent non pas l’artistique, mais l’argent…

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