Le Revenu de Base, un facteur de motivation au travail ? – partie 3
ALCHIMY 1 février 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Suite et fin de notre volet sur le Revenu de Base. Il apparaît comme un tournant de société qui aurait des impacts majeurs sur notre manière d’envisager la vie. L’heure serait au développement personnel, à la liberté de choix.


 

C’est l’heure de la liberté des Hommes à disposer d’eux-mêmes. Les nouvelles générations qui arrivent sont décrites comme des générations aspirants à plus de liberté. Une grande enquête sociologique, Génération quoi ?, menée par France 2 sur les 18-34 ans en France, la fameuse Génération Y, nous apprend que les jeunes d’aujourd’hui sont préoccupés par les inégalités et ne croient plus en l’avenir. Cette génération aspire à du neuf, à un second souffle. Le revenu de base est une idée qui est à l’image de cette jeunesse. Les mauvaises langues diront que ces jeunes sont déconnectés de la réalité, qu’ils n’ont pas conscience des contraintes de la vie, qu’ils sont même parfois paresseux.

Kasimir Malevitch, peintre russe, considérait la paresse comme une aspiration légitime propre à tous les hommes. Dans son ouvrage La paresse comme vérité effective de l’homme (1921), il disait :

Le capitalisme et le socialisme ont la même préoccupation : parvenir à la seule vérité de l’état humain, la paresse. C’est cette vérité-là qui se cache au plus profond de l’inconscient mais, qui sait pourquoi, on ne le reconnaît toujours pas, et nulle part il n’existe le moindre système de travail qui ait comme slogan : “La vérité de ton effort est le chemin vers la paresse.” au lieu de cela, ce sont partout des slogans prônant le travail, et il en ressort que le travail est inévitable, qu’il est impossible de l’abolir, alors qu’en fait, c’est à cela que tendent les systèmes socialistes, à soulager du travail les épaules de l’individu. Plus il y aura de gens au travail, moins il y aura d’heures de travail, plus il y aura d’heure d’oisiveté.

 

paresse

 

Dans le capitalisme, le droit à la paresse n’est réservé qu’à ceux qui ont accumulé de la richesse. Quelle injustice quand on sait que les inégalités de richesse se transmettent et se reproduisent de génération en génération.

Le revenu de base apparaît alors comme un levier pour l’épanouissement de la population. Il permettrait de valoriser les activités non rémunérées et socialement utiles. Il offre une liberté pour chaque personne d’occuper la place qui lui semble la meilleure pour lui dans la société. Un vrai stimulus pour la création : les artistes, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, les développeurs informatiques, entre-autres, se verraient plus sereins dans la pratique de leur activité. Les militants associatifs, les bénévoles, les citoyens investis dans la vie de leur quartier, les étudiants, les personnes en recherche d’emploi ou de formation seraient enfin reconnues comme des personnes utiles à la société.

Enfin, ce revenu de base aurait le mérite de donner du sens à notre idéal républicain, Liberté-Egalité-Fraternité, et ce n’est pas rien par les temps qui courent. Le travail perdrait sa place centrale dans le sens de nos existences. C’est du moins ce que pense Paul ArièsIl explique sa remise en cause du travail dans une émission sur Arte sur le thème Sommes nous faits pour travailler ? :

 

 

— QUI IRAIT TRAVAILLER ?
C’est LA vraie question. Celle que les détracteurs de ce revenu inconditionnel soulèvent systématiquement. Tout d’abord, pour ce qui concerne le travail ingrat (nettoyer les toilettes des campings ou ramasser les poubelles par exemple), une hausse des rémunérations les rendraient peut-être un peu moins ingrats, ou alors partager ces taches sur l’ensemble de la population. De plus, dans un sondage relaté dans le récent film (https://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0 ) allemand Revenu de base, une impulsion culturelle de Enno Schmidt et Daniel Häni, les deux questions suivantes étaient posées :

Si vous aviez un revenu de base, est-ce que vous iriez encore travailler ? Quand on pose cette question, spontanément :

  • 60% des gens répondent OUI, comme avant
  • 30% des gens répondent OUI, mais plus à plein temps, je ferais autre chose
  • 10% des gens répondent NON, d’abord dormir et après on verra : voyager, s’occuper des autres, reprendre des études

“Si on instaurait un revenu de base, pensez-vous que les autres continueraient à travailler ?” Alors les réponses sont bien différentes : 80% des gens répondent NON, probablement que la majorité des gens ne seraient plus motivés pour aller travailler.
Faites l’expérience autour de vous, posez ces questions à votre entourage. Vous verrez à quel degré nous nous méfions des autres. Ce comportement peut être très dangereux, favorisant l’immobilisme et, de ce fait, portant une réelle atteinte au progrès de nos sociétés.

cerveau-motivation

 

Le choix du Revenu de Base serait le choix d’une société qui tend vers la paix sociale. Je conclue donc ce sujet en citant Jacques Marseille , qui, dans son livre L’argent des Français (2009) stigmatise notre défiance envers l’autre sur le sujet du revenu de base :

« Le pari de l’allocation universelle est que l’insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit. Une utopie, sans doute, pour tous ceux qui n’accordent aucune confiance aux individus et pensent que seule la contrainte de « gagner son pain à la sueur de son front » est le meilleur garde-fou contre la paresse. Un pari sur l’intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire qu’un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu’il aura librement choisi. »

 


Le problème du chômage étant la première préoccupation des français, les résultats de ces dernières élections régionales sonnent comme un cri d’alerte. Le minium pour nos dirigeants serait de faire au moins semblant de s’y intéresser. Notre système, à bout de souffle, ne mériterait-t-il pas un bon petit coup de polish ?

Rédigé par Baptiste Poisson

 

Sur ce même sujet :

 

Article réalisé grâce à la plateforme LE CLUB d’ALCHIMY.

ALCHIMY

Votre révélateur quotidien d'informations sociétales et culturelles indépendant et participatif.

1 Comments

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *