Le Content Shock, ou les dangers de l’infobésité
BASTIEN BONO 18 février 2015

Temps de lecture : 4 minutes

La surcharge informationelle ou infobésité, désigne le fait que nous avons tous accès à une multitude de canaux, radio, internet, télévision, portable, instantanément et en continu. Nous sommes ainsi pris sous une avalanche d’informations que nous avons l’impression de pouvoir gérer, sans se rendre compte que leur nombre nous fait perdre la notion de leur valeur. Et cela n’est pas sans conséquences.


 

— TOUS SURCONNECTÉS
Nous sommes dans l’ère de l’ATAWAD (Any Time, Any Where, Any Device, n’importe quand, n’importe où, par n’importe quel moyen). Aux média traditionnels, télévision, radio, print (affichage), se sont ajoutés ces vingt dernières années des canaux d’information qui nous surconnectent : smartphone, internet… La prolifération des canaux d’information et leur omniprésence dans notre vie a des effets néfastes. Non seulement elle nous empêche de les appréhender correctement (nous avons tous parcouru nos fils d’actualités Twitter ou Facebook en lisant simplement les titres sans prendre connaissance du contenu), mais elle nous empêche de les hiérarchiser correctement.

Même les entreprises sont touchées, ralenties dans leur fonctionnement par la surcharge et la mauvaise hiérarchisation des informations. Le cabinet Basex a ainsi estimé que l’infobésité au niveau mondial leur coûte chaque année près de 900 milliards de dollars.

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Crédit © netbranding.co.nz

 

— DIÉTÉTIQUE INFORMATIONNELLE
Certains prônent désormais la diététique informationnelle, qui consiste à appliquer des techniques de filtrage pour pouvoir obtenir de l’information de qualité, et surtout qui est susceptible de nous intéresser ou de répondre à nos recherches :

– Le text-mining ou fouille de textes permet d’extraire les principales tendances et de répertorier de manière statistique les différents termes recherchés dans des textes volumineux. Des applications de text-mining accessibles à tous existent.

– La curation de contenu, qui consiste à sélectionner, parfois à modifier, puis à partager des contenus web pertinents par rapport à un sujet donné via des outils de filtrage social. On peut ainsi citer Pinterest (pour des images) ou ScoopIt! qui permettent d’accéder à des listes thématiques de textes, articles, vidéos, images administrées par d’autres utilisateurs.

– Les flux RSS (Really Simple Syndication), qui permettent lorsqu’on « s’abonne » à un site de n’en visualiser que l’actualité récente et de la prioriser selon nos préférences.

 

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Crédit © inksights.rep-ink.com

 

— LA DÉFECTION DU CONTENU WEB
Mark Shaefer, conférencier et spécialiste du social media marketing, a dressé un constat simple : la masse de contenu web, qui constitue un canal majeur d’information, est en train d’exploser. 1 milliard de téraoctets de contenu numérique a été créé en 2011, et ce chiffre va augmenter de 600% d’ici 2022.  La lutte contre l’infobésité s’annonce compliquée pour les internautes. En effet :

– La qualité, si elle a augmenté au début de la croissance de la quantité de contenu, a décroché et stagne pour tendre vers une diminution due à l’entrée massive de contenu gratuit.

– Le contenu gratuit fausse le classique rapport de l’offre à la demande. Normalement, lorsque la demande excède l’offre, les prix montent, et lorsque l’offre excède la demande, le prix baisse de façon logique. Mais le contenu web est à plus de 90% gratuit, et c’est même les éditeurs de contenu qui payent pour être lus, de leur temps, leur hébergement, la conception de leur site…

– Un américain absorbait en 1999 du contenu pendant 6 heures, la révolution numérique a fait passer ce chiffre à 10 heures. Cependant il existe une limite certaine au-delà de laquelle tout le contenu absorbé se dissous immédiatement. Une limite que nous avons surement déjà dépassé, puisqu’un être humain ne retient réellement que 10% de ce qu’il l’environne en une journée, chiffre qui passe à 5% au bout d’une semaine.

 

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Crédit © www.businessesgrow.com

 

— LE CONTENT SHOCK
Ces trois vecteurs occasionnent ce que Mark Schaeffer a appelé le Content Shock, le choc du contenu. Il s’auto-alimente depuis 10 ans :

– À l’instar de ce qu’il s’est passé lors de la naissance de la radio libre, de la télévision locale, ou encore de Youtube, les millions de petits émetteurs qui pouvaient encore avoir un public, une audience au début, se sont en quelques années retrouvés écrasés sous le poids de ceux qui peuvent mettre le prix fort sur leur contenu, leurs plateformes et le référencement. Ainsi la majorité des plus grands producteurs de contenu sur le web sont aujourd’hui des entreprises privées ou des affiliés. Le brand content marketing (stratégies marketing et publicitaires des marques sur le contenu web) éclipsent totalement la nature du contenu lui-même.

– Les barrières d’entrée deviennent de plus en plus hautes. Si l’on s’en tient aux 5 forces de Porter (5 caractéristiques qui déterminent la puissance concurrentiel d’une entreprise), l’une d’entre elle est l’accessibilité d’entrée dans le marché. Cet accès est aujourd’hui impossible pour l’éditeur de contenu lambda, ou plus précisément il peut entrer sur le marché mais n’aura jamais aucune audience car aucune visibilité. De plus les grandes marques par diverses stratégies (social content, agglomérats), réduisent peu à peu la concurrence, transformant le marché du contenu en oligopole où seule une minorité peut exercer.

 

 


La qualité et la fiabilité du contenu web est un des défis majeurs de l’univers du numérique. Un défi que devront relever les internautes et les médias face à leur explosion et la main mise des marques sur celui-ci. Si ce contenu des marques vous intéresse, nous avons concocté un petit dossier pour approfondir la chose.

 

SIGLE NOIR MINI WEB

BASTIEN BONO

Ornithologue spécialiste des condors bantous à bande bleue.

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