Le CD en arrêt déterminé ?
PAUL 18 mars 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Le grand Yeez’ l’avait annoncé, le CD est mort. La longue procession amenant le disque jusque dans la tombe est en marche. Cependant, est-on vraiment capable d’enterrer celui qui nous a fait chanter, danser et parfois pleurer ? 


 

Le Syndicat National de l’Edition Phonographie nous annonce que le format musical physique a chuté de 15,9% sur l’année 2015. De plus, la consommation musicale a elle aussi chuté : 4,7%. Là encore par rapport l’année passée. À l’inverse, le streaming  évolue à outrance et ça en devient presque indécent dans la balance. Une hausse de 43% par rapport à 2014. L’écoute numérique représente 60% du chiffre d’affaires de l’industrie musicale.

 

— UNE NOUVELLE FAÇON DE CONSOMMER
L’habitude du tout tout de suite a fait changer les méthodes de consommation des générations Y et Z de la musique. Avec Spotify, Deezer, Soundcloud on bénéficie d’un véritable « fast-food musical ». Sans payer et avec (de temps à autre) quelques secondes de publicité, on peut écouter les derniers albums de ses artistes préférés gratuitement sans vraiment se sentir coupable. De plus, la crise n’aidant pas, on se retrouve parfois à acheter un album autour d’une quinzaine d’euros, sans savoir si celui-ci nous plaira vraiment. Alors là encore, l’option du streaming semble être la bonne.

 

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— LE CHOC DES USAGES
Ces générations ont-elles déjà vu leurs parents sortir les vieux vinyles d’un carton au fond du placard de la chambre ? Les tirer de la pochette avec une précision et une délicatesse qui feraient rougir n’importe quels chirurgiens. Je vois encore mon père déposer sur la vieille platine son album des Beatles. Il y avait quelque chose de mystique dans cette scène, le temps s’arrêtait au crépitement du son des premières notes d’harmonica de Love Me Do.Du haut de mes 10 ans, je regardais ce vieux rond noir tourner et onduler. Je jure que c’est la seule fois où j’ai cru voir une larme couler sur la joue de mon père.

Plus tard, ont-ils pris la peine de remonter les K7 ? Savent-ils seulement comment faire ? Prendre un crayon de bois pour l’insérer dans les molettes pour pouvoir réécouter la musique. Mais les CDs, ils ne connaissent pas non plus car les baladeurs, ils n’en ont jamais possédé ! Se promener avec des CDs à l’intérieur de son sac et devoir mettre son appareil dans une position, parfois aléatoire, pour empêcher notre disque de ne pas pouvoir être lu par le laser.

 

Peut-on vraiment en vouloir à ces jeunes qui ont accès à cette musique gratuitement ? À la vue des chiffres et de la nouvelle génération, le constat paraît édifiant et le cortège funéraire morbide du CD est déjà en marche. Pourtant, et malgré le marché, le disque compact est loin de se laisser pousser dans la tombe comme le prédît Kanye West.

Tout d’abord, la folie du vintage vient frapper en plein visage la société, et on se voit à réécouter les vieux vinyles de nos parents. Parfois même à voir ressortis sur les brocantes, ceux que l’on croyait rangés au fond de ce placard. Et encore à acheter les nouveaux albums dans ce format physique. Car, oui, le vinyle pousse à la consommation, on s’intéresse à cette galette noire car on nous a rabâché que la qualité de la musique était bien supérieure. Les ventes de vinyles en France ont été multipliées par trois sur les trois dernières années, soit 750 000 ventes.

 

— ACHETEZ UN CD DEVIENT UN ACTE MILITANT
Il ne faut surtout pas oublier pourquoi il faut encore acheter des CDs. Malgré la facilité des plateformes de streaming, les artistes ne vivent pas ou plus totalement de leurs ventes d’albums. Les chiffres sont catastrophiques, selon ceux de l’ADAMI, un artiste gagne 100€ quand il passe 14 fois à la radio, quand il vend 100 albums, quand il est écouté 250 000 fois en streaming payant et 1 000 000 de fois en streaming gratuit…

Pouvez-vous imaginer une vie sans album et actualité musicale ? Arrêtons de voir les CDs simplement comme des cadeaux de Noël, malgré l’augmentation des ventes de 90% pendant les périodes de fêtes. Profitons plus de la chance d’obtenir un produit unique, l’industrie l’a bien compris car le produit de CD en lui-même ne vend plus.

Pour cela, les albums sont totalement retravaillés au niveau de packaging pour faire des albums plus beaux, comme des objets uniques. Comme l’album du Wu-Tang-Clan par exemple ou encore de manière plus abordable l’ensemble des albums qui ont pour la plupart laissé derrière les vieilles boites en plastique pour des couvertures et des matières plus travaillées, et font penser maintenant à des petites pochettes vinyles.

 


Avec une vision sûrement utopiste, appelons à la révolution du disque ! Prenons les CDs comme des moyens de faire vivre nos artistes. Chaque album écouté est une façon pour nous de les maintenir à la surface et de continuer à nous faire rêver de leurs musicalités transcendantes. Chaque accord entendu est un battement du cœur propulsant la chaleur sanguine salutaire, le fluide sacré tel l’eau du Saint Graal, chargé d’une foi sans faille. La vie par la musique, la vie est musique.

PAUL

Musicologiste melomane.

1 Comments

  1. ils n’ont en jamais posséder -> ils n’en ont jamais possédé ?

    Sinon sur le fond, le CD est un cas particulier. Pas aussi sensuel qu’un vinyle mais quand même physique, c’est un support froid et fragile et qui n’offre pas le « moment magique » que tu décris avec un vinyle. C’est un peu comme le DVD, la qualité du contenu est là mais finalement, n’a pas emporté l’usage commun.

    C’est un produit rendu obsolète dans son utilisation avec les portables et les enceintes sans fil. Après il lui reste des qualités mais elles ne pèsent pas lourd au quotidien sauf pour certains aficionados.

    On pourrait penser qu’un coffret de luxe CD est sympa, mais au final ce n’est pas suffisement interessant en tant qu’objet (point de vue contestable).

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