La notoriété immorale du Marquis de Sade, inventeur des romans pornographiques
Line 18 avril 2016

Temps de lecture : 6 minutes

On est loin de 50 Nuances de Grey… Ou de tout autre style d’ailleurs. Non ce n’est pas semblable aux romans ou même aux vidéos dénudées que vous avez pu voir. C’est plus violent, dégueulasse et cruel. Certains le considère comme le leader du mouvement libertin, mais mérite-t-il une si grande popularité ?


 

— SA NOTORIÉTÉ
Le noble à la mauvaise réputation est surtout connu pour ses ouvrages pornographiques, mais il a aussi écrit des pièces de théâtre et des essais philosophiques mettant principalement en avant sa vision athée et le mépris qu’il ressentait envers Dieu. Donc, rien que là-dessus, on pouvait comprendre qu’il n’était guère apprécié à son époque, au XVIIIème siècle. Mais ses goûts libertins l’enfoncèrent de plus belle et le marquis fût rapidement considéré comme un exclu de la société. Il sera sans cesse poursuivi d’abord pour ses différents méfaits, mais également pour sa pensée contestable : c’est un homme assoiffé de liberté qui ne va cesser de se révolter contre toute autorité : que ce soit l’armée, les politiques ou les révolutionnaires. Sade est un irréductible qui fera tout pour semer le désordre en s’opposant à Dieu, mais également à la peine de mort, la responsabilité collective ou tout simplement le fait de se soumettre à des lois… Ses œuvres qui marcheront quelques temps seront vite interdites par les hautes autorités et notamment par Napoléon Bonaparte qui considérait ses ouvrages comme abominables. Sade passera la majeure partie de sa vie en prison si bien que son existence est vite oubliée.

Il sera réhabilité au XIXème siècle grâce aux surréalistes qui le considéreront comme un révolutionnaire littéraire, oubliant les carcans et l’ordre moral de la société. Il libère ainsi l’inspiration des autres auteurs et représente l’homme irréductible face aux normes sociales et face à la bienséance. Il existe même un prix de Sade, remis chaque année en hommage à cet auteur afin de récompenser l’oeuvre littéraire contemporaine et libérale par rapport aux normes de la politique de son époque. Sade est depuis repris régulièrement dans des ouvrages littéraires, cinématographiques, en peintures et autres… On lui consacre de nombreuses expositions et émissions, bref, le marquis est bien ancré dans notre patrimoine culturel.

 

— SES ŒUVRES
Ses œuvres les plus connues sont aussi les plus violentes et donc les plus interpellantes. Je préviens tout de même que ses récits sont réellement gores, ce n’est pas seulement le sexe qui est mis en avant mais aussi le plaisir de faire souffrir autrui par l’effusion de sang, les cris et les pleurs. Ce n’est pas pour rien que le mot « sadisme » vient du nom du marquis de Sade : il représente parfaitement l’esprit de ses ouvrages. Ça commence par les aventures de Justine, œuvre aussi appelée Les Malheurs de la vertu. Ce deuxième titre correspond tellement bien au livre – à côté les Malheurs de Sophie devient presque hilarant – car la pauvre Justine va passer les épreuves les plus sordides qui soient de sa petite enfance jusqu’à la fin de sa vie. Pas question de lui laisser de répit. Nous retrouvons ensuite son amie de couvent dans Histoire de Juliette également nommé Les Prospérités du vice. Ici, il n’est plus question de faire subir les pires cruautés à la pauvre petite, bien au contraire. On est dans le domaine du plaisir, enfin, du plaisir de Juliette. Elle veut assouvir sa soif de liberté et vit comme elle l’entend : le libertinage poussé à son extrême. Elle n’hésite pas à se dévergonder régulièrement mais aussi à torturer et tuer si l’envie lui prend. Enfin, son oeuvre la plus connue et qu’il a écrit durant son séjour à la Bastille : Les 120 journées de Sodome où l’on suit les perversions de quatre libertins enfermés dans un château avec 42 victimes soumises. Elles vont, pour la plupart, mourir dans d’atroces souffrances. On suit ces différentes journées en commençant par les passions « simples » (la partie la plus longue et la plus aboutie), « doubles, « criminelles » puis « meurtrières ».

 

Manuscrit_Marquis-de-Sade_120-journées-de-Sodome_
Manuscrit original des 120 journées de Sodome que Sade a choisi très petit afin d’éviter d’être saisi.

J’aurais bien aimé vous mettre quelques petits extraits ici mais j’avais du mal à choisir entre des passages philosophiques (qui existent, il ne faudrait pas l’oublier !), des passages crus (qui sont déjà assez hard, soyons clair) ou d’autres totalement écœurants et inhumains. Donc je vous laisse vous promener à votre guise sur ce site où vous pourrez trouver ses œuvres en intégralité.

 

—LE PERSONNAGE
Là est tout le problème que sa notoriété me pose. Car si ses récits sont parfois d’une cruauté sans nom, on peut comprendre qu’ils aient aujourd’hui une importance particulière de par leur originalité et leur anti-conformisme poussé à l’extrême, rajoutez à cela que le Marquis de Sade a tout de même une plume superbe ! Donc non, sa notoriété n’est pas là par hasard surtout que si son oeuvre interpelle, le personnage historique est tout aussi marquant. En effet, l’écrivain correspond totalement à ses livres. On est pas comme dans un Stephen King ou un livre de Jean-Christophe Grangé où l’on pourrait suivre un tueur psychopathe en personnage principal. Dans ses ouvrages libertins, il n’y a qu’un pas entre les personnages et le marquis, ce qu’il écrit sont ses réels fantasmes. Bon, le gars peut avoir des goûts secrets et chelous, des désirs interdits qu’il garde en sommeil au fond de lui et écrire lui serait une catharsis qui assouvirait indirectement ses besoins. Mais que neni, on a bien vu au début de l’article que c’est avant tout un amoureux de la liberté et, comme sa Juliette, va tenter de vivre comme il l’entend et ne pas hésiter à réaliser ses fantasmes cruels sur de jeunes filles.

Le premier scandale est l’affaire Rose Keller, une veuve de de 36 ans, faisant la manche place des Victoires. Sade décide de l’embaucher comme domestique, mais il l’amène dans une petite maison de campagne à proximité, qu’il a loué, où il a l’habitude de faire venir des prostitués et mendiantes. Il enferma Rose Keller dans une chambre à l’étage et l’attacha au lit en la flagellant avec un fouet, l’incisant avec un canif et enduisant les blessures de cire brûlante le tout en l’obligeant à blasphémer. Sade repart en l’enfermant dans la pièce. Elle réussit par chance à s’enfuir par la fenêtre en criant au scandale et porta plainte. Le scandale de Marseille réunit 5 filles qui ont été empoisonnées et où Sade aurait pratiqué la sodomie, pratique totalement interdite à cette époque. Etant donné son haut statut dans la société, de nombreuses de ses affaires ont été dissimulées, principalement par sa belle famille, notamment l’affaire qui a eu lieu au château de Lacoste dont toutes les pièces de la procédure ont disparu. Mais de très jeunes filles sont recrutées comme domestiques chez lui et vont de nouveaux être retrouvées avec des mutilations au canif sur tout le corps. Nous n’en savons plus mais si on a tant voulu cacher cette affaire, c’est qu’elle était sûrement plus grave que les précédentes.

Cet homme éperdu d’amour pour la liberté se retrouvera finalement emprisonné durant 27 ans de sa vie en prison, puis en asile, mais jamais il ne s’est soumis aux autorités ou à sa belle-famille qui a fini par l’emprisonner par peur de ses agissements.

 


Un écrivain talentueux mais aussi un criminel, ce deuxième point est parfois oublié ou mis de côté par ceux qui l’honorent. Est-ce réellement correct d’offrir une si grande notoriété à un homme obnubilé par tant de désordre mais surtout de cruauté ? Mais il est vrai que, lorsque l’on parle de Sade que ce soit du personnage ou de ses écrits, il est difficile de parler de morale…

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