La meilleure des réponses à l’inhumain : Liberté-Egalité-Fraternité
ALCHIMY 25 novembre 2015

Temps de lecture : 6 minutes

Il nous est dit que ce vendredi 13 novembre est le jour de l’atteinte à nos libertés fondamentales. A ses valeurs républicaines. Elles sont attaquées parce qu’elles ne font pas de distinction de couleur, de religion, ou d’origine. Elles sont universelles. La meilleure des réponses à ces attaques immondes ne serait pas de réaffirmer ces valeurs qui se sont érodées avec le temps ?


 

Sur le site de l’Elysée on peut lire : « Héritage du siècle des Lumières, la devise  » Liberté, Egalité, Fraternité  » est invoquée pour la première fois lors de la Révolution française. Souvent remise en cause, elle finit par s’imposer sous la IIIème République. Elle est inscrite dans la constitution de 1958 et fait aujourd’hui partie de notre patrimoine national. »

 

— LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ, ETAT DES LIEUX
Liberté : Voilà ce que nous disait la Ligue des Droit de l’Homme suite aux attentats de janvier dernier visant notamment Charlie Hebdo : « La LDH appelle les citoyens à ne pas se laisser enfermer dans le cercle de la peur. Elle les invite à rappeler aux pouvoirs publics, à la représentation politique française qu’à chaque fois que nous avons concédé de nos libertés, il s’en est suivi moins de démocratie, sans pour autant nous assurer plus de sécurité. ».

La loi relative aux renseignements promulguée le 24 juillet 2015 est, pour beaucoup, une atteinte aux droits fondamentaux. Une atteinte à la vie privée, mais aussi à la notion de secret des sources des journalistes. C’est en tout cas ce que, entre autres, Reporter Sans Frontière dénonçait. Cette loi permet la surveillance de masse et un recul historique des droits fondamentaux. De plus, l’efficacité et la capacité de cette loi à protéger des attaques terroristes reste à prouver. Le triste bilan des attaques du Vendredi 13 parle pour lui.
Cette situation nécessite l’état d’urgence, à situation exceptionnelle mesure exceptionnelle. Cependant, déjà plus de dix lois ont été votées, ajouter un prolongement voire même une permanence de l’état d’urgence n’aurait pas pour effet de diminuer nos libertés ?

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin.

Egalité : Depuis une quinzaine d’année, les inégalités de revenus n’ont cessé d’augmenter. Les niveaux de vie des très riches se sont envolés et ceux des plus pauvres ont diminué. D’ailleurs, l’Observatoire des inégalités analysait : « Entre 2002 et 2012, le niveau de vie moyen annuel des 10 % les plus pauvres a baissé de – 6,2 %, soit une perte de 531 euros, une fois l’inflation déduite. A l’opposé, celui des 10 % les plus riches a connu une nette augmentation, de 11,8 % soit un gain de 6 060 euros. 

En 2002, les 10 % les plus riches avaient un revenu six fois supérieur aux 10 % les plus pauvres. Dix ans plus tard, c’est 7,2 fois. En valeur euro, l’écart est passé de 42 780 en 2002 à 49 371 en 2012, soit + 6 591 euros. ». De plus, « 10 % des Français héritent de plus ou moins 1 million. […] Ces 10 % de la population reçoivent en effet davantage, en héritage, que ce que 50 % des Français, payés au SMIC, gagneront tout au long d’une vie de labeur, à savoir 700 000 euros. » disait Thomas Piketty à Télérama en 2013.

 

thomas-piketty

 

Fraternité : La montée en puissance des discours contre l’immigration, stigmatisant des minorités, qualifiant une partie de la population de vrai français, sous-entendu qu’il existe de faux français, le refus des migrants qu’il faudrait repousser à la mer, atteste de l’effritement du principe de fraternité. La fraternité dans ce cas-là est sélective et donc non républicaine. La France est, historiquement, une terre d’accueil et si la fraternité n’y est pas universelle celle-ci perd toute sa valeur républicaine.

Autant d’éléments qui nous amènent à nous interroger sur la réalité des valeurs républicaines. Bien entendu, qui dit interrogation, dit aussi réponse. Alors comment s’y prendre pour réaffirmer cet idéal de la république ?

 

— LA RÉVOLUTION IDÉOLOGIQUE, CELLE DES IDÉES
En ce qui concerne la Liberté ne perdons pas de vue qu’il ne pourra jamais y avoir assez de liberté, que l’on devrait toujours en réclamer plus, nos acquis de liberté d’aujourd’hui seront ceux de nos enfants demain. C’est par le militantisme que l’on acquiert la liberté.

Sur le principe d’Egalité, il existe un justicier, qui lutte contre les inégalités de richesse. Il s’appelle Thomas Piketty, c’est un économiste français. Thomas Piketty est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, c’est un jeune chercheur de 43 ans. Il a écrit un ouvrage paru en 2013 : Le Capital au XXIe siècle. Un succès mondial vendu à plus de 2.5 millions d’exemplaire à travers le monde et traduit dans de nombreux pays. Les prix Nobel d’économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz, ont rendu hommage au travail immense que représente son œuvre. Le Monde Diplomatique à propos de ce travail monstrueux de 976 pages : « L’ouvrage de Thomas Piketty Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013) est un phénomène sociologique autant qu’intellectuel. ». Dans cet ouvrage, Thomas Piketty détaille l’envol des inégalités dans les pays occidentaux. Pour lutter contre cela, il imagine un impôt mondial (ou au moins au niveau européen) sur le capital qui serait redistribué aux plus pauvres. Pour en savoir plus sur cet ouvrage Challenges vous l’a résumé en un article.

Sur la Fraternité, l’idée du revenu de base, vieille de 500 ans, est au centre des discussions. Ainsi, ce revenu de base est défini, sur le site du Mouvement Français pour un Revenu de Base comme : « un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement ». Certaines définitions du revenu prônent même que le montant de ce revenu soit calculé de telle façon qu’il permette de satisfaire les besoins primaires d’une existence ce qui signifie que ce revenu serait assez élevé pour que l’on puisse faire le choix de ne pas exercer de travail rémunéré.

« Le Revenu Minimum d’Existence (RME) dissocie le travail du revenu » disait Bernard Maris, l’économiste décédé lors des attentats à Charlie Hebdo. Nous n’irions plus travailler pour un revenu, mais pour l’épanouissement. Par le fait de se sentir utile, de travailler dans le domaine qui nous plaît, dans le domaine ou l’on est le meilleur. En ces temps de chômage de masse et de précarité, cette idée utopique commence à exister dans les débats intellectuels et politiques.

 

Bernard-Maris

 

Thomas Piketty lui-même, malgré ses désaccords avec le revenu de base, le reconnaît toutefois comme un sujet méritant discussion. Le financement de ce revenu est acquis, il existe même 8 approches de financement différentes allant de la plus libérale, jusqu’à la méthode keynésienne voire Marxiste. Le Mouvement français pour un Revenu de Base s’appuie lui sur les travaux de l’économiste Marc de Basquiat qui préconise une redistribution plus juste des richesses par un impôt sur le revenu.

En France, des personnalités politiques telles que Christine Boutin, Dominique de Villepin ou encore Arnaud Montebourg ont déjà évoqué la question. Le Mouvement Français pour un Revenu de Base existe depuis 2013 et compte plus de 400 adhérents. Il a été expérimenté notamment au Canada, en Inde ou en Namibie. Il a récemment fait son entrée dans les parlements nordiques : après la Finlande, ce sera au tour de l’Islande de se pencher sur la question. Aux Pays-Bas, la ville d’Utrecht envisage des expérimentations. En Suisse, un référendum aura lieu l’année prochaine pour s’exprimer sur la mise en place d’un revenu de base inconditionnel. Podemos le discute actuellement pour l’inscrire dans son programme.

 


Ne serait-ce pas à la jeunesse de se battre pour ces idées, plutôt que d’attendre que quelqu’un le fasse pour nous ? Le minimum serait de mettre la réalité des valeurs républicaines dans le débat public. Cela permettrait de démocratiser ces questions qui ont disparu du débat public au profit des questions d’immigration et de sécurité.

Le rétablissement d’une justice républicaine par le respect de ses valeurs ne pourrait pas incarner la solution aux problèmes d’exclusion et de frustration qui sont les racines de la radicalisation (qu’elle soit politique ou religieuse) ?

 

Article rédigé par Baptiste Poisson

 

 Article réalisé grâce à la plateforme LE CLUB d’ALCHIMY.

 

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