Et si mon kiosquier s’appelait Mark Zuckerberg ?
baptiste 2 juin 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Après les confessions de Fanny la semaine dernière, me voilà obligé de faire tomber le voile moi aussi, le Fear of Missing Out me ronge. Et pour assouvir cette dépendance, je l’avoue, je prends régulièrement des doses de réseaux sociaux. Mais est-ce le bon remède pour combler cette addiction à l’information ?


 

Il serait sans doute judicieux de commencer cet article par une définition des réseaux sociaux, leurs origines, leurs évolutions. Mais en lecteurs aguerris que vous êtes, je suis certain que je ne vous apprendrai rien ici. Alors, contentons-nous de mettre en avant leur efficacité à relier les individus, à faciliter les échanges et à permettre le partage d’informations universelles. Un réseau comme Facebook aux 200 millions d’utilisateurs, permet ainsi à l’internaute de partager des photos, des vidéos, des informations tantôt ludiques, tantôt professionnelles, mais également de relayer des actualités qui ont pu susciter leur intérêt.

En effet, selon une enquête récente de The Information, les publications personnelles ont diminué de 21% entre 2014 et 2015. Les contenus sponsorisés par les marques, les célébrités ou encore les médias officiels remplacent petit à petit les contenus individuels. Les Echos ont notamment traité ce sujet en avril dernier en s’interrogeant sur le changement des habitudes des utilisateurs rendant la plate-forme de plus en plus impersonnelle.

Cependant, cette grande variété d’informations disponibles, sans soucis de segmentation, participe à la disparition des frontières entre les catégories d’informations échangées sur ces médias. La hiérarchie entre informations personnelles, professionnelles et les actualités d’ordre général disparaissent, laissant la place à une juxtaposition voire une confusion. Un phénomène d’autant plus amplifié que les créateurs de contenus sur les réseaux sociaux ne sont pas toujours tenus à la même exigence de sérieux et de fiabilité des sources que les journalistes des médias traditionnels.

 

news-feed-final-blue

— UN BORDEL ORGANISÉ
Mais toutes ces informations ne sont pas vraiment là par hasard. Quand on s’informe sur Facebook il faut prendre conscience qu’un algorithme décide à notre place des informations qui nous sont proposées.  Supposons par exemple que vous likez la page d’un média tel que Le Monde. Vous pensez à tort que vous allez trouver sur votre fil d’actualités l’ensemble des posts de ce média. C’est l’algorithme qui va choisir les articles qu’il juge pertinents de vous fournir.

Il choisit en fonction de notre historique de navigation, des nos Likes, de nos conversations, de nos réactions aux messages publicitaires, mais aussi en fonction de nombreux critères inconnus. Les algorithmes sont de véritables « boites noires », nous dit Eric Scherer, journaliste et directeur du Meta-Media, qui non seulement trient, mais choisissent et distribuent l’information avec la capacité de nous masquer des informations selon des critères non-transparents. En somme, ce sont de nouveaux filtres automatiques et non plus humains, mis en place par les géants de la Silicon Valley, qui détiennent désormais les clés de l’accès à l’information.

 

Facebook-EdgeRank-Formula

— HUIS CLOS SUR LE NET
Des journalistes se sont ensuite interrogés sur la pertinence de l’information disponible sur les réseaux sociaux. Cinq journalistes ont pris ainsi part à l’expérience « Huis clos sur le net ». Ils se sont enfermés dans une ferme du Périgord et se sont coupés de tout moyen de communication, sauf deux, Twitter et Facebook. Premier constat, les réseaux sociaux sont efficaces comme média d’information. Les actualités majeures transitent bien par ces réseaux, tandis que les fausses rumeurs sont facilement identifiables du fait de la loi des grands nombres : les informations exactes étant largement plébiscitées.

Néanmoins, les journalistes sont restés mitigés sur la fiabilité de l’information. En effet, les éléments de contextualisation faisant défaut, elle est difficilement hiérarchisable. Les journalistes ont pu être « trompés » par des événements mineurs pourtant relayés de façon disproportionnée. Enfin, ce qui n’est pas étonnant, ils ont noté que les événements sociaux marquants ont été relativement minorés au profit de polémiques ou de rumeurs politiques « faisant le buzz ».

 

kiosquier-mark-zuckerberg
Extrait de l’étude réalisée par le Pew Research Center

 

— PERSONNALISÉE, PARTICIPATIVE ET PARTAGÉE
Pour finir, l’information disponible sur les réseaux sociaux se distingue de celle des médias traditionnels par son caractère personnalisé, participatif et partagé :
. Personnalisé, car les internautes utilisent les réseaux dont ils sont membres pour filtrer les actualités qu’ils souhaitent recevoir en s’abonnant, likant les médias qui les intéressent.
. Participatif, car près d’un tiers des usagers a déjà contribué, commenté ou diffusé de l’information.
. Partagé car la majorité des internautes utilisent les réseaux sociaux comme source d’information.

De plus, ces réseaux participent activement à l’ouverture de la société d’opinion en permettant à tous de commenter une actualité instantanément, de s’exprimer et de donner son avis à son sujet. Les internautes deviennent ainsi de véritables acteurs de l’information sur des plateformes qui prennent de plus en plus d’importance dans l’accès à l’information. Une ampleur mise en évidence dans la dernière étude du Pew Research Center.

 


Finalement, ces nouveaux médias ont montré qu’ils avaient des atouts non-négligeables, en terme de rapidité, de personnalisation et de partage de l’information. Néanmoins, 71 % des Français ne font pas confiance à l’information présente sur ces réseaux, une statistique directement liée à une problématique majeure de ces plateformes, et à la base d’une information de qualité, l’identification des sources.

baptiste

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *