La jeunesse décrédibilisée dans les mouvements sociaux
Camille 19 avril 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Beaucoup de médias et d’intellectuels font  passer les jeunes soit pour des ignorants, des fainéants ou des casseurs, et cette désapprobation des jeunes dès qu’il s’agit de mouvements sociaux se retrouve au fil des époques. Pourquoi donc toujours blâmer la jeunesse?


 

— LES JEUNES DANS LES MOUVEMENTS SOCIAUX HISTORIQUES
La jeunesse, étudiante notamment, est souvent présente voire initiatrice des mouvements sociaux et révoltes qui ont pu avoir lieu dans l’histoire dans n’importe quelle zone géographique. Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini. En France c’est l’événement de Mai 68 qui est tout à fait révélateur de cette dynamique. Le 10 mai commence l’occupation du quartier latin par les étudiants qui dressent des barricades. La répression policière comme c’est souvent le cas face aux jeunes est disproportionnée et violente, aboutissant à des centaines de victimes parmi les policiers et tout autant parmi les étudiants.

Les gouvernements de toutes les époques ont souvent répondu par la force face à la jeunesse mobilisée instaurant une logique de combat entre ces représentants d’un système qui leur envoie la force pour les faire taire ,et les manifestants.

Cette logique de répression se retrouve aussi bien en France lors des épisodes de grèves  en 1906 que pendant Mai 68, qu’en Chine de façon extrême en 1989 avec l’intervention de l’armée et des chars. Si aujourd’hui comme dans beaucoup de mouvements sociaux historiques, il y a une logique d’affrontement entre CRS et manifestants c’est aussi de la responsabilité du gouvernement qui préfère envoyer la force face à la jeunesse dans un régime de droit.

 

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— LA JEUNESSE DÉCRÉDIBILISÉE PAR LA SOCIÉTÉ
La jeunesse a depuis des siècles et ce quelque soit l’endroit dans le monde, initié ou suivi les mouvements sociaux. Pourtant déjà en mai 68 tout était fait pour la décrédibiliser, et cela perdure encore aujourd’hui. Cette jeunesse qui se soulève, se réapproprie en premier le lieu du savoir (aujourd’hui la même dynamique s’observe chez les lycéens) dans lequel il leur est appris à réfléchir et à devenir des citoyens.

Ils vont alors se solidariser avec les travailleurs pour contester des lois ou revendiquer des acquis sociaux qui vont bouleverser leur environnement et le monde du travail dans lequel ils vont s’engager prochainement. Certains commentaires désobligeants sur internet conseillent aux jeunes des mouvements sociaux actuels de  »se remettre dans leur étude et d’attendre déjà d’avoir un premier boulot avant de contester ce qu’ils ne connaissent même pas (le monde du travail) ». Merci de ce conseil, mais faut-il ici rappeler qu’un nombre conséquent d’étudiants sont obligés de se salarier en même temps que poursuivre leur étude et/ou pour payer les frais de la vie universitaire.

De plus, les jeunes sont situés dans les tranches sociales les plus touchées par le chômage et la précarité. Il faut parfois attendre des mois voire une année pour trouver un premier vrai CDI (en dehors des job étudiants précaires). Il est donc tout à fait normal que les jeunes même s’ils n’ont pas encore d’emploi fixe se mobilisent pour leur avenir.

Eh depuis quand faut-il être absolument concernés par une loi qui touche la société dans laquelle nous vivons pour nous y intéresser? Nous ne voulons pas d’un monde individualiste. Nous avons tous été jeunes et rappelez-vous de votre jeunesse quand vous trouviez injuste qu’on vous décrédibilise pour ce que vous pensiez et le mouvement citoyen que vous entamiez. Pourtant, le cycle tourne et les nouveaux jeunes sont soumis à ce discrédit. Cela est dû sans doute à l’idée de confrontation dont on fait souvent référence entre  »les jeunes et les vieux ».

En fait, ce problème générationnel est peut-être dû au fait que la jeunesse représente un avenir nouveau et un cadre nouveau dans un environnement sans cesse en changement,  qui vont s’imposer au cadre habituel bousculant les anciennes générations dans un monde qui les dépasse Mais même si le changement est de plus en plus difficile à accepter plus nous vieillissons, il n’en est pas pour autant mauvais.

 

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Photo le Républicain Lorrain, 9 mars 2016 à Marseille

 

— INSTRUMENTALISATION OU RÉALITÉ D’UNE JEUNESSE IGNORANTE ?
Beaucoup de médias dominants s’amusent à montrer des interviews de jeunes qui ont du mal à répondre aux journalistes sur des questions précises, discréditant leur mouvement contestataire. D’autres argumentent que les lycéens sont trop jeunes et trop ignorants pour comprendre pourquoi ils manifestent, et que le blocage de leur lycée n’est qu’un prétexte pour ne pas aller en cours. Cette mobilisation lycéenne est le premier pas vers la citoyenneté.

Non seulement déjà beaucoup d’élèves sont au courant des faits et déjà politisés (faut-il rappeler que le droit de vote s’acquière à 18 ans) mais les autres élèves lancés dans le mouvement un peu au hasard s’intéressent très vite à ce pourquoi ils manifestent. Cet acte de contestation envers le cadre scolaire qui leur est imposé est l’acte premier de leur intérêt citoyen et politique, tout comme la contestation envers le cadre familial est décrit par beaucoup de sociologues et psychologues comme un acte qui fait évoluer les adolescents.

Alors pourquoi vouloir décrédibiliser une jeunesse qui essaye de s’intéresser aux affaires de son pays, de comprendre les lois et l’environnement dans lequel elle évolue? C’est plutôt une bonne chose que les jeunes apprennent à se politiser et à réfléchir sur le cadre social dans un régime qui se dit démocratique, pourquoi toujours chercher à les faire passer pour des ignorants et fainéants? Peut-être est-ce parce que justement les jeunes font peur à ceux qui représentent le système alors en place, ils sont dynamiques et engagés et s’inquiètent  pour leur avenir.

Les jeunes sont la première source de changement , et contrairement à certains partis ou syndicats ils ne sont pas bloqués par la volonté de révolutionner le système mais tout en restant bien dans les règles établis par ce même système aboutissant au final qu’à des petites réformes de ce dernier et non à sa modification profonde. Cette dialectique s’observe depuis très longtemps dans les courants révolutionnaires tel que cela fut le cas dans la division entre socialistes-réformateurs et communistes révolutionnaires dans les années 1920 en Europe.

Les jeunes sont ceux qui vont initier le processus de révolution du système alors établi qu’ils jugent archaïque, et cette puissance d’engagement et de détachement des lois établies effrayent tous ceux qui représentent ce système. Pourtant le système est démocratique et appartient au peuple, c’est au peuple de le changer s’il le juge néfaste et non au gouvernement d’opposer une politique conservatrice pour le garder intacte à tout prix.

 


Ainsi la jeunesse est profondément  l’avenir de notre nation, réjouissons-nous de son implication dans le régime démocratique !

Camille

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