HTGAWM, une série plus intelligente qu’il n’y paraît
Laura 11 février 2016

Temps de lecture : 3 minutes

How to Get Away with Murder, ou HTGAWM pour les initiés, est une série américaine diffusée depuis 2014. On y retrouve à la production Shonda Rhimes, connue pour Grey’s Anatomy, Private Practice ou encore Scandal.


 

Après le médical, Shonda Rhimes s’attaque donc au judiciaire avec la série How to Get Away with Murder. Le pitch de départ est somme toute assez simple. Annalise Keating est une avocate à la tête de son propre cabinet et elle donne des cours à la fac de droit de Philadelphie. Chaque année, elle embauche une équipe de stagiaires, choisis parmi ses étudiants. Jusque là, rien de bien folichon. HTGAWM reprend les ingrédients classiques distillés par Shonda Rhimes dans ses autres séries : du drame, du suspense et des romances.

Pourtant, contrairement à Grey’s anatomy (qui, il faut bien l’avouer, est surtout à propos d’histoires de cul entre médecins), le drame n’est pas tant concentré sur les romances, mais sur les intrigues judiciaires. Le schéma de chaque épisode est assez prévisible : un client a besoin d’une défense, et le cabinet d’Annalise va tout faire pour gagner l’affaire, y compris avoir recours à des moyens plus ou moins légaux. En toile de fond se tisse l’histoire principale de la saison, qu’on peut découvrir à coups de flash forwards. Le suspense monte ainsi crescendo : on connaît un point de l’intrigue, mais pas tous les tenants et aboutissants. Le scénario à rebondissements est assez bien ficelé, quoique pas très original, il faut l’avouer. Ce n’est de toute façon pas le principal atout de HTGAWM. Ce qui fait véritablement la force de cette série réside en deux points : le personnage d’Annalise Keating, et les sujets sociétaux évoqués en arrière-plan.

 

 

— LE PERSONNAGE D’ANNALISE KEATING : UNE FEMME FORTE
Annalise Keating
(interprétée par Viola Davis) représente la parfaite figure d’une femme forte. Afro-américaine ayant réussi, elle exerce un métier exigeant, celui d’avocate, ce qui lui confère de lourdes responsabilités. Elle doit ainsi conjuguer sa carrière et sa vie privée. Bref, il s’agit d’un personnage principal moderne comme on aimerait plus souvent en voir.

Mais ce qui est réellement remarquable, c’est l’absence de manichéisme de la série. Dans la saison 1, on ne peut pas vraiment qualifier un personnage de « gentil » ou de « méchant », et Annalise n’échappe pas à la règle. On nous donne à voir ses qualités (détermination, intelligence, courage) ainsi que les aspects les plus sombres de sa personnalité. L’ambivalence morale est d’autant plus forte qu’elle défend des criminels sans se soucier de leur culpabilité avérée ou non. Elle fait son boulot, un point c’est tout, même si celui-ci consiste à aider un meurtrier à sortir de prison. Cela donne lieu à des affrontements avec ses étudiants stagiaires, pour certains encore naïfs et pleins d’idéaux.

 

Crédits photos : Nicole Rivelli/ABC.
Crédits photos : Nicole Rivelli/ABC.

 

— UN PROPOS ÉCLAIRÉ SUR LA SOCIÉTÉ ET LES DISCRIMINATIONS
Au fond, HTGAWM pourrait être une série comme il y en a tant : divertissante, avec du mélodrame, des retournements de situation et des personnages attachants. Or, ce qui la fait sortir du lot, c’est son propos riche sociologiquement parlant, dépourvu de clichés discriminatoires et amenant sans en avoir l’air une réflexion sur les travers de notre société.

Un large éventail de discriminations est abordé, du racisme au sexisme en passant par les droits LGBT et le classisme. Il est difficile de mentionner toutes les allusions, sans sembler dresser une liste. Ainsi, le casting est « multiculturel », et les noirs ne sont pas relégués à des rôles de personnages secondaires (au contraire). Personne n’est défini par sa couleur de peau. Des concepts féministes (le slut-shaming ou le mansplaining par exemple) sont lancés au détour d’une conversation, comme une évidence, chose encore cruellement rare dans la réalité. Le couple le plus adorable de la série est homosexuel. Enfin, au cours d’un épisode, Annalise Keating est amenée à défendre une amie, transsexuelle, victime de violences conjugales.

Au final, How to Get Away with Murder ne fait pas qu’évoquer ces inégalités et ces discriminations, elle les dénonce. On ne peut qu’espérer que cela donne envie aux spectateurs d’aller s’informer davantage sur un point particulier, et qu’ainsi la série permette d’éveiller les consciences.

 


En résumé, HTGAWM est une série aux ingrédients classiques mais qui traite de problématiques sociétales profondes. A qui la conseillerais-je ? Aux adeptes de Grey’s anatomy ou de feu Desperate Housewives, bien sûr. Mais pas que. Egalement aux personnes qui en ont assez des séries pleines de clichés d’une autre époque.

Laura

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