La France ou l’art de faire la révolution : la Commune de Paris
baptiste p 4 mai 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Historiquement, la France n’est pas seulement le pays de la bouffe et de la littérature. C’est aussi et surtout le pays de la révolution. Et elle est regardée dans le monde entier en tant que tel. Revenons dans un dossier en trois volets, sur les périodes de l’histoire contemporaine française durant lesquelles de grands mouvements insurrectionnels ont eu lieu. La commune de Paris, le Front Populaire et enfin Mai 68. Nous commencerons donc dans ce premier volet par la Commune de Paris.


 

— 2 SEPTEMBRE 1870 : DÉFAITE MILITAIRE ET SURSAUT POPULAIRE
Le 2 septembre 1870, le « prince-empereur » Napoléon III est fait prisonnier au cours de la Bataille de Sedan par les prussiens. Cette défaite marquera la fin d’un règne très libéral qui se sera essentiellement appuyé sur la bourgeoisie d’affaires et le clergé catholique pour gouverner. Le 4 septembre 1870, à la suite d’une journée d’émeute parisienne, l’Empire est renversé. Paris se retrouve assiégée par les prussiens. Un gouvernement de défense national est constitué. Il est essentiellement composé de personnes pour la plupart issu de la classe dominante. Ceux-ci veulent à tout prix mettre fin à la guerre afin d’éviter, à Paris, une très probable révolution socialiste.

Le 26 janvier 1871, l’armistice est signé. Les conditions de la capitulation sont humiliantes : d’exorbitants dommages de guerre, la cession de l’Alsace-Lorraine et l’organisation d’élections législatives. De ces élections sortiront une large majorité de monarchiste et de bonapartiste avec Adolphe Thiers comme chef  du pouvoir exécutif. Les Parisiens ne goûteront que très peu au résultat de ces élections auxquelles ils n’accorderont aucune légitimité.

 

« La Commune était l’expression, chez ses meneurs, d’un républicanisme ultra rouge, antireligieux, jacobin, prolétarien, fouetté par la haine pour cette assemblée monarchiste. »

Jean-Jacques Chevallier

 

La garde nationale n’acceptera pas la capitulation et rejoindra les rangs de la révolution. La solde des soldats qui composent cette garde sera supprimée. De plus, des mesures seront prises pour contraindre les ouvriers à payer leurs loyers et leurs dettes sans délais. L’objectif des dirigeants français d’alors, en complicité avec la Prusse, l’ennemi d’hier, était de faire taire la révolution qui se préparait.

 

— 18 MARS 1871 : PARIS S’ÉVEILLE
Stimulé par le droit de grève et la liberté de presse, les parisiens s’arment. Le 18 mars 1871, le peuple s’éveille et s’oppose à la troupe venue pour le désarmer. Rapidement, celle-ci fraternise avec lui. C’est le début de l’insurrection. Dans la hâte, Thiers gagne Versailles avec des Parisiens, pour beaucoup, habitants des quartiers aisés. Ils seront appelés « Versaillais ». Des élections sont organisées le 26 mars 1871 pour désigner les membres du Conseil de la Commune. Il sera représentatif des classes populaires et de la petite bourgeoisie parisienne. Toutes les tendances politiques républicaines et socialistes y seront représentées, jusqu’aux « anarchistes ».

À côté de ces élues, les classes populaires de Paris manifestent une extraordinaire effervescence politique. Surtout, la population peut se retrouver dans de nombreux lieux pour y discuter, proposer des solutions, faire pression sur les élus ou aider l’administration communale. En somme, pour faire de la politique. Réunis dans les lieux les plus divers, ils permettent à des orateurs réguliers ou occasionnels de faire entendre les aspirations de la population et de débattre de la mise sur pied d’un nouvel ordre social favorable aux classes populaires.

 

— UNE ACTION PROGRESSISTE CENTRÉE SUR L’INTÉRÊT COMMUN
De nombreuses mesures seront prises sous la Commune de Paris. Nous ne pourrons pas toutes les traiter dans cet article, mais nous en verrons les grandes lignes.

Tout d’abord, on repousse l’échéance des loyers et des dettes impayées. La solidarité sera ensuite mise en place : des aides sociales pour les blessés, les veuves, les orphelins de la révolte. Les logements vacants seront réquisitionnés pour loger les sinistrés des bombardements durant la guerre franco-prussienne (19 juillet 1870 > 29 janvier 1871). Une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active est instaurée.

 

« Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables »

Comité central de la Garde nationale

 

Cette commune de Paris ouvrira aussi la citoyenneté aux étrangers. On s’attardera aussi sur l’amélioration de la condition des travailleurs avec notamment la proclamation d’un décret réquisitionnant les ateliers abandonnés par leurs propriétaires et prévoyant de les remettre à des coopératives ouvrières après indemnisation du propriétaire. L’autogestion est proclamée dans les entreprises.

Aussi, une étape importante vers l’émancipation des femmes sera effectuée. En effet, étant participantes à la défense de la ville contre les Versaillais, au même titre que les hommes, les femmes réclament le droit au travail et l’égalité des salaires. L’union libre sera reconnue et le mariage libre par consentement mutuel est instauré. Enfin, l’école est rendue gratuite et laïque.

 

Des communards et leur barricade
Des communards sur une barricade dans Paris.

 

— 21 MAI 1871 : L’HÉCATOMBE
La Commune est finalement vaincue durant ce que l’on appellera la Semaine sanglante. Elle débutera avec l’entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s’achever par les derniers combats au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai 1871. La répression de la Commune entraîna la mort de 30 000 personnes, et ce en l’espace de trois semaines…

Sur ce bain de sang, la IIIe République s’installera. Les sources sur ce sujet sont assez compliquées à trouver, ainsi, saluons le travail de l’historien Henri Guillemin pour ses superbes vidéos sur ce sujet.

Demain, prends garde à ta peau,
à ton fric, à ton boulot,
car la vérité vaincra,
la Commune refleurira.

Renaud

 


L’expérience de la Commune de Paris n’aura duré que 72 jours, mais est encore invoquée et saluée par toutes une partie de la gauche radicale et révolutionnaire, laissant chez eux un brin de nostalgie. Quoi qu’il en soit son panache n’aura eu d’égal !

Dans la prochaine partie nous verrons les luttes ouvrières des années 30 et leur aboutissement politique : Le Front Populaire.

baptiste p

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